jeudi 24 décembre 2009

A geek, geek et demi



En juillet 2002, ARCHOS sort le premier lecteur multimédia de poche couteau suisse: l'Archos Jukebox Multimédia 20.

Excusez du peu: disque dur de 20 GB permettant le stockage et la lecture de fichiers sons aux formats MP3 et WAV, de fichiers vidéo au format DIVX4, de fichiers images au format JPEG et possibilité d’ajout d’un module caméra le transformant en caméscope ou d'un lecteur de cartes d'appareils photos numériques. Cerises sur le gâteau: ce disque dur était reconnu par un PC et pouvait donc faire usage de disque dur externe de capacité non négligeable pour l'époque. Un cordon vidéo vous permettait de le brancher directement sur un téléviseur pour la diffusion de son contenu image, sons et vidéos. Cerise sur les cerises, l’appareil pouvait servir aussi de magnétophone et une entrée externe convertissait directement au format MP3 la source sonore.

L’autre jour, je discutais avec un adolescent qui ne tarissait pas d’éloges sur les performances de l’incontournable IPod du moment, décliné en une foultitude de versions. Sept ans après, pour un prix équivalent de celui de mon antiquité qui fonctionne toujours et fait encore merveille pour mes échanges informatiques de PC à PC: «Nihil franchement nove sub sole ».

On n'est jamais mieux servi que par soi-même. Pour moins de 100 euros, je me suis déjà fait mon petit cadeau de Noël: un ARCHOS Vision 3 qui tient la dragée haute à la plupart des produits concurrents d’Apple, et en bien moins cher. Écran tactile, contenu multimédia identique, magnétophone, tuner FM et le gadget qui a assommé mon plus jeune fils, un émetteur FM qui permet d’écouter sans la moindre interface ou câble, en voiture sur un autoradio des années soixante, ou sur le transistor de papy, «Petit papa Noël» de Tino Rossi en MP3!

NB: petit conseil de tonton Pierre. N’oubliez jamais d’utiliser un format JPEG classique pour vos photos stockées. Le format progressif est rarement bien traité par les disques durs externes multimédias. Pour en avoir testé un bon nombre, c’est ce que j’ai constaté. Non, l'Archos Juke box Multimédia, ne faisait pas décapsuleur ou tournevis multiple. On entrevoit le vénérable appareil sur une antique application Flash figurant en bordure de blog: "Flash sur la Mansarde".

Archos est une société française créée en 1988 par Henri Crohas (Archos est une anagramme de Crohas). L'entreprise s'est d'abord positionnée sur les décodeurs de télévision (set-up box) et des disques durs externes pour les micro-ordinateurs de marque Amiga, avant de se lancer en 1996 sur les périphériques informatiques fournis en marque blanche pour les grands constructeurs. C'est à la fin des années 1990 que l'entreprise mise sur sa propre marque. Aujourd'hui, elle conçoit, fabrique et distribue un ensemble de périphériques informatiques mobiles, principalement des baladeurs numériques. Portée par la devise « Entertainment your way » (anciennement « On The Go » et avant « Think Smaller ») elle cherche à pousser toujours plus loin l'innovation et la miniaturisation de ses produits.

mercredi 23 décembre 2009

Oups !

Pour conserver cette excellente habitude de faire travailler dans ce blog mes correspondants Internet, une brève de comptoir adressée par l'un d'eux avant les fêtes.

On fêtait le départ en retraite du curé de la paroisse par un souper d'adieu auquel le député maire était convié pour prononcer un bref discours de remerciements. Comme il tardait à arriver, le prêtre décida de prendre la parole pour faire patienter l’assemblée:

«Ma première impression de la paroisse, je l'ai eue avec mon premier confessé. J'ai tout de suite pensé que l'évêque m'avait envoyé dans un lieu terrible, quand celui-ci me confia qu'il avait volé un téléviseur, soustrait de l'argent à son père malade et avait détourné à des fins personnelles de l’argent au sein de son entreprise en plus d'avoir eu des relations sexuelles avec l'épouse de son supérieur. A l'occasion, il s’était même adonné au trafic de stupéfiants. J'étais atterré, apeuré, mais, le temps passant, je compris que l’immense majorité de mes fidèles étaient de braves gens. J'ai vu une paroisse remplie de personnes responsables, avec des valeurs morales en adéquation avec une bonne pratique de leur foi et le salut de leur âme. C’est pourquoi, j'ai vécu ici les 25 années les plus merveilleuses de mon sacerdoce. »

Sur ces mots arrive le député maire qui prend aussitôt la parole. Bien sûr, il s'excuse de son retard et poursuit son discours: «Jamais je n'oublierai le premier jour de l'arrivée du Père dans notre paroisse. En fait, j'ai eu l'honneur d'être le premier à me confesser à lui…»

Moralité : «N'arrivez jamais en retard.»



Une photo jointe au courriel du même correspondant - CLIC

mardi 22 décembre 2009

Private Investigations

*




Dire que les moteurs de recherche sont des outils redoutables n’est pas une expression vaine.

Je me suis amusé récemment à tester la chose. Il y a une trentaine d’années, j’avais une correspondante allemande que je n’ai rencontrée qu’à trois reprises au début des années 70. Ne me restait plus que son nom de jeune fille pour mener à bien ma recherche. Imaginant mal qu’elle l’ait conservé longtemps vu l’impact qu’elle avait à l’époque sur la gent masculine, je voyais mal comment mes recherches allaient aboutir avec cet élément de départ rudimentaire. Dans un premier temps, seuls un ou deux articles allemands qu’elle avait rédigés alors qu’elle était jeune journaliste sont apparus au milieu d’un listing hétéroclite concernant clairement des homonymes. Pas très avancé avec cela. Une seconde tentative plus tardive me permit de tomber, aller savoir ce que ce truc pouvait bien faire sur le net, sur un extrait d’une généalogie indiquant le mariage d’une personne correspondant au nom d’état civil entré dans les mots clefs avec un certain ****. Remplaçant alors l’ancien nom de famille par le nouveau, une copieuse iconographie à propos d'une personne chargée des relations publiques dans une grande banque de Münich, mariée au rédacteur en chef d’un magazine allemand célèbre d’automobiles, est apparue. Aucun doute permis, les quelques photos glanées sur la toile comparées à la seule photo noir et blanc qu’elle m’avait envoyée après notre première rencontre, montrait que ma recherche avait fait mouche.

" Mit freundlichen Grüßen, nach all dieser Zeit."Google pourrit la profession de détective privé !



lundi 21 décembre 2009

lundi 14 décembre 2009

Trouvez l'épithète

- Se noyer est une mort affreuse car on meurt à petit feu.
- La Lune est habitée puisqu'il y a de la lumière.
- L'étoile polaire se trouve à la queue du gros ours.
- Dans l'hémisphère Sud, la constellation qui permet de s'orienter est la Croix rouge.

Je me souviens encore de l’époque où Jean-Charles publiait dans le journal Pilote, ainsi que dans "La foire aux cancres", les perles d’élèves de primaire ou de collèges de France et de Navarre. Parfois, il m’arrivait de me demander si certaines d’entre elles n’étaient pas trop belles pour être vraies. Mon dernier fiston, actuellement en CM1, en a déjà pondues quelques unes. Malheureusement, le temps passant, je finis par les oublier. J’ai décidé de publier la dernière en date pour éviter cela.

L’exercice de grammaire consistait à trouver les adjectifs épithètes à apposer juste avant ou après les noms (fort logique pour des épithètes) à partir de phrases les évoquant. Ainsi :

Un champignon dangereux pour la santé de celui qui en consomme = un champignon ….
On pouvait répondre, à mon avis, vénéneux ou toxique.

Un transport qui permet aux passagers de voyager par les airs = un transport ….
Là, je pense qu’on ne pouvait légitimement que proposer aérien.

Un transport qui permet aux passagers de voyager sur la mer = un transport ….
Et là, le fiston qui s’empresse toujours de répondre plus vite que son ombre, à la vitesse à laquelle fonctionne son imagination, a laissé tomber avec sérieux:

« Un transport merdique » …

vendredi 4 décembre 2009

Vous pensez à quoi?




Bon, pour ceux qui ne comprennent, ni l'allemand, ni l'anglais: la confusion de ce pauvre garde-côtes allemand, trop hâtivement promu à un poste névralgique par son collègue, se fait entre deux verbes anglais to sink = couler et to think = penser. "Nous sommes en train de couler" devient alors pour lui "Nous sommes en train de penser" et notre malheureux de demander "... à quoi?", bien entendu. Vous pouvez imager facilement le reste du dialogue.

jeudi 3 décembre 2009

A bon entendeur, Chao


Manu Chao, né Jose-Manuel Thomas Arthur Chao le 21 juin 1961 à Paris, est un chanteur auteur-compositeur-interprète et musicien français devenu une figure majeure du rock ( ? sa musique dépasse les classifications réductrices) français et de la musique latine avec son ancien groupe Mano Negra. Il accomplit depuis plusieurs années une carrière solo internationale à succès et se produit dans le monde entier avec son groupe Radio Bemba.

