vendredi 26 octobre 2007

Des chiffres et des angles


Un correspondant m’a adressé dernièrement un diaporama PowerPoint fournissant une explication étonnante au graphisme des chiffres actuellement en vigueur dans notre écriture moderne. Ceux-ci sont dénommés «chiffres arabes» et nous auraient été légués par l’intermédiaire de l’Espagne durant la colonisation musulmane de leur territoire de 714 à 1492. Je savais que nous devions aux Maures l’invention du zéro (mot arabe signifiant «le vide»), mais n’avait jamais eu vent qu’ils avaient emprunté aux Phéniciens leur mode de numération. Celui-ci retrouvé sur des abaques proposait neuf chiffres dont la calligraphie procède d’une logique se fondant sur le nombre d’angles contenu dans les figures originales de ces chiffres. L’iconographie de tête de billet en fait la démonstration. Merci aux internautes curieux de m’adresser des commentaires pouvant valider ou invalider cette théorie. Esprits obtus, un angle de vue nouveau plein d’acuité sur les chiffres anguleux...
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Un lien sur l'histoire des chiffres

Note humoristique: de nombreuses personnes, en écrivant le chiffre 7, utilisent une barre supplémentaire horizontale au milieu du chiffre. La plupart des typographies l'ont fait disparaître aujourd'hui. Mais savez-vous pourquoi cette barre a survécu jusqu'à nos jours? Il faut remonter bien loin, aux temps bibliques. Lorsque Moïse eut gravi le mont Sinaï, et que les 10 commandements lui furent dictés, il redescendit vers son peuple et leur lut à haute et forte voix chaque commandement. Arrivé au septième « Tu ne commettras point d'adultère.Tu ne désireras pas la femme de ton prochain », de nombreuses voix s'élevèrent parmi le peuple lui criant : "Barre le sept, barre le sept, barre le sept !"

Et voilà l'origine de la barre du sept !

mercredi 24 octobre 2007

Il était une fois dans l'Ouest








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Sacrilège! Un Italien s’attaque au mythe du Western et culbute totems et tabous. Jouer sur les archétypes à l’outrance, salir la pure image des héros du Western en pointant du colt quelques uns de leurs vices cachés et la violence crue de leurs actes, c’en est trop! Voilà sur quoi maints critiques tempêtent depuis la sortie de ce film en 1968. Pourquoi Sergio Leone, qui comme beaucoup avait succombé dans sa jeunesse au rêve américain, finissait-il par le trahir? 

Loin de moi l’idée d’argumenter sur le bien fondé ou sur la partialité des propos tenus par des individus plus qualifiés que moi en la matière. Cependant, je n’ai trouvé aucune analyse partant simplement du titre. Celui-ci contient pourtant l’incipit des contes avec son imparfait qui suggère que l'on va narrer une histoire, et que, pour ce faire, on ne se privera pas de s’éloigner du vraisemblable, que l'on aura parfois recours au travestissement, à la métaphore et à l’imaginaire. Bettelheim nous a parfaitement montré la capacité des contes à mettre en lumière des facettes de l’obscur objet de nos désirs. C'est bien connu, aussi, que l’analysé résiste à les faire remonter à sa conscience, arc-bouté sur ses modes de défense privilégiés. 

Dans ce film, Leone s’attaque bien à cela. Il empile les archétypes et passe en revue les références classiques du Western qui ont été mises en place avant lui par les grands réalisateurs américains spécialistes du genre. Les amateurs trouveront une foultitude de références aux films de ses glorieux ancêtres. Si cela tourne parfois à la parodie, c’est pour mieux démasquer les illusions et les mensonges qu’elles véhiculent.  Provocateur en diable, Leone disait à qui voulait bien l’entendre, en termes crus de macho résistant encore un temps dans son fort Alamo aux squaws de la montée du féminisme, que ce film racontait avant tout: « La fin de la dernière période de l’histoire américaine où les hommes avaient des couilles, et la transition entre le Far West, et l’institution du matriarcat en Amérique. L’Amérique est fondée sur des femmes qui ont des couilles en béton. ».

Comme vous le constatez, notre homme faisait dans la dentelle. Pour continuer dans la provocation, le choix d’Henry Fonda pour le rôle du très très méchant, n’est pas anodin. Le justicier sans tache, icône du cinéma américain des années antérieures, écorne fortement son image dans ce rôle à contre emploi. La plupart des personnages savent dès le début de l’histoire qu’ils vont mourir. Le chemin de fer surgit dès la séquence générique lancinante et ses interminables 12 minutes. Il se veut un funeste augure. Les valeurs fondatrices de la nation vont tomber sous les tirs croisés de nouveaux maîtres aux cartouchières bourrées de billets verts. Les paysages du Grand Ouest vont s’orner d'une estafilade. Le visage de l’Amérique va devenir celui de «Scarface».

