vendredi 28 décembre 2007

La java norvégienne

Highslide JS



Papillon dans la rosée - Affichage Highslide JS

Tornstein Hønsi, norvégien de naissance, propose gracieusement pour un usage non commercial une application en Java-script permettant en particulier le zoom de photos en survol sur la page principale d'un site ou d'un blog. L'application sur site ne pose aucun problème, par contre, cela se complique sur un blog. Dans ce cas, la solution élégante consiste à ajouter deux lignes de script dans l'éditeur HTML de votre page modèle qui appellent l'application serveur quand un secteur réactif des billets est cliqué. L'insertion de miniatures dans un billet devient alors très simple et n'alourdit pas son code HTML.

Décembre 2007:
Procrastin m'indique en quelques mails qu'il faut affecter aux applications Flash (s'il en existe sur vos pages qui accaparent le devant de la scène) un paramètre wmode= "Transparent" au lieu du mode "Window" appliqué par défaut. A faire passer aux spécialistes. A noter que la technique fonctionne également pour les vidéos que vous insérez dans vos pages à partir de You Tube ou Daily Motion. L'auteur m'a fort gentiment donné lui aussi sa solution en me fournissant un lien sur son forum : solution

N'hésitez pas à visiter le site très professionnel de l'auteur. Merci à Procrastin pour sa mise à disposition du lien "Highslide JS".


Aux personnes m'ayant adressé des mails

Pour utiliser l'application sur Blogger vous devez inclure les lignes de script ci-dessous dans la page maître juste avant "/head":


Sur mon blog, j'ai personnalisé le fichier "style.css" (que vous pouvez renommer à votre guise, ainsi que le dossier highslide et ses fichiers, pour créer différentes feuilles de styles), de façon à obtenir une présentation homogène mais fixe des textes, des images et des cadres. Cependant, vous pouvez appeler directement l'application et des styles variés à partir des pages HTML de vos billets. La méthode est plus lourde mais plus complète. Dans ce cas, les lignes de script en page modèle sont inutiles, voire parasites. Si vous programmez en Javascript, cela ne devrait vous poser aucun problème. Ce n'est pas mon cas, malheureusement...

Novembre 2008: la dernière version de Highslide JS facilite grandement la manipulation sur blog et a résolu les quelques problèmes de compatibilité avec les navigateurs du moment. La version active actuellement sur mon blog est la version 4.0.8.

Janvier 2009: la marge droite du blog vous propose diverses fonctionnalités de l'application. "Accueil" l'affichage en survol d'une page HTM et les titres colorés, celles d'applications Flash avec des fenêtres de tailles variées que vous adaptez à celles de vos applications.



lundi 10 décembre 2007

VOLTAIRE vs ROUSSEAU : "Nous nous sommes tant haïs."


Loin de l’étude littéraire autour de la célèbre querelle épistolaire entre Voltaire et Rousseau, ce billet tient à faire part de l’admiration sans borne que je porte à la langue brillante dans laquelle ces beaux esprits du XVIIIème siècle ont correspondu sans en venir aux mains. L’affrontement d’idées de ces deux phares du Siècle des Lumières se perpétue encore de nos jours au travers d’idéologies politiques ou de principes éducatifs. Pourquoi les partisans des principaux mouvements révolutionnaires à venir défilèrent-ils avec le Contrat Social sous le bras et pas avec le Candide de Voltaire ? Pourquoi a-t-on voulu faire de Rousseau le défricheur des grandes idées modernes et Voltaire le dernier des Classiques au service de l’Aristocratie alors qu’il a contribué tout autant que le premier mais sur un mode différent à sa chute ? Je laisse ces deux questions en suspens.