Sa mère, Felisa, est originaire du Pays basque espagnol et son père, Ramón, de Galice, est écrivain et journaliste à RFI Amérique latine ; Ramón Chao a reçu une formation de pianiste classique en Espagne, puis a obtenu une bourse d'étude de musique classique pour venir à Paris. Ainsi, durant l'enfance de Manu Chao, de nombreux écrivains d'Amérique Latine passeront à la maison, dont certains amis proches de son père comme Gabriel García Márquez, Alejo Carpentier et Juan Carlos Onetti. Manu a un frère de deux ans son cadet, Antoine. Peu après la naissance de Manu, la famille emménage dans la banlieue parisienne (Boulogne-Billancourt puis Sèvres).

L'implication latino-américaine prise par Manu Chao à travers les extraits radios, les thèmes musicaux, les textes et son accent inqualifiable sont telles que beaucoup d'hispano-américains ne savent toujours pas qu'il est d'origine française.


Quand on évoque en musique le métissage des genres, ce n’est pas un vain mot avec notre homme. Cette performance scénique d’énergie pure que présente le clip vidéo du billet associe une faune (le terme ne se veut aucunement désobligeant) luxuriante improbable, à la Kusturica. Le groupe compte en son sein la guitare de Madjid Fahem, la batterie de David (Bourguignon), la basse de Gambeat, les trompettes siciliennes du napolitain Angelo Mancini, déjà présentes sur le disque Clandestino.

Un truc à donner la pêche dès le réveil.


mardi 1 décembre 2009

Le président a une dent contre lui


Vidéo adressée par un correspondant œuvrant dans le conseil juridique. Je doute que le personnage principal de ce clip soit un de ses clients. Ce n'est pas à souhaiter...

Logo Star Wars




Le Logo d'à nous

Le blog-notes de la Mansarde et La Porte dans la Pendule ont été mis à contribution pour la création d’un logo destiné au club sportif, «Triathlon Nancy Lorraine». Après un départ tardif de notre part du à des directives mal comprises – les couleurs imposées et la référence obligatoire à la région en particulier - nous avons fourni un travail commun adressé à mon voisin d’en face, membre du club et participant au concours. La « dead line » a été repoussée de justesse au jeudi de cette semaine. Pour influencer le jury, garantir nos droits d’auteurs et éviter tout plagiat de Phil le filou, le dit-voisin, qui nous ferait passer sous le nez la récompense éventuelle en cas de victoire – une mousse les rats ! – nous publions notre logo faisant foi devant Maître Jonas, Huissier de Justice, de la pérennité de cette création.

Plaisanterie mise à part, cela m’a permis de mettre le nez dans l’outil de conception graphique redoutable qu’est Illustrator. Je connais désormais le millième des capacités nécessaires à sa maîtrise. Cela va me permettre tout de même de me lancer dans la commercialisation de T-shirts avec transferts graphiques que je pourrai vendre sur les plages pendant mes futures vacances et rentabiliser ainsi le séjour!

N.B: nous ne proposons pas le fichier source vectoriel au format .ai pour éviter l'erreur du débutant ! Ce fichier est gardé précieusement au Pavillon de Breteuil à Sèvres à coté du mètre étalon en platine iridié.

N.B2: je signale à Caroline que je m'inscris en "freelance" au projet de conception d'un "flyer" soirée seventies demandé par son école. Oui, je sais, tous les objets ne sont pas en vectoriel pur , la thématique est un brin sixties et la taille de mon affiche est au dessus des chiffres imposés, mais on travaillait comme ça dans le temps, cool my friend, il est interdit d'interdire, take this joint. On constatera le rendu calamiteux du JPG pour ce genre de travail: bavures au niveau du soleil, pour exemple.


Raaah! Notre logo est arrivé deuxième sur une cinquantaine de projets. Le vainqueur:



Mars 2010:

Pour le fun, je propose le lien Flickr où un enseignant de l'IUT Charlemagne de Nancy présente les "flyers" réalisés par ses étudiants sur deux thèmes imposés (soirée 70 et soirée Harley Davidson) devant respecter des consignes qui me sont par ailleurs inconnues. Les appréciations du correcteur sont présentes en commentaires. A noter que ce dernier n'apprécie guère les effets de biseautage... On notera une légère différence entre la qualité de ma conception de butor ayant mis le nez quelques heures dans les logiciels ad hoc et celle des travaux de jeunes pousses maîtrisant déjà avec talent quelques unes de leurs subtilités. Malheureusement, les notes données aux travaux ne sont pas accessibles, histoire de polémiquer un peu !

vendredi 27 novembre 2009

La basse obstinée de Pachelbel


Source Wikipédia

Johann Pachelbel est un compositeur allemand de la période baroque né et mort à Nuremberg: baptisé le 1er septembre 1653 et décédé le 3 mars 1706.

Le Canon de Pachelbel dont le nom complet est Canon et Gigue en ré Majeur pour trois violons et basse continue - en allemand Kanon und Gigue in D-Dur für drei Violinen und Basso Continuo - est l'œuvre la plus célèbre de ce compositeur.

Elle a été écrite en 1677, en pleine période baroque comme une pièce de musique de chambre pour trois violons et basse continue, mais elle a depuis été arrangée pour une grande variété d'instruments. Le Canon était à l'origine suivi par une gigue reprenant le même thème musical, mais cette composition est rarement exécutée ou enregistrée de nos jours. Ce morceau est extrêmement connu pour les mouvements répétitifs de ses instruments à cordes qui en ont fait un des morceaux les plus utilisés de la musique populaire.

Le canon original est joué par trois violons au dessus de la ligne de basse. Au début, le premier violon joue la première variation. Lorsqu'elle touche à sa fin, il entame alors la seconde variation, alors qu'un second violon démarre lui la première variation. À la fin de la deuxième variation, le premier violon entame la troisième variation, le second la deuxième, le troisième la première, et ainsi de suite. La complexité de la structure du canon augmente vers le milieu du morceau alors que les variations deviennent plus complexes. Après cela, le morceau retourne graduellement à une structure plus simple. Il y a au total 28 variations.

Le nom de "Canon en Ré Majeur" est d'ailleurs relativement inexact car la pièce n'est pas strictement un canon mais davantage un chaconne ou un passacaille. Elle est basée, aussi bien harmoniquement que structurellement, sur un ostinato (ou ligne de basse) de deux mesures. Les accords de cette séquence sont : RE majeur (tonique), LA Majeur (dominante), SI Mineur (tonique parallèle), FA# Mineur (dominante parallèle), SOL majeur (sous-dominante), RE majeur (tonique), SOL majeur (sous-dominante), LA majeur (dominante). Cette séquence (ou davantage de proches imitations) peuvent être retrouvés dans d'autres canons de la musique classique.

Mozart l'a ainsi utilisé dans un passage de La Flûte enchantée (1791), au moment où les trois jeunes garçons apparaissent pour la première fois. Il pourrait s'être inspiré de la séquence que Haydn utilisa dans le menuet de son quatuor à cordes op. 50 nº 2, composé en 1785. Cependant les passages de Haydn et de Mozart ne concordent pas exactement avec celui de Pachelbel : ils divergent en effet tous deux sur les deux dernières mesures.

Le canon de Pachelbel représente peut-être le plus extraordinaire phénomène de reprise dans toute l'histoire de la musique. En une courte période, au début des années 1970, il passa du statut d'œuvre assez obscure de musique baroque à celui d'objet culturel universel familier de tous. Il a été joué en d'innombrables versions, aussi bien en utilisant les partitions et instruments originaux qu'en l'arrangeant pour d'autres instruments ou genres musicaux. Le processus ne semble d'ailleurs pas s'essouffler.

La "popularisation" a certainement démarré avec la parution en 1970 d'un album de l'œuvre par l'Orchestre de chambre Jean-François Paillard. Le canon a également été enregistré la même année, arrangé et dirigé par Karl Münchinger, Orchestre de chambre de Stuttgart. Cet enregistrement est toujours considéré comme l'un des meilleurs jamais effectué.

Le canon fut adapté musicalement pour la première fois dans une chanson pop en 1968 par le groupe espagnol, Los Pop Tops dans "O Lord, Why Lord ?" et par les Aphrodite's Child dans "Rain and Tears". Le fim, L'Énigme de Kaspar Hauser de Werner Herzog, sorti en 1974, fait entendre le Canon, de même que sa bande-annonce.