On peut préférer, les classiques antérieurs, mais rien ne m’enlèvera de l’esprit que la musique d’Ennio Morricone rend leurs bandes son parfois désuètes, et sait porter au sommet l’ampleur dramatique qui sied au traitement de ces fresques emphatiques de réaménagement du passé américain. L’harmonica, Teuf-teuf, le Cheyenne, les cache-poussière, la putain héroïque, autant de destins tragiques mis en lumière. La mouche libérée du canon du sinistre homme de main de la gare est probablement le seul geste de miséricorde de cette joyeuse troupe "d'amis qui ont un important taux de mortalité"

Historiette:

Un enfant demandait à son grand-père pourquoi il commençait toujours ses histoires par:
 "Il était une fois. 

- C'est pour éviter de me tromper sur les dates, répondit l'aïeul."


mardi 16 octobre 2007

« La dictature c’est ‘Ferme ta gueule’, la démocratie c’est ‘Cause toujours’ »


Jean-Louis David, La mort de Socrate (1787) Metropolitan Museum of Art - New York

Il m’arrive de pester contre la pertinence de lois qu’on ne m’a jamais demandé directement de voter. Quand on me dit qu’il faut comprendre que les élus sont nos porte-paroles, je n’en viens pas pour autant à croire qu’ils ne parlent jamais en leur nom propre ou ne chagrinent pas ceux qui pensent autrement. «Dura lex, sed lex», mais n’oublions jamais que ce ne sont que de simples mortels qui promulguent les lois. Il devient alors illusoire de leur prêter un caractère transcendant ou irrévocable. Certains malheureux tombés du jour au lendemain sous la férule d’un dictateur occasionnel, conçoivent rapidement qu’elles sont bien plus pragmatiques ou volatiles qu'on ne l'imaginait. De plus, quelques unes, à mon humble avis, ont été pondues un soir de vague à l’âme ou de grande débâcle psychique, par quelques illuminés tentant au petit bonheur de justifier leurs postes et leurs salaires. La maxime latine cité plus-haut a quelque chose d’abrutissant. Sa sempiternelle invocation exhale des relents de fatalisme masochiste. Mon but de départ était d’écrire un billet chafouin pourfendant travers et dérives d’un régime que Churchill et Jacques de Bourbon Busset qualifiaient de moins mauvais système politique: la Démocratie.

Entreprise prétentieuse, voire mégalomaniaque. On n’avait pas en plus attendu ma sapience pour en gloser avant moi. Lucides, drôles, pertinentes, incisives, bien des analyses ont ratissé le sujet dans ses moindres recoins. A quoi bon se fendre alors d’un billet poussif et insignifiant. A temps, j’ai changé mon fusil d’épaule pour proposer quelques citations choisies. Le «Candide» du troisième millénaire comprendra mieux peut-être que celui de Voltaire que tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des régimes du monde. Si nous aimons la Démocratie, il ne faut pas pour autant imaginer que le peuple ou les dirigeants qu’une majorité accepte ont perdu la capacité de perpétrer certains abus des régimes qu’elle a un jour remplacés. Bien qu’il faille souhaiter qu'elle vive le plus longtemps possible, veillons à ce que ses travers ne la mine pas au point qu’une majorité des citoyens mécontents, manipulés par une minorité d’oligarques à l’appétit de pouvoir immodéré, finissent par l’adultérer au point qu’elle devienne péril pour les premiers et source de bénéfices iniques pour les seconds. Trêve d’emballements épistolaires ronflants ou de dénonciations «zolesques» pompeuses pour laisser place à quelques mots d’auteurs, traits d'humour et citations proches parfois du dépit amoureux.
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«La démagogie est à la Démocratie ce que la prostitution est à l’amour» - Georges Eglozy

«La dictature c’est ‘Ferme ta gueule’, la Démocratie c’est ‘Cause toujours’» - Jean-Louis Barrault


«A la nomination d’une petite minorité corrompue, la Démocratie substitue l’élection d’une masse incompétente» - Georges Bernard Shaw


«La démocratie qui semble être la règle du monde moderne et qui n’en est que la punition» - Jules Barbey d’Aurevilly