Le point de départ de la querelle est un essai philosophique de Rousseau commencé en 1753 et publié en 1755, en réponse à un sujet de l'Académie de Dijon intitulé: « Quelle est l'origine de l'inégalité parmi les hommes et si elle est autorisée par la loi naturelle ? »

L’inspiration polémique qui unit les textes proposés y prend des formes différentes : la légèreté de Voltaire convient à l'éloge d'une société brillante mais un peu futile; la gravité un peu pontifiante de Rousseau se prête à l'éloge des sociétés archaïques. Dans le registre polémique, les deux hommes manifestent leur singularité : Voltaire y déploie un tempérament railleur qui lui fait connaître et désigner ses adversaires. Rousseau, quant à lui, a beau stigmatiser "l’éloquence frivole" : il n'en donne pas moins un vigoureux exemple où s'affirme une idéologie austère et vindicative peu soucieuse de nuances.
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jeudi 6 décembre 2007

Scoubidou : retour aux origines



Le fil de la pensée prend parfois des détours lui donnant en fin de parcours des allures de scoubidou. L’édification folâtre de ce court billet glorieusement dédié au petit objet tressé à l’aide de brins de plastique souple colorés, illustre clairement cette métaphore osée, Joséphine. La tocade du scoubidou fit fureur au début des années soixante en France, tout comme les bretelles vertes à l’époque hitlérienne.

1 - Le point de départ du billet est logique, cartésien, implacable : un commentaire chafouin du précédent.

2 - Par un léger détour de la pensée, paf, sortit soudain d’un chai du château de l’archiduchesse, le bon Sacha sussurant sa scie tout en chassant sans son chien et ne sachant où sécher ses chaussettes sans souche bien sèche: .... et des scoubidous bidous ah… Normal direz-vous ce léger saut du coq sans sauter pour autant sur l’âne. Scoubidou = Sacha Distel. (point)


3 - Au fait que nos artistes populaires des années blotties douillettement au creux des trente glorieuses puisaient sans vergogne dans le vivier des succès méconnus chez nous de la chanson « parce-que-transatlantique », un doute tintinnabulant s'immisça dans un coin relativement actif de mon esprit en cette fin d’après-midi à la météorologie aussi pitoyable que le reste du dit-esprit. Constat amer peu surprenant: cette œuvre majeure du répertoire de la grande chanson française n’avait pas échappé à cette pratique éhontée de ruffians. Nos stations radios grandes ondes du début des années soixante ne coinçaient que quelques crachouillis entre Oslo et Hilversum et la BBC ne donnait pas encore à outrance dans la diffusion des standards américains. Un certain Allan Lewis était à l’origine de la scie chien fidèle de Sacha qui par la même fit fissa et attacha son chat. Les paroles originales récupérées sur internet me plongèrent, si besoin était, dans une stupeur supplémentaire, payée +10% dans les mois à venir: cela resterait un peu court d’affirmer que des remaniements véniels avaient été apportés au texte.

4 -Le titre original «Apples, Peaches and cherries» était devenu «Des pommes, des poires - et allez savoir pourquoi - des scoubidous». Pêches et cerises avaient du dépasser la date de péremption? Quant aux couplets, plus de marchand des quatre-saisons avec sa jouvencelle affriolante faisant chavirer le cœur du narrateur au point de la circonvenir et de l’engrosser à feu continu jusqu’à l’obtention d’une nichée d’une bonne dizaine d’oisillons braillant pour que vous ajoutiez à votre panier garni, sur la fin de la chanson, une kyrielle de légumes verts: choux de Bruxelles, brocolis, courgettes, haricots-verts, asperges etc...

L’infortuné Sacha traversait, lui, une tout autre aventure: ramassage trivial chez des amis d’une poulette - clone probable de Dalida - qui, les jours suivants, lui fait ingurgiter jusqu’à l’indigestion des fruits au point qu’il finit par la jeter entre deux aller-retour aux WC : « Car les fruits, c'est comme l'amour / Faut en user modérément / Sinon... ça joue des tours. » Sic. Et réplique de la gourgandine outragée: « Mon pauvre ami, des typ's comm' toi/ On en trouv' par milliers ... » équivalant châtié du plus probable : « Des connards du genre / je shoote dans un bec de gaz / et y’en tombe mille... »
5 - Morale de la fable à la française «Le célibat, y a que ça de vrai.» à opposer à celle de la version américaine «Fermez votre fenêtre quand vous entendez passer un marchand de quatre-saisons. ».

6 - Les détours de ma pensée ne purent s’arrêter à ces quelques découvertes. Je devais m’intéresser désormais à l’objet princeps et à la question cruciale: «Qui a inventé le scoubidou ?»