Il a même été utilisé comme Hymne national de la Russie en 1918 par Alexander Vasilyevich Alexandrov.

jeudi 26 novembre 2009

Margotte et Picasa vont en promenade


Asters - Photo Margotte

Dans la série "les contacts Picasa", je tiens à vous faire partager un lien vers les albums publics de Margotte qui fait ma foi de fort jolies photos de nature de nombreuses régions de France. Je me suis permis de réaliser un diaporama musical PPS à base de quelques unes de ses photos partagées pour les amateurs du genre.





lundi 23 novembre 2009

Cyclopes


Un cyclope très gentil


L’histoire ne retient que les vainqueurs, paraît-il ? Quoi de plus faux en fait, puisque tous un jour ont connu la défaite tout en restant dans l’histoire avec celui ou ceux qui les ont vaincus. Même les héros de la Mythologie ont connu au moins la mort et parfois se sont vus astreints à un châtiment exemplaire après le grand passage. On ne me retirera pas de l'esprit que cette dernière constitue pour le moins une forme de défaite pour le gagnant né.

La destinée d’un compétiteur farouche a toujours quelque chose de pathétique. Même si ce dernier a la sagesse de quitter les feux de la rampe en pleine gloire, c'est plus un aveu caché qu’elle touchait à sa fin que l’affirmation d’un triomphe définitif. Le temps qui passe en aurait fait, quoi qu’il en soit, un jour ou l'autre, un "has been".

Quand on observe les rapports humains, même à l'intérieur d'un microcosme, ils calquent de façon sommaire ceux des animaux dans leurs combats entre dominants et dominés. On a tendance à survendre le rôle, soi-disant, enviable du dominant. Sa vie durant, il use pourtant sa belle énergie à déployer avec constance ses capacités susceptibles de maintenir son leadership. Le reste du troupeau, le plus grand nombre, se cantonne aux rôles d’adulateurs, de courtisans ou d’employés subalternes. Il serait intéressant de savoir qui, au bout du compte, se retrouve avec le bilan énergétique le plus favorable un fin de course: le numéro un qui a du maintenir une vigilance de tous les instants pour conserver son rang ou celui qui a pris régulièrement sur lui pour avaler des couleuvres et manigancer pour rester en grâce ? Pour caricaturer les théories de Laborit, comme dans le film de Resnais, "Mon oncle d'Amérique", on pourrait dire que ces deux extrêmes courent droit aux pathologies psychosomatiques induites par un stress répété.

Le philosophe qui comprend bien que l’individu est un animalcule éphémère, errant un temps infinitésimal à la surface d’une planète perdue dans l’immensité du cosmos, n’est pas mieux loti. Ses réflexions l'amènent vite à se démobiliser vis-à-vis des mots d’ordre prônés par la société à laquelle il appartient. L’hédoniste pensera que le seul mot d’ordre qui puisse tenir la route consiste à vivre le plus agréablement possible la trajectoire qui va de sa naissance à sa mort. Cela ne dégage pas pour autant des idées claires sur les techniques à mettre en œuvre pour y parvenir. Quelles que soient celles qu’il ait choisies, nombre de ses congénères lui mettront bien entendu, volontairement ou involontairement, des bâtons dans les roues durant ses entreprises. Même ayant décidé de se faire ermite et de suivre cette fois Laborit dans son éloge de la fuite en mode outrancier, il risque rapidement de devenir son propre ennemi.

Me voilà donc bien songeur, en plein milieu du gué, avec ma belle philosophie ou psychologie de comptoir. Me reste tout de même la possibilité d’affirmer mes gouts concernant les congénères que j’aime croiser sur ma route. Il est une vertu tombée en complète désuétude. En parler vous fait courir le risque de passer illico pour un individu aimant se vautrer dans la mièvrerie, pour le candide de service, le cucul la praline du canton, l’amateur de guimauve. Parler de bonté humaine est déjà fort suspect. Évoquer la gentillesse vous rend parfaitement suspect et vous ostracise dans l’univers de Walt Disney.

Pourtant... pourtant, je dois avouer que je juge favorablement ceux que je croise à l’aune des gestes qu’ils ont eu à mon égard lorsqu’ils sont sous-tendus par cette vertu qui aide à traverser la vie, le souvenir en tête des petits bonheurs simples et des moments joyeux vous ayant évité de désespérer de la race humaine. Je ne les prends pas pour autant pour des pauvres êtres cantonnés à leur partition de dominés, sachant que d’aucuns affirment que gentil n’a qu’un œil !

lundi 16 novembre 2009

L'optique de Johnny...

Brève de comptoir adressée par un correspondant:

Laetitia demande à Johnny : "J'aimerais faire un cadeau à mes neveux, mais je ne sais pas quoi ?"
Johnny réfléchit et lui dit: "Tu donnes 5.000 euros au grand."
Laetitia : "Et au petit ?"
Johnny (en gueulant) : "Au p'tit qu' 2.000 !"

vendredi 6 novembre 2009

Soleil couchant


Elle voulait changer d'air, voir la mer. Regards embués vers les cartes postales accrochées au buffet de sa cuisine, petites lucarnes magiques en carton glacé ouvrant sur autant d’évasions convoitées. Tous ces avions qui passaient dans le ciel et elle qui restait plantée sur le tarmac comme une âme en peine. Pour cette femme enfant, il fallait imaginer avant tout la convoitise d’escapades policées. Sans doute imaginait-elle que le soleil des basses latitudes raviverait sa flamme vacillante pour un compagnon palissant ? Un teint de peau colonial à la Somerset Maugham pourrait lui redonner un semblant d’attrait. Une réserve astringente asséchait chez elle toute rosée émotionnelle naissante. Le moindre débordement des sens était dévitalisé sur le champ. Exposer une parcelle du monde secret de sa sensualité déclenchait chez elle un vertige panique. Son éducation l’avait conditionnée aux plaisirs masochistes. Le goût exagéré du sacerdoce à autrui n’est pas sans conséquences. C’est probablement exact que la seule jouissance qu’on puisse réellement offrir aux martyrs arrivés au paradis, c’est de les en chasser à grands coups de pieds aux fesses.

Partir aurait pu l’aider à relâcher ses liens familiaux oppressants. Mais Hugo savait que promptement rassasiée d’excursions convenues, tout la presserait à rentrer au triple galop s'imprégner à nouveau des remugles du paddock tribal, les fontes bourrées de colifichets. Elle avait beau aligner des tirades ronflantes sur les vertus du voyage, il n’y décelait qu’un besoin d’émotions synthétiques sur fond de gargouillis consuméristes.

Hugo aimait voyager, mais malheureusement pour elle, c'était avant tout dans son imaginaire. Ses modes de transport : sa flottille de livres, son escadrille de phantasmes amoureux, son écurie de disques, sa caravane de souvenirs heureux. Comme il est exceptionnel de partager ces modes d'évasion, il voyageait seul la plupart du temps et assez peu géographiquement. En contrepartie, il pouvait embarquer à toute heure du jour et de la nuit quand le ciel devenait gris et le spectacle de la vie triste à mourir.

Un jour, cependant, lançant sur le tapis le fruit de maigres économies, il s’inscrivit avec elle à un voyage lointain. Dés l'aéroport, son coup de poker lui infligea la sanction qui s’abat immanquablement sur celui qui fait fi de ses intuitions. Le glacis émotionnel du lieu de transit où il patientait avant l'embarquement était peuplé d’êtres aux visages tendus, sillonné de colonnes de chenilles processionnaires traînant des paquetages hétéroclites en direction d’aires d'envol où elles allaient se figer dans une attente nerveuse. Se sentir membre discipliné d'un groupe assoiffé de migrations régulées, acteur obligé de séquences de transit réglementées, de conduites automatisées, lui gâchait déjà son plaisir. Sourires professionnels des hôtesses et des stewards, pantomime rituelle des consignes de sécurité ânonnées sur un ton impersonnel à bord de l’aéronef. La chorégraphie grotesque, à l'intention probable des malentendants, lui fichait le bourdon. Qu'on lui mime avec une bonne humeur affectée les gestes à accomplir au décours du crash qui pouvait sonner le glas de la joyeuse escapade, transformait Hugo en observateur goguenard embarqué dans un supermarché volant du tourisme. Le voyage industriel entame le goût du fruit. Les grosses pommes rouges joufflues aux galbes racoleurs des rayons fruitiers des supermarchés n’ont jamais la saveur rare des pommes sauvages cueillies dans un verger abandonné au décours d’une rapine aventureuse.