«Tant qu’il y aura des dictatures, je n’aurai pas le cœur à critiquer une démocratie» - Jean Rostand


«Le plus grand nombre est bête, il est vénal, il est haineux. C’est le plus grand nombre qui est tout. Voilà la Démocratie» - Paul Léautaud

«Le moins mauvais système politique est celui qui permet aux citoyens de choisir l’oligarchie qui les gouvernera. On appelle cela généralement démocratie» - Jacques de Bourbon Busset

«L’erreur des démocraties est de trouver que leur vérité soit une pour tout le monde, et force l’adhésion» - Je sais plus…

mercredi 3 octobre 2007

Le meilleur des mondes

« Je sais que je suis paranoïaque, mais ce n'est pas parce que je suis paranoïaque qu'ils ne sont pas tous après moi. » - Pierre Desproges.

L’autre jour, je patientais à un feu, épié par une caméra de surveillance urbaine. Je suivais sur mon autoradio un débat sur la prolifération des méthodes de pistage des citoyens : fichage ADN, passeports anthropométriques et autres techniques de contrôle sophistiquées. Un des experts de service y allait de son argument massue : avec la foule des bandits de grands chemins grouillant sur la planète, ne serions-nous pas les premiers à légitimer le recours à ces techniques en cas d’agression? Un expert adjoint, pendant du premier, affirmait que nous nous inquiétions pour rien. Avec la facilité du moment dont il est de bon ton d’user de nos jours, il égratignait une fois de plus les Américains. Ceux-ci, pourtant à la pointe dans le domaine de la high-tech, avaient mal anticipé, ou trop tardivement, les attentats terroristes dont ils furent victimes. Ils possédaient pourtant les renseignements nécessaires pour les contrecarrer. Un cocorico ponctuait l’assertion : avec nos bonnes vieilles méthodes reposant sur les renseignements généraux et les infiltrations des réseaux par des agents efficaces, nous leur damions le pion. Patelin, il affirmait en plus que le contrôle drastique de l’Internet, la facilité dérisoire dont on peut transformer à distance un téléphone portable en micro espion, le pistage aisé de nos transactions bancaires et débits par carte bleues, les signatures de nos GPS de voitures ou des diverses puces magnétiques dont nous usons, enfin, les données colossales recueillies en continu par les «Grandes oreilles», ne constituaient nullement une panacée susceptible de tuer dans l’œuf les intentions perfides de l’Empire du Mal, donc bien entendu de menacer l’individu lambda.

Un sociologue pertinent indiqua alors que depuis quelques décennies, les interdits moraux hérités des religions ou de la propagande des totalitarismes s’évanouissaient peu à peu. La société moderne favorisait en fait avant tout la jouissance individuelle. Ce laxisme avait une motivation mercantile. Le fichage savant des individus permettait de cibler parfaitement leurs besoins et qui plus est de les anticiper. Je sais ce que vous regardez, je produis et améliore à votre intention ce que vous rêverez bientôt d’acheter. Je saurai vous rendre essentiels mes produits à grand renfort de publicité et de messages subliminaires médiatiques. Le contrôle qui relevait jadis de l’individu lui-même, est maintenant dévolu à des organismes utilisant nos sites de renseignement corporels et notre électronique embarquée. Quelques romans d’anticipation célèbres prenaient corps. On citait l’exemple des merveilleux moteurs de recherche capables de dresser le portrait robot d’un internaute à l’aide des mots clefs stockés au fil de ses recherches. Ainsi, un patient curieux qui recherche des renseignements sur les médicaments que son médecin vient de lui prescrire, signale à son insu la pathologie dont il est porteur. Je ne vous dis pas pour l’inconscient qui comme moi tient un blog !

Et les lois « informatique et liberté » alors ? Draconiennes, paraît-il ? En bon paranoïaque qui se respecte, je suis persuadé qu’il est trop tentant pour un pouvoir de ne pas les contourner et de se servir de cette somme de données colossales recueillies sur les individus pour mieux les contrôler à son bénéfice.

Pour terminer ce billet j’en reviendrai à nos amis américains égratignés plus-haut par l’expert: le retour en vogue chez eux du Western, n’indiquerait-il pas que, déboussolés par la folie procédurière et protectionniste dans laquelle s’est engagé leur pays, ils en viennent à regretter l’âge d’or des libertés individuelles, même s’il convient de mettre le brigand en prison à la fin du film ? Et de conclure sur cette ambiguïté de pensée en citant Thomas Jung dans le texte: "Je suis schizophrène et moi aussi."