Alors-là, faites l’expérience, vous tombez sur une moisson de sites peu communs traitant des techniques du scoubidou, gorgés d’une iconographie délirante dont quelques exemples frôlent le monstrueux. Ceux-ci ne pipent mot sur l’origine du truc. J’ai juste pu glaner l'explication du nom "scoubidou" issu d'une onomatopée prise aux chanteurs de jazz américains : "scoo bi doo bi dooh ah !"

J'ai trouvé un seule réponse plausible dans « Les questions Yahoo ». Elle va me permettre d'avoir cette nuit un sommeil moins agité qu'à l'accoutumée. C'est un vieux loup de mer chérissant l’océan (cela soule de course), et qui ne fait plus que partir pour le grand large en pensées, assis au port sur une bitte d’amarrage : " Il y a bien longtemps que les marins faisaient des "tresses" pour éviter aux bouts de leur cordages de "se barrer en queue de vache" (formule mondaine). Cela s'appelle des "épissures" et il en existe de multiples formes et variétés selon les pays les régions et les traditions. Il y en a même des rondes à l'intérieur desquelles ont met 1 lest (plomb) et on obtient un "lance amarres. Avec-celui ci on lance assez loin un petit cordage auquel on en fixe un plus gros par exemple pour un remorquage."

Conclusion :

Origine marine probable du scoubidou? Pourquoi pas, on sait qu’on en vient tous...
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vendredi 30 novembre 2007

Mort à Venise

Qui a contemplé de ses yeux la beauté est déjà voué à la mort.
- Thomas Mann -


Le scénario de «Mort à Venise», film récompensé à Cannes en 1971, est tiré du court roman de Thomas Mann, «La Mort à Venise», paru en 1913. Visconti repoussa à plusieurs reprises son adaptation, estimant que le projet exigeait de la maturité. Il concentre le roman autour de la relation entre Aschenbach, libre adaptation du personnage réel de Gustav Mahler, et Tadzio, un jeune adolescent polonais. Il s'inspire également d'un autre ouvrage de Thomas Mann, «Le Docteur Faustus» pour les conversations sur la beauté, ou la séquence du bordel, ainsi que de Proust pour le personnage du directeur de l'Hôtel des Bains qui évoque celui du Grand Hôtel de Balbec.

L'histoire

Juste avant la première guerre mondiale, un musicien allemand, Gustav von Aschenbach, se rend à Venise. En villégiature à l'Hôtel des Bains, il y croise un adolescent dont la beauté le fascine immédiatement. La rencontre entraîne une remise en question de ses certitudes morales et esthétiques. Son existence toute entière est chamboulée par le désir qui surgit. La relation demeure distante, réglée par le jeu des regards échangés. Le musicien tente de fuir ce désir en quittant Venise, mais un événement fortuit lui sert de prétexte pour revenir à son hôtel vénitien malgré l'épidémie de choléra qui sévit dans la ville. Il s'abandonne à la contemplation du jeune homme, tente de nier sa vieillesse et d'oublier la fièvre. Il meurt sur la plage presque désertée de l'hôtel, le regard tourné vers Tadzio.

La relation est barrée par des obstacles extérieurs (l’entourage de Tadzio) et des interdits moraux. L'homosexualité du désir renforce d’ailleurs la dimension de ces interdits. Ashenbach se satisfera des seuls regards et sourires échangés: le désir contrarié prend la voie de la sublimation. L’irruption de la beauté incarnée oblige Aschenbach à remettre en cause ses conceptions du beau qui sont pour lui fruits de la rigueur et de la discipline. Il comprend mieux l’avis opposé de son ami Alfried pour qui la beauté est un surgissement sensitif. Il ne peut cependant s’empêcher d’y apporter une part d’élaboration à travers le regard qu'il porte sur Tadzio et que favorise l'adolescent, qui «prend la pose». Visconti rapporte le point de vue de la beauté sublimée. Le zoom d’Aschenbach isole Tadzio et le transforme en icône d’Église auréolée de cierges construisant ainsi son image de la pureté et de la beauté angélique.