Hugo, dégoûté des univers passionnels et de leurs douloureux cortèges, avait fait le choix d’une relation calme. Il s'ennuyait paisiblement. Dieu que cette fille avait l’air triste, amoureuse d’un égoïste. Le peu qu'il connaissait de son enfance lui avait suffi à comprendre les règles du jeu principales héritées de son milieu. Elles puisaient dans les valeurs d’un bolchévisme moribond. Du chaudron populaire où bouillonnent théoriquement les forces natives, monte parfois la vapeur corrosive de l’intolérance. Pour obtenir l’adoubement du milieu, il faut souvent en passer par une initiation laborieuse et les jugements sans nuance d’un tribunal populaire. Pragmatisme et utilitarisme sont brodés en lettres d’or sur sa bannière. A chaque religion ses hérétiques. Les anciens artistes commandités par les instances du bolchevisme étaient devenus des plus lourds que l'air, lestés par les dictats idéologiques. Seules, quelques pirouettes facétieuses, arrivaient à bafouer les règles de l'académisme d’état. L'observateur perspicace pouvait alors déceler derrière ces visages radieux tournés vers les lendemains qui chantent, ces bannières frappées de faucilles et de marteaux claquant dans la tempête de la révolution, ces bâtiments massifs et pompeux cimentés par la sueur et le sang des masses laborieuses, ces ciels aux lumières apocalyptiques, des poses statuaires feignant l'élan vital qui dissimulaient en fait, sous des postures cabrées des Spartacus chapeautés de casques prêts à briser des liens, des hommes qui ne s’attaquaient pas à ceux qu'imaginait l'état commanditaire. L'art n'a pas de religion, d'idéologie ou d'appartenance. Il n'excelle qu'en son genre.

Hugo avait résisté patiemment aux jugements avec d’autant plus d’ironie qu’il était issu du même milieu social, bien que n'en n'ayant pas épousé les modes de pensée. La pression du milieu était cependant trop forte pour qu’il puisse aider la fille à sortir du bocal sans l'asphyxier. Hugo était profondément touché par sa gentillesse et son infinie patience. Sa douceur et son tact l’avaient toujours incité à la protéger. Mais comment une fille conditionnée aux poncifs du monde du travail pouvait-elle admirer le sybarite dilettante qu’il était devenu? Il se demandait ce qui l'attachait réellement à lui. Hugo craignait que ce fût le manque d'alternative.

A cette heure, le patient anglais planait au dessus d’un océan sablonneux aux éclats de quartz scintillants. Une heure plus tard, l’avion allait piquer vers un long ruban végétal gainant un filament aux sinuosités molles. La vie se ramassait sur cette bande étroite fertilisée par les alluvions du fleuve Nil qui striait l’immense désert.

A la sortie de l’appareil, Hugo reçut un véritable coup de massue: la température dépassait largement les quarante degrés. Malgré, ou aidé, par le choc thermique, il ne fut pas long à tomber sous le charme du pays. Cette lumière ocre et rose, il ne la connaissait pas. Cette vie grouillante et chaude, ce brassage ethnique bigarré, cette cohabitation entre costumes traditionnels et tenues dernière mode européenne, ce bruit de fond de klaxons échappé d’un trafic automobile anarchique aux antipodes des règles de circulation usuelles, lui montraient à l’envie qu’il venait de changer d’univers. Assailli sans cesse par des commerçants voulant le traîner dans leurs boutiques, juste pour le plaisir des yeux, plongeant alternativement d’une atmosphère mondialisation à celle de scènes de vie inchangées depuis la plus lointaine antiquité, il retrouvait peu à peu sa fièvre imaginative et sa bonne humeur.

Le lendemain matin, accoudé au bastingage du bateau de croisière, il voguait sur un champ de fleurs aquatiques aux couleurs intenses et longeait des berges vertes plantées d’arbres à palmes aux essences variées. Des nuées d’enfants saluaient les passagers un instant avant de reprendre leur baignade au milieu de troupeaux d’animaux domestiques venus boire au fleuve. A l’Ouest, les dunes Arabiques, à l’Est, les dunes Libyques bouchaient l’horizon et faisaient oublier aux passagers qu’ils s’enfonçaient au cœur d’un désert infini. Les halos dorés qui festonnaient les ondulations sablonneuses rappelaient cependant, qu’en arrière, la lumière arrachait à l’océan des sables des vapeurs propices à des couchers de soleil époustouflants. Le guide qui encadrait le groupe sut prestement conquérir son auditoire. Sa culture domestiquée, son humour, l’admiration sans borne qu’il portait à son pays, circonvint rapidement Hugo. Il avançait à grands pas dans sa découverte de l’ancienne Égypte, de ses monuments érigés à la gloire des maîtres et dans sa connaissance des rites dédiés aux dieux, souvent porteurs d’une grande poésie. L’évasion prenait fin quand les préoccupations médiocres du groupe auquel il appartenait et les réflexions du style « les bronzés en croisière» le ramenaient au monde auquel il appartenait. Sa compagne s’adonnait à la collecte forcenée de souvenirs. Elle refusait de passer à coté de bonnes affaires, maîtresse, imaginait-elle, dans l’art du marchandage. Il s’était amusé du courroux qu’avait occasionné une de ses expéditions mercantiles. Tombée sous le charme d’un beau parleur lui laissant supposer un intérêt puissant pour sa personne, elle s’était fait refiler une cargaison de safran capable d’alimenter la consommation française annuelle. Sortie de l’envoutement favorisé par le morceau de Jean-Jacques Goldman «Aïcha» que le fakir aux épices passait en boucle, elle avait compris la manœuvre au moment de l’addition : «Tu aurais du m’arrêter avant, si tu savais que le safran était si cher!»

Hugo lui avait pourtant adressé quelques regards obliques dissuasifs. En fait, il était ce jour en prise à des réflexions d’un autre ordre. Se méprenait-il sur les avances répétées et peu discrètes d’une jeune passagère de la croisière? Elles avaient finies par aviver la jalousie de sa compagne. Celle-ci faisait partie de ces femmes jamais convaincues de leur choix affectif et ne le confortant que dans l’adversité. L’ahurissement d’Hugo tenait au jeune âge de la gourgandine, émoustillée sans doute par son premier voyage exotique. Le coté tordu de la chose : c’était en fait son voyage de lune de miel. Le rustre auquel elle s’était acoquinée pouvait lui poser question. Il était cependant peu probable qu’elle ait été vendue à son maître sur un marché d’esclaves. Hugo était à mille lieues de vouloir donner suite aux signaux de cette midinette en proie au doute ou tout simplement soucieuse de tester ses charmes dans des circonstances plus que douteuses.

l'Égypte était en but aux assauts intégristes. Les rues des villes grouillaient de barbus enturbannés accompagnés de femmes aux habits ternes, le visage dissimulé en partie sous des foulards laissant entrevoir parfois ce qui pouvait passer pour de la résignation. Hugo se demandait si les interdits religieux parvenaient vraiment à étouffer leur désir? Les textes d’extases mystiques donnaient souvent dans un style littéraire qui frôlait celui du récit érotique, empruntant une part de son vocabulaire.

Alors que la croisière touchait à sa fin, désireux de dissiper tout malentendu, Hugo avait décliné l’offre d’une visite de musée en comité restreint à laquelle la jeune mariée l’avait convié ainsi que sa compagne. Il avait préféré flâner le long des quais de la dernière ville escale. Le soleil plongeait vers les sables. Hugo s’assit sur un banc pour mieux profiter de la magie de l’instant. Accoudé à la rambarde métallique qui bordait le fleuve, un groupe d’autochtones en tenue traditionnelle profitait aussi du spectacle. La force de l’habitude ne semblait pas avoir émoussé leur plaisir. Attirée par une température devenue légèrement plus clémente, une marée de promeneurs passait devant Hugo. Les hommes en tête, la suite des femmes dans leur sillage. Des nuées d’étourneaux piaillaient dans les branchages des flamboyants de la grande avenue. Les klaxons de la ville accompagnaient leur concert assourdissant.

Au moment où Ra allait se cacher derrière les dunes, un phénomène étrange se produisit. Des paillettes d’ors sombres et des irisations saumonées emplirent l’atmosphère comme une pluie sèche croulant lentement sur le fleuve. Les oiseaux stoppèrent d’un coup leurs piaillements entêtants. Les bruits de la ville s’estompèrent aussi de manière étrange. Un des spectateurs du couchant salua Hugo en lui souriant. Une femme à la démarche de reine, parée de noir, port altier et tête couronnée, arrivait à leur hauteur. Son visage moyen-oriental s’éclaira pendant quelques secondes d’un sourire éclatant. Un regard de braise comme seules savent en décocher sans ambages les femmes du pourtour du bassin méditerranéen aux hommes qui leurs plaisent, se planta droit dans les yeux d’Hugo. Témoin du manège, son complice égyptien du couchant adressa cette fois à Hugo un sourire amusé. Lui aussi avait remarqué la grande beauté de la passante. Son sourire semblait lui indiquer qu’il appréciait qu’un étranger prenne le temps de contempler la magie des crépuscules de son pays et la splendeur de ses reines.

Hugo tenait la réponse à sa question. Mais était-il nécessaire pour lui de s’asseoir seul sur un banc à des milliers de kilomètres de chez lui pour la découvrir? Il devait cependant convenir qu'il était idiot de refuser un voyage sous prétexte qu'on avait sa petite idée sur la question. Un souvenir de plus à embarquer avec lui sur le galion, les soirs où il appareillait pour s’évader.

Pierre TOSI - Juin 2002 -


Nota Bene : Photographies argentiques personnelles illustrant une nouvelle imaginée durant un séjour en Égypte en 1997.
Celle du haut du billet m'a permis de fixer sur la pellicule le bateau à aubes de « Mort sur le Nil » (Death on the Nile) du film britannique de John Guillermin, sorti en 1978. Il s'agit de la première adaptation au cinéma du roman d'Agatha Christie publié en 1937.


jeudi 5 novembre 2009

Partage Picasa



Picasa permet aux internautes de partager des albums photos publics ou privés. Un internaute asiatique m'ayant communiqué un lien vers ses albums publics par l'intermédiaire de mon espace personnel, je me permets de vous le faire partager. Plusieurs séries "Nature", entre autres, valent vraiment le détour. La photo du billet en fait partie.


mercredi 4 novembre 2009

Le singe nu de Desmond Morris


Il est des livres que l’on a prêtés et qu’on estime ne plus jamais revoir. Celui-ci a fait cependant sa réapparition dans ma bibliothèque, bien des années après son prêt. Les nombreuses remarques et les remerciements au crayon figurant sur sa deuxième de couverture, ainsi que les annotations des divers lecteurs sur un grand nombre de ses pages, m’indiquent que de nombreux intermédiaires en ont fait bon usage.

Desmond Morris est né le 24 janvier 1928 au Royaume-Uni près de Swindon, Wiltshire. C’est un zoologiste vulgarisateur et un artiste peintre surréaliste.

Il réalise en 1957 une exposition de peinture faite par Congo, son chimpanzé, avant d'être remarqué comme présentateur pour l'émission Zoo Time dans les années 1960. Également producteur de shows télévisés et auteur de livres de zoologie, son éclectisme n'a pas contribué à sa crédibilité scientifique dans sa présentation animale de l'être humain. Il reste pourtant un précurseur en matière d'éthologie humaine (voire de la sociobiologie humaine), notamment à travers l'ouvrage «Le Singe nu», best-seller de 1967 vendu à plus de dix millions d'exemplaires.

Le teaser des Éditions Bernard Grasset en 1968 :

En tête, depuis plusieurs semaines, de la liste des best-sellers américains (460.000 exemplaires vendus en trois mois), « Le Singe Nu », qui nous vient d’Angleterre, triomphe dans dix-huit pays. La raison de ce raz de marée ? C’est qu’il nous est montré, démontré, expliqué que, loin de descendre du singe, comme on l’affirme et le dément chaque jour, nous en sommes… On sourira, on rira, on s’émerveillera, on se récriera, on s’indignera. Les révélations que Desmond Morris apporte, en particulier sur notre sexualité, paraîtront à beaucoup scandaleuses. Cette enquête aux multiples surprises est menée par un jeune savant réputé qui se fonde sur les recherches les plus récentes et sur des années d’observations. Mais « Le Singe Nu », c’est aussi et surtout, un document captivant dont l’humour a fait dire à Arthur Koestler : « Quand on se regarde dans une glace, après avoir lu ce livre, on ne se voit plus de la même façon. »





J’ai toujours été amusé par cet angle de vision sur les comportements de l’Homme moderne. L'hypertrophie de son prosencéphale le pousse à trouver à l’origine principale de ses actes mythes et transcendance. La provocation doit nous faire remonter encore plus loin et nous contenter de ce fait brut : le but principal de la vie est la conservation de la cellule depuis plusieurs milliards d'années. L’individu, ses états d’âme et le fait de savoir qui va gagner la prochaine Coupe du Monde de football, m’est avis que le sens de la vie s’en bat l’œil.
" Qui suis-je? D'où viens-je? Où vais-je? Pourquoi elle veut pas cette salope? "


dimanche 1 novembre 2009

Valse avec Bachir




Valse avec Bachir (en hébreu ואלס עם באשיר) est un film d'animation documentaire réalisé par Ari Folman et sorti en 2008. C'est une coproduction israëlo-franco-allemande. Le film a obtenu de nombreux prix dans le monde, dont le Golden Globe Award du meilleur film étranger et le César du meilleur film étranger en 2009. Il était en compétition pour la Palme d'Or 2008 et l'Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2009. Je pense que le jury de Cannes, cette année, est malheureusement passé à coté dans sa distribution des récompenses. Il a peut-être été perturbé par ce mélange singulier des genres que proposait le réalisateur, alliant animation atypique époustouflante, documentaire et travail de mémoire personnel.


Par sa pureté formelle, Valse avec Bachir double son précieux travail de mémoire d'une folle aisance à repousser les limites du cinéma d'animation. Éblouissant.
Vincent Malausa

Ari Folman vient de nous faire un dessin, peut-être même le dessin de l'année. Il vient aussi de tirer un trait définitif, rageur, sur ce que l'on croyait savoir sur la frontière entre la fiction et le documentaire.
Philippe Azoury





Concerto pour piano et orchestre en fa mineur, BWV 1056, Largo

vendredi 23 octobre 2009

Seven

Highslide JS
Pour utiliser le terme technique en vigueur: migration hier soir vers Windows Seven.

J’avais fini par m’habituer aux petites contrariétés persistantes de Vista. Des fenêtres qui ouvrent avec des modes de présentation que l’on n’a jamais enregistrés: une fois des icônes de grandes tailles, une fois des petites, une fois des listes. Des sons Windows qu’on finit par ne plus entendre le temps passant, comme le "stong" quand on retire un périphérique USB, même dans les règles de l’art: problèmes connus de compatibilité avec les cartes son. La mise en veille simple qui se transforme en veille prolongée sur un portable quand on est sur batterie alors qu’on a bien configuré le gestionnaire de fermeture. Les anciens logiciels remisés au placard. La définition graphique du fond d’écran qui varie selon la technique utilisée pour sa mise en place. Le petit gadget avec les cadrans d’utilisation du système dont celui de gauche monte régulièrement en flèche et celui de droite indique en continu une occupation copieuse de la RAM par le système. Les mises à jour qui tombent drues...

Le graphisme de l’interface de Vista était quoi qu’il en soit fort réussi avec son mode Aero et la prise en main du système d'exploitation très intuitive et un peu moins pagaille que sous XP.

Le passage à un autre système d’exploitation est souvent éprouvant pour les nerfs dans les heures qui suivent. L’application que vous utilisiez journellement, celle-là et pas les autres, ne fonctionne plus qu’imparfaitement et vous pousse à acheter la dernière version du marché: technique commerciale classique. Et bien, que nenni ! La mise à jour en direction de Seven est longue, certes, pour moi une heure et demie, mais ne nécessite aucunement votre présence. Tout est automatisé jusqu’à l’étape finale des paramétrages classiques obligatoires et de l’entrée de la clef d’enregistrement de la licence.

On fonce bien entendu immédiatement sur les bizarreries antérieures évoquées, pour tester, comme ça, en pensant que tout était peut-être du au concepteur de votre ordinateur : plus rien... tout tourne comme une horloge. Seule singularité, Windows Mail n’est plus présent dans Seven. On vous indique le fait et comment y remédier. Résultat des courses pour moi: juste à importer un carnet d’adresses dans un autre mailer.

Refonte importante et astucieuse de la barre de tâches. L’Aero est toujours présent et devient même Aero Shake et Aero Peek. Resté très gamin, j’adore virer les fenêtres qui encombrent le bureau en secouant celle que je veux conserver ou les rendre transparentes en amenant le pointeur tout à droite de la barre de tâches. La mise en réseau assez galère de Vista est devenue simplissime avec Seven. De nouveaux raccourcis facilitent hautement le positionnement des fenêtres et évitent les redimensionnements laborieux. A noter aussi dans le menu contextuel de la poubelle la disparition de l'option suppression qui m'a fait disparaître plusieurs fois par erreur cette icône du bureau alors que je souhaitais simplement vider la poubelle!

Highslide JS

Le passage à Seven vaut vraiment le coup pour les prudents qui ont conservé XP comme système d’exploitation tout en ayant une machine éligible pour Vista.

L’obsessionnel qui sommeille en moi, et que j’ai évoqué dans un ancien billet, a réussi tout de même, on s’en doute, à planter le système en effectuant ce qui est clairement déconseillé: télécharger des mises à jours facultatives et en particulier la dernière version du pilote de la carte graphique, quand tout fonctionne à merveille. Mode sans échec, dernier point de restauration, sueurs froides et coucouche panier après avoir revêtu mon cilice !