Ce film de Visconti est sans conteste un chef d’œuvre de plus à ajouter au sans-faute que constitue sa filmographie. L’image portée à sa quintessence favorise le projet. L’arrivée du vaporetto dans la lagune sur la musique de Mahler et les scènes dans la salle de réception de l’hôtel croulant sous les camaïeux d’hortensias au milieu desquels évolue l’aristocratie cosmopolite finissante de la Belle Époque en grandes toilettes sont à mettre au rang des pièces de maître du Septième Art.

samedi 17 novembre 2007

Jeune héros sur son cheval fou NEIL YOUNG & CRAZY HORSE


Les soirs d’orage, quand les bourrasques des grands vents d’Ouest fouettent la lande et que la silhouette inquiétante du cavalier de l’Apocalypse porteur le Septième Sceau se découpe sur un ciel anthracite zébré d’éclairs meurtriers, j’éteins mon téléviseur à grands coups de masse d’arme et laisse les amateurs béats aux soubresauts chorégraphiques simiesques de leurs idoles de pacotille. Qu'elles se lacèrent le fond de teint et s’écaillent les ongles dans les oubliettes de leur château maudits. Mare de ces défilés de majorettes sur arrière-fonds de public où les caméras ciblent quelques nymphettes aux déhanchements putassiers. Je déclenche ensuite une fausse alerte à la bombe dans mon quartier pour qu’une sécurisation des lieux m’offre un périmètre désert de quelques kilomètres. Je sors enfin de ma cache secrète pour m’installer confortablement devant ma chaîne Hifi en position géométrique adéquate pour réaliser avec les baffles droit et gauche le troisième sommet du triangle équilatéral propice à la bonne écoute stéréophonique. Un branchement pirate sur un pylône EDF 40.000 Volts me procure l’intensité juste suffisante pour écouter correctement un des morceaux de choix du mythique album Weld de Neil Young avec le groupe Crazy Horse : «Like a Hurricane».

Ce maudit canadien, originaire de Toronto, a forgé à grands coups de marteau-pilon les fondements du hard-rock-grunge. La première parution du morceau remonte à 1975, mais c’est à l’interprétation publique de 1991 qui vont mes faveurs. Cette production éphémère lamine le bien fondé de la musique clone et ratatine les vautours de la production high-tech mondialiste. Un cristal de roche façonné par les doigts du Hasard au décours du refroidissement d’une échappée de magma. Merci à ces mineurs de fond et à la robustesse de leur matériel qui ont permis la mise sous cloche à l’intention des générations futures de cette pépite encore incandescente. Je m’enflamme, je m’enflamme, mais ce billet et son encart You Tube désirent simplement vous permettre, après avoir rempli toutes les conditions énumérées plus-haut, d’en apprécier une pâle mouture. Faute de grive on mange des merles… On y voit notre jeune héros (Neil dérive du prénom gaélique Néall qui signifie héros et Young , c’est jeune en english si je ne m’abuse) chevauchant le cheval fou au milieu de la tornade et de sons dignes du Blitz londonien. Insensé...

Le lien You Tube étant brisé, on fera appel à Daily Motion !
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Neil Young & Crazy Horse, 1996 - Like A Hurricane
envoyé par fagopy

jeudi 15 novembre 2007

Le football une nouvelle religion?


L'équipe de football d'un lycée catholique en 1891: le sport religion...


... [le peuple romain] qui distribuait autrefois pleins pouvoirs, faisceaux, légions, tout, maintenant se replie sur lui-même et ne s’inquiète plus que pour les deux choses qu’il souhaite : DU PAIN ET DES JEUX.
(Juvénal, Satires, 10, 78-81)
Léger malaise lorsque je dois justifier mon attachement au sport le plus pratiqué et regardé en France : le football. Ce n’est pas une raison pour éluder le sujet. L’origine de la balle au pied remonte à la nuit des temps, mais ce sont les Anglais qui ont mis en place les règles du jeu moderne. A quoi doit-on son succès populaire planétaire incontesté ? Probablement à la simplicité de la plupart de ses règles. Bon, je mets la balle en touche, pour ce qui concerne les lois du hors-jeu. L'équipement minimaliste que requière sa pratique est un argument supplémentaire : un objet variable non identifié dans lequel on puisse shooter sans se blesser et un espace de jeu au revêtement quasi quelconque. Même pas besoin d’avoir des chaussures, un short ou un maillot. Difficile de trouver un autre sport d'équipe pouvant rivaliser dans les domaines évoqués. Cela n’explique cependant pas tout de l’engouement dont ce sport fait l’objet. Omniprésence médiatique, standard de conversation mâle en société, activité dominicale régulière du grand nombre, foules massées dans les stades, hordes de supporteurs, vie sociale parfois tributaire des heures des grandes retransmissions, voire même, « dopage » économique en cas de victoires en finales des équipes nationales dans les grandes compétitions.