Après utilisation:
- Paint est enfin devenu un outil dessin de base digne de ce nom.
- Présence d'un outil de capture performant pouvant enfin remplacer la touche "Impression d'écran" pour les captures.
- Belle évolution de Windows Media Player en synergie avec Windows Media Center.
- Mise à niveau intéressante des jeux Windows.
- Outils de gravure et de sauvegarde des données moins hermétiques.
- Bonne idée avec l'épinglage possible dans le menu démarrer ou dans la barre des tâches des programmes favoris.
- Bonne ergonomie du centre réseau et partage permettant enfin une bonne compatibilité avec les kits de connexion des fournisseurs d'accès sans ralentissement de l'ouverture des connexions.
- Possibilités de redimensionnement des fenêtres en glissant celles-ci en bordures d'écran.
- Amélioration sensible de la rapidité de certaines applications.
- Windows Live permet enfin de choisir les applications gratuites proposées par Microsoft sans surcharger votre installation en embarquant la totale: Windows Movie Maker est devenu plus ergonomique et à la portée des débutants, Windows Live Mail remplace définitivement Outlook Express. Ces applications doivent être téléchargées et ne sont plus installées d'office.

jeudi 22 octobre 2009

Jardin d'Automne à Nancy

" On devrait construire les villes à la campagne car l'air y est plus pur !"
Alphonse Allais



Photos personnelles

samedi 17 octobre 2009

Postscript, TrueType, OpenType


Les curieux qui ont déjà mis le nez dans le dossier d’installation des polices de caractères ou fontes - en référence aux anciennes techniques d’imprimerie - de leurs ordinateurs, ont sans doute remarqué que plusieurs familles y cohabitaient : pas la même extension de fichier, pas les mêmes lettres sur les icônes.

TrueType est le nom d'un format de fonte numérique créée par Apple vers la fin des années 1980, en concurrence frontale avec le format Type 1 du standard PostScript, développé par Adobe Systems. Comme pour PostScript, les polices TrueType sont définies par des vecteurs grâce aux courbes de Bézier, mais seulement quadratiques, ainsi que par des algorithmes d'optimisation («hinting») sophistiqués. Ceci constituait une avancée importante par rapport au rendu d'images matricielles (ou «bitmap»), car il était possible de synthétiser une police à plusieurs tailles différentes, en atténuant de surcroît le problème du crénelage.

La granulation des pixels pouvant créer des effets optiques indésirables pour certaines petites tailles de caractères, la spécification TrueType admet des indications supplémentaires permettant de les éviter. Celles-ci permettent l'utilisation de techniques que connaissaient bien les concepteurs de fontes depuis que la photocomposition les avaient rendues nécessaires (l'impression au plomb, pour sa part, n'avait pas une précision suffisante pour justifier en son temps l'usage de telles techniques). En revanche, la conception de polices TrueType utilisant les hints est fastidieuse, mais les fontes ne les utilisant pas n'ont pas la même efficacité optique : elles donnent dans certains corps l'impression de « baver ».

Depuis le milieu des années 1990, ces polices sont gérées par une couche logicielle intégrée au système :
* FreeType pour les systèmes libres comme GNU ;
* intégré à GDI pour Microsoft Windows ;
* Suitcase pour Mac OS X.

Ce format a servi de base pour la conception du format OpenType, développé conjointement par Adobe et Microsoft, vers la fin 2002, et reste encore très largement utilisé.

OpenType est un format de fonte numérique pour les ordinateurs, développé conjointement par Adobe et Microsoft.

Annoncé la première fois en 1996, ce n’est qu’en 2000-2001 que les fontes OpenType sont retrouvées en nombre significatif. Adobe a terminé la conversion de toute sa bibliothèque de caractères en OpenType vers la fin de 2002. OpenType a été conçu par Adobe et Microsoft comme successeur des formats précédents de fontes, TrueType (développé par Apple et Microsoft) et des fontes de Type 1 PostScript (créées par Adobe). Il emploie, essentiellement, la structure générale d’une fonte TrueType Windows, mais tient compte des contours TrueType, ou des contours PostScript (stockés sous le format CFF/Type 2).

OpenType a plusieurs caractéristiques spécifiques :

* les fontes OpenType peuvent avoir jusqu’à 65 536 glyphes.
* le codage des fontes est basé sur Unicode et peut être utilisé pour n’importe quel système d'écriture connu d'Unicode, avec un mélange possible entre écritures. Néanmoins, aucune fonte ne comporte tous les caractères Unicode.
* les fichiers des fontes sont indépendants de la plateforme : Windows, Mac OS, Linux, BSD etc.
* les fontes peuvent avoir des fonctions typographiques évoluées, qui permettent le traitement approprié des écritures complexes, et utiliser des effets avancés pour des écritures plus simples, telles que l’anglais.

L’utilisation des fontes est protégée comme celle d’une œuvre artistique.

Sur Windows comme sur Mac OS, l’extension « .ttf » (TrueType Font) a été conservée pour les fontes à courbes TrueType. Les fontes à courbes PostScript utilisent l’extension « .otf ».

Sources Wikipédia.

Mon "dessin" du billet est composé au clavier avec plusieurs variétés singulières de fontes vectorielles. Seul le dégradé d'arrière-plan, le positionnement et le redimensionnement des caractères nécessitent quelques manipulations. Le fichier source, conçu dans un éditeur graphique, supporte ainsi les agrandissements les plus extravagants sans souci. Bien entendu, l’image du blog, au format JPEG, ne peut pas vous en faire la démonstration.

Note: attention! Si la plate-forme de réception des fichiers utilisant les polices ne contient pas celles utilisées par le concepteur, elles devront être remplacées par d'autres présentes sur vos machines par vos applications. A utiliser, donc, avec parcimonie. Pas de problème si le résultat final est un fichier image, comme ici. J'ai constaté cela par exemple au début, sans comprendre le hic, dans des applications Flash utilisant des secteurs de texte non convertis en clip. Ne vous amusez surtout pas à vider des fontes résidentes de votre système, en particulier celles essentielles à vos navigateurs! Effet "space" garanti!

jeudi 15 octobre 2009

Bang, bang !

Dans le but d'éviter la trentaine de pages s’attardant sur un tableau fouillé des lieux -Balzac en avait le secret, et moi la parfaite incapacité - je dirai simplement que la scène avait pour cadre un café de l’ancienne place Royale de la cité des Ducs de Lorraine. Non loin du lieu, se tenait pour quelques jours un important salon du livre. Quelques écrivains s’étaient échappés de la touffeur du chapiteau pour venir s’attabler dans l’établissement devant un rafraîchissement.

Depuis quelques minutes, un Diogène trentenaire soliloquait au comptoir. Il s’entretenait peut-être avec un verre de scotch particulièrement taiseux? Pour l’alcoolique de service accoudé au bar, je dois avoir la tête du type à qui ce serait pure folie de ne pas s’adresser. M’ayant aperçu seul à une table, il ne fut pas bien long à me prendre à parti. Avec une voix de stentor, il se lança alors dans un pamphlet haineux dirigé contre les écrivains du moment. En cette fin d'après-midi d'automne aux lumières et chaleurs encore estivales, allez savoir pourquoi, il souhait traîner plus bas que terre ses dignes représentants.

- Putain, tous ces plumassiers miteux qui posent comme des paons au milieu de nuées de mouches à merdes attirées par leurs derniers étrons!
- Vous pourriez crier un peu plus fort, lui dis-je, je pense que tout le monde n’a pas bien entendu votre panégyrique.

Suite à ma répartie, j’avais une chance sur deux que le gars pète une bouteille sur le coin du comptoir pour venir me placer le goulot brisé sur la carotide. Non, le type tenant simplement compte de mon conseil poursuivit ses vociférations, cinq décibels au-dessus.

- Quel est le dernier livre qui t’a marqué depuis un demi-siècle?

Ne désirant pas continuer à jouer avec le feu, mon cerveau se mit à carburer au propergol. J’accouchai illico d’un nom d’ouvrage pas trop cloche: « L’étranger ». Le tribun se figea en plein effet de manche. Cette fois, je sentais le coup de boule venir.

- Tavernier, servez la même chose que moi à ce gentleman!

Ouf, la chance du débutant! J’avais tapé dans le mille…

- Ah! Albert Camus: «L'absurde naît de cette confrontation entre l'appel humain et le silence déraisonnable du monde. Et face à l’absurde, l’une des seules positions philosophiques cohérentes, c’est la révolte ». La salle nous adressait des regards réprobateurs. Lui, au moins, il n’était pas tombé dans les couillonnades maoïstes de Sartre. Et son «Étranger», quel coup de tonnerre dans un ciel serein! Ces cons du salon vous parleraient savamment de sa fameuse écriture blanche. Ni blanche, ni orange Marengo. La nitroglycérine, c’est incolore. Et ces petites bites qui se prennent pour les provocateurs du millénaire, des épées de la littérature, alors qu'ils se vautrent dans la mièvrerie de leurs petits cacas. Meursault se permet de conduire l’absurdité de la condition humaine à son extrémité, le crime d’un inconnu, sans mobile apparent.

Blanc, Meursault, le type ne décollait pas du monde du pinard. Le challenge, avec un poivrot qui vous harponne, consiste à deviner rapidement ce qui l’amène à en vouloir au monde entier. Le dépit amoureux, c’est le pronostic facile, la petite cotte qui a pourtant le mérite de vous faire rentrer dans vos mises. Je n’ai jamais eu le goût d'écourter une conversation avec un type bourré. Probablement une certaine propension à vivre dangereusement. En dix minutes de confidences sous désinhibant, on en apprend plus de sa vie qu’un psychanalyste en une centaine de séances. En cinq minutes chrono, j'étais au cœur du complexe: sa première passion adolescente, son premier amour, le vrai, le seul, l'unique, celui que l'on cherche à retrouver sa vie entière, à reproduire, à revivre dans son intensité originelle. Lui conseiller la lecture du livre d’Alberoni sur la passion amoureuse débutante, n'était pas raisonnable, vu son état d’ébriété avancée. Une lecture, cependant, qui vous met rapidement les yeux en face des trous, vous fait comprendre qu'il existe un terreau propice à la germination de ce désordre amoureux en lisière de névrose. Tout le monde passe sa vie à savoir s’il est suffisamment aimable. En fait, le seul intérêt de connaître la théorie des circonstances de germination, c’est d’éviter de se méprendre à chaque fois sur la pertinence de ses choix d'objets amoureux dans ces moments de la vie. Pour ce qui me concernait, je pouvais revendiquer mon entrée dans le guide des records de choix à la con dans ce domaine. Je décidai donc de continuer à écouter patiemment son histoire, sans m’engager dans les théories du sociologue italien. A un moment, tout de même, je crus bon de l’interrompre.

- Bein oui, elle a fini par te quitter, et t’es le seul à qui une histoire pareille est arrivée. Ce soir, ce serait mieux qu’elle ne te voie pas dans cet état. Tomber sur un pochtron en vrac qui fait le show dans un bistro, ce serait le saccage des bons souvenirs de votre belle idylle. 

Je m’adaptais avec la facilité dérisoire du caméléon de commando au style de ses propos.

- Toi, je te remercie de ne pas m’avoir placé le dix de perdues dix de retrouvées, laissa-t-il tomber à brule pourpoint!
- Oui, au fait, t’en a retrouvé combien depuis?
- J’ai testé tout le panel de ce qui se fait de mieux pour oublier. La Ginette de Prisunic, ramassée à la sortie du Chat Blanc avec son caniche qui vient me lécher les couilles pendant que je l’enfourche dans sa chambrette rose fuchsia. La reine de la Mirabelle, pas sur la bouche à cause du maquillage. Le presque top model chargé à mort en coke qui vomit après sa biscotte de la semaine. Un spécimen de la jeune génération étudiante qui ne peut plus prendre son pied qu’en se faisant sodomiser en coma éthylique, dans un confessionnal, tout en se branlant avec un crucifix. M’a même dit qu’elle me kiffait grave, l’éponge, pour te dire que je suis le coup du millénaire. La chef de PME surbookée, vite fait, deux coups de lime à l’arrière de la Mercédès, tête coincée sous l’appui-tête. La journaliste sadomaso avec mon masque en latex et la boule de ping-pong entre les dents. La polonaise aux nichons icebergs qui se signe après chaque gémissement. L’enseignante à lunette broutée sous le bureau à la cadence des coups de règle. Et même, l’apothéose, la mère de famille nombreuse, reproductrice aux larges flancs, qui ne prend normalement son pied que dans les réunions de défense pour l’allaitement maternel en sortant un nibard en public pour donner la tétée au marmot.

- La foire aux bestiaux! Tu as quasiment l’album Panini au complet! Il te manque peut-être la pipe de la grande bourgeoise emperlousée, derrière le tas de foin, au fond de l’écurie pendant qu’elle se fait prendre par son étalon. Ouf, premier sourire de la soirée de mon interlocuteur! T’es peut-être passé un peu vite du romantisme intégriste à la débauche exponentielle, non? 
- Et c’est pour ça que je bois, hein?
- Et c’est pour ça que tu trinques, Dorian Gray. Tu sais, il y a aussi l'a défonce aux bonbons Haribo pour monter d'un cran dans la décadence, après le saccage à la Hun de ton amour défunt. Ta Juliette, elle s’est barrée à temps!
- C’est vrai, je faisais un peu dans l’outrance en fin de parcours.
- Tu m’étonnes!
- Et tu me conseillerais quoi pour mon salut?
- A part l’ermitage troglodyte, je ne vois pas trop. Mais pour l’heure, un roupillon, ce serait pas mal. Je te raccompagne?
- T’es pas pédé au moins?
- Non, ou je suis passé à coté d’une belle carrière. Et puis, tu sais, je crois qu’ils ont les mêmes problèmes que nous, et bien d’autres encore avec des débiles dans ton genre.
- Je disais ça au cas où t’aurais voulu me donner une image de plus pour mon album. Tu sais, j’ai plein de copains pédés qui ont tenté le coup. Mais j’ai vraiment pas l’âme à ça.
- T’inquiète pas pour ton âme, je n’abuserai pas de la situation. J’épouse le même concept que toi. On ne refait pas sa nature.

Le gars se servait de la sexualité comme une arme pour oublier. La sexualité qu’on veut séparer des sentiments, c’est la bévue. On met en vrac son égo. Cela eut pu constituer "mon" conseil de la soirée, s’il avait été en état de le recevoir. Par chance, le pochard avait réservé une chambre à l’Hôtel de la Reine. Juste la place à traverser. Je confiai le fils de Bukowski aux bons soins du veilleur de nuit qui ne put cacher totalement une pointe de mépris au moment du bonsoir.

Le lendemain matin, en sortant de chez moi pour prendre mon véhicule, je m’aperçus que je n’avais plus mon portefeuille. Je l’avais probablement laissé sur le comptoir du Café du Commerce. Un coup de fil rapide confirma mon hypothèse. Une heure plus tard, le garçon de service me signala, tout en me le rendant, qu’une cliente m’avait laissé un mot sur une carte: 

« Pourrais-je vous rencontrer un soir de cette semaine dans l’établissement où vous avez eu la gentillesse de prendre en charge Alexandre et de tempérer ses diatribes publiques. Anne Rênal»


Adulateur du trait névrotique qui pousse l’individu à déployer des trésors d’inventivité pour multiplier les situations scabreuses, je la contactai le lendemain matin au numéro figurant sur sa carte. La voix qui me répondit au téléphone était tout à fait charmante. Anne Rênal s’exprimait avec aisance et savait mettre son interlocuteur à l’aise. Elle m’apprit aussitôt ce que j’imaginais. Elle était bien la fatale qui avait descendu le cowboy en plein vol, il y a deux ans.

- Je porterai frac et chapeau clac, ainsi qu’un hortensia mauve à la boutonnière, pour la rencontre. Peut-être serait-il préférable de ne pas trop s’attarder sur place au cas où l’amoureux bafoué roderait encore dans les parages?
- Primo, pareille tenue de gala ne sera pas nécessaire. Je vous ai entrevu l’autre soir et saurai vous reconnaître. Deuxio, Alexandre est reparti à Paris, vous n’avez plus rien à craindre.

Coquet par nature, j’hésitai longuement quant à la tenue vestimentaire pouvant convenir à un pareil entretien. On juge un homme à la façon dont il est chaussé, c’est bien connu. Les pieds, et tout particulièrement les talons pour les grecs anciens, avaient quelque chose à voir avec le siège de l’âme. Je n’avais pas de petites ailes à accrocher aux miens. Je gardai les chaussures que j’avais aux pieds le soir de ma rencontre avec Alexandre Bukowski.

J’avais le nez dans un bouquin, quand une très jeune femme, tombée de Vénus et ayant promptement dissimulé son parachute dans son sac à main, arriva à ma table. Attention, rien à voir avec une bimbo de série américaine. Plutôt le style Joan Fontaine. Un mélange de classe et de beauté naturelle. Une fois de plus, je me trouvais être le héros de la soirée dans cet estaminet. Des regards mâles convergeaient en notre direction. Ayant convié l’apparition à s’asseoir à ma table, je ne pus m’empêcher d’y aller d’une balourdise de gros dragueur alors que j’étais aussi intimidé qu’un collégien. 

- Je comprends mieux la cause du désespoir d’Alexandre le Grand. J’imaginais cependant un tout autre style de vamp.
- Monica Belluci, en mieux?
- Une variation sur le même thème. Mais je suis plus sensible au type de féminité que vous développez. Un restant d’éducation judéo-chrétienne.
- Ah bon! J’ai des airs d’icône d’images pieuses?

Plutôt que de m’enliser un peu plus avec mes compliments de bazar, je décidai de lui demander rapidement ce qui l’avait décidée à souhaiter me rencontrer.

- Comme vous l’avez appris sans doute, nous nous sommes séparés Alexandre et moi voilà deux ans. Chacune des rencontres de hasard postérieures ont tourné au drame et aux règlements de comptes sordides. Je l’ai aimé follement dès l’adolescence, et l’aime peut-être encore un peu trop. Je serais heureuse que vous me donniez de ses nouvelles. Vous avez eu l’occasion de vous entretenir hier longuement avec lui.
- Destinée tragique que la mienne… les femmes que je rencontre adorent me parler de leurs amours défuntes avec des trémolos dans la voix. Pour être franc, l’état dans lequel je l’ai trouvé ne me permet pas de vous apprendre grand-chose, sinon son désespoir qui ne vous étonnera pas.
- J’ai aimé Alexandre pour sa force de caractère, son esprit de décision et probablement, pour l’image paternelle rassurante que sa présence dégageait. Vous semblez camper sur l’archétype féminin qui rassure. Moi, j’ai lâché prise quand le mien s’est délité.
- Sage décision. J’imagine mal que l’espèce humaine ait attendu Simone de Beauvoir pour basculer soudainement vers de nouveaux modèles. Comment imaginer faire table rase aussi facilement d’acquis préhistoriques. Vous avez inversé le modèle en fondant un jour pour la version Souchon, non?
- Un peu ça. Je vis depuis un an avec un écrivain à la tendresse et au comportement bien éloignés de l’archétype masculin préhistorique.
- Pauvre de nous les hommes qui voyons partir sans nuances nos compagnes, tantôt pour un cow-boy, tantôt pour un Souchon, au gré des modes que nous imposent les sociétés et milieux auxquels nous appartenons.
- Et vous pensez que c’est plus facile pour nous les femmes ?
- Non. L’époque est trouble. Les repères solides sont évanescents. J’ai cru comprendre qu’Alexandre avait abandonné une belle carrière de juriste suite à ses états d’âme consécutifs à votre rupture?
- Oui, il avait perdu, à ses dires, la foi sacrée.
- Quoi qu’il en soit, dur de continuer indéfiniment à se prendre pour un représentant de Dieu sur terre appliquant la Justice des hommes dans des affaires ou parfois seule l’intime conviction est un alibi pour trancher? Je comprends mieux son amour pour Albert Camus. Après « L’étranger », « La chute ».
- Comment un homme d’une telle solidité a-t-il basculé aussi vite dans le doute absolu, suite à une rupture amoureuse?
- Parlez-en à un psychologue. C’est son fonds de commerce.
- J’aimerais trouver les mots pour le convaincre de reprendre le dessus.
- Ces scrupules vous honorent. Moi, je n’ai jamais eu la chance d’avoir un ancien ange gardien qui continue des années durant à veiller sur moi. Qu’est ce qui l’a mis dans cet état l’autre soir?
- Il m’a vu avec mon compagnon au salon du livre. Alexandre écrit lui aussi à l’occasion avec un certain bonheur.
- Vous ne sortez tout de même pas avec l’ancien journaliste qui s’est fait greffer un paillasson sur la tête?
- Non, je ne fais pas dans la figure nationale. Vous avez constaté comment cette simple confrontation avec la réalité a pu le perturber. Il n’est pas alcoolique, vous savez. Vous avez vu Alexandre dans un très mauvais jour !
- Et encore, c'était de nuit. Dans le domaine de la passion amoureuse finissante, les femmes ont plus d’armes en main pour quitter le bateau à temps en cas de naufrage.
- Qu’entendez-vous par là ?
- On en revient aux archétypes. Les femmes ont du mal à pérenniser une relation qui consciemment ou inconsciemment leur laisse supposer qu’elle n’aura jamais l’assise suffisante pour garantir la protection d'une potentielle couvée à éclore. On n’est pas loin de la génétique animalière dans cette affaire.
- Je n’avais jamais envisagé la chose sous cet angle, mais pourquoi pas? Vous ne me prodiguez pas pour autant de conseil salutaire.
- Grosse demande en ce moment sur le produit. Empiriquement, excusez la métaphore, j’ai souvent constaté qu’il fallait qu’un clou chasse l’autre pour que ces affaires amoureuses évoluent dans le bon sens. Essayez de lui trouver un objet amoureux de substitution: une femme qui tienne la route. Vu son choix de départ, cela va être coton. Ou mieux, retrouvez son ancien doudou, son « Rosebud » à lui...
- Je ne suis pas directrice d’agence matrimoniale et n’ai pas accès au grenier de sa mère.
- Et circonstance aggravante, vous m’avez laissé entendre que vous l’aimiez encore dans cette histoire en miroir, plus complexe encore que celle de la chanson «Bang Bang». Peut-être le pressent-il obscurément?
- J’ai pourtant pris mes distances. Vous le constatez, je fais appel à vous pour obtenir des renseignements que pourrait me donner directement l’intéressé.
- Peut-être pas suffisamment de distance vis-à-vis de quelqu’un qu’on souhaite fuir définitivement? Vous gardez le secret espoir de revivre un jour avec lui ?
- Non, on ne rafistole jamais une histoire qui a mal tourné. Revient sans cesse le temps des reproches. Je vous remercie de m’avoir écoutée patiemment. Peut-être dois-je laisser un peu plus de temps au temps?
- Sans doute. Vous savez, l’angoisse d’abandon est notre lot commun. A chacun de nous d’apprendre à la gérer. A chaque homme sa part de solitude. D’aucuns prétendent même qu’elle constitue une constante humaine.

La jeune femme me regarda un instant dans les yeux, avant de me sourire avec tendresse. Elle me demanda de l’accompagner pour une petite escapade nocturne avant de prendre congé. Deux solitudes en chemin dans les rues de la ville cherchant un temps à oublier ce triste lot.

Une heure plus tard, retourné au Café du Commerce, je demandais au patron de me servir deux scotchs au comptoir.

- Deux! Vous faites des infidélités à votre sempiternel diabolo-grenadine! Un coup de moins bien?
- Servez, servez! Je viens d’accompagner un temps la trajectoire d'une comète. Vous me videz de votre établissement dès que je me mets à haranguer la foule.

Souriant intérieurement de cette fin d’histoire à la Nestor Burma, je me récitai en silence le poème de Gérard de Nerval:


Elle a passé, la jeune fille,
Vive et preste comme un oiseau,
A la main une fleur qui brille,
A la bouche un refrain nouveau.
C’est peut-être la seule au monde
Dont le cœur au mien répondrait,
Qui venant dans ma nuit profonde
D’un seul regard l’éclaircirait.
Mais non, ma jeunesse est finie,
Adieu, doux rayon qui m’a lui,
Parfum, jeune fille, harmonie,
Le bonheur passait, il a fui.



Note :

Je pars assez souvent d'une chanson pour écrire une nouvelle. Ainsi, celle qui m'a inspiré pour celle-ci est un peu l’histoire que raconte l’homme au comptoir du café. Vous savez, la chanson de Nancy Sinatra, "Bang bang!", reprise dans « Kill Bill » de Tarantino. Comme, par bonheur, tout le monde ne parle pas encore anglais de nos jours, je me dois de vous donner la traduction française maison, sans filet :

J'avais cinq ans et il en avait six / Nous chevauchions des chevaux faits de bâtons de bois / Il était habillé en noir et moi en blanc / Il voulait toujours gagner la bataille / Pan, pan, il m'a descendue /J'ai heurté le sol / Ce bruit affreux / Mon amour m'a descendue.
Les saisons ont passé, emportant avec elles cette époque / En grandissant je l'ai appelé mien / Il voulait continuer à en en rire et disait/ Tu te souviens quand on jouait / Pan, pan, je te descendais / Tu tombais / Pan, pan, ce bruit affreux / Pan, pan, chaque fois, je te descendais.
La musique jouait et les gens chantaient /Les cloches de l'église ne sonnaient que pour moi / Maintenant il est parti / Je ne sais pas pourquoi / Et depuis ce jour / je pleure parfois / Il n'a même pas dit au revoir / Il n'a pas pris le temps de mentir / Pan, pan, ... mon amour m'a descendue
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