"Peut-être l'Occident est-il en avance d'une religion et ne le sait-il pas. ", Marc Augé concluait ainsi son article écrit à l'époque d'une nouvelle phase de développement des grands rituels modernes engendrés par le football.

La question vaut en effet la peine d’être posée. Liturgie, rituels, adoration quasi mystique des champions, scènes d’hystérie collective ou individuelles, habits sacerdotaux, bannières et oriflammes, sublimation des héros, tentative de représentation individuelle au travers d’officiants adulés vont dans ce sens. On retrouve même la sinistre association politico-religieuse avec les misérables tentatives de récupération de grands élus lors d’événements utiles à la pèche aux voix par ceux qui s’affichent au milieu de cohortes d’aficionados, de tifosi, ou de "footomaniaques".  Les psychologues apportent de l’eau à ce moulin. La victoire ou la défaite de l’équipe qu’on soutient moduleraient les humeurs des supporteurs. Le footballeur professionnel serait devenu le substitut du gladiateur romain. Les nouveaux empereurs - ou ces fous qui nous gouvernent, pour reprendre le titre du livre de Pascal de Sutter - n’offrent pas au peuple pizzas et bières, mais cautionnent les jeux de l'arène, sachant qu'ils peuvent éloigner un temps les électeurs des révoltes engendrées par leurs difficultés quotidiennes. Les fanatiques du ballon rond font de ce jeu un psychodrame (mais le jeu est en lui-même un petit psychodrame) réactivant leurs tensions individuelles et leurs rapports éthologiques au sein de la meute.

Misère! Malgré ce billet au ton pamphlétaire, je ne renonce pas à cette addiction souvent citée comme un sommet de beaufitude. Je vitupère encore contre les erreurs d’arbitrage, bondis parfois de mon fauteuil au moment d'un but, consulte les pages sportives des gazettes, et m’extasie à l'occasion devant une phase de jeu lumineuse au cours de laquelle un passage chorégraphique de haut-vol vient d’être interprété par un danseur étoile au QI parfois proche de sa température rectale : « Nobody's perfect, Sir... »

vendredi 26 octobre 2007

Des chiffres et des angles


Un correspondant m’a adressé dernièrement un diaporama PowerPoint fournissant une explication étonnante au graphisme des chiffres actuellement en vigueur dans notre écriture moderne. Ceux-ci sont dénommés «chiffres arabes» et nous auraient été légués par l’intermédiaire de l’Espagne durant la colonisation musulmane de leur territoire de 714 à 1492. Je savais que nous devions aux Maures l’invention du zéro (mot arabe signifiant «le vide»), mais n’avait jamais eu vent qu’ils avaient emprunté aux Phéniciens leur mode de numération. Celui-ci retrouvé sur des abaques proposait neuf chiffres dont la calligraphie procède d’une logique se fondant sur le nombre d’angles contenu dans les figures originales de ces chiffres. L’iconographie de tête de billet en fait la démonstration. Merci aux internautes curieux de m’adresser des commentaires pouvant valider ou invalider cette théorie. Esprits obtus, un angle de vue nouveau plein d’acuité sur les chiffres anguleux...
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Un lien sur l'histoire des chiffres

Note humoristique: de nombreuses personnes, en écrivant le chiffre 7, utilisent une barre supplémentaire horizontale au milieu du chiffre. La plupart des typographies l'ont fait disparaître aujourd'hui. Mais savez-vous pourquoi cette barre a survécu jusqu'à nos jours? Il faut remonter bien loin, aux temps bibliques. Lorsque Moïse eut gravi le mont Sinaï, et que les 10 commandements lui furent dictés, il redescendit vers son peuple et leur lut à haute et forte voix chaque commandement. Arrivé au septième « Tu ne commettras point d'adultère.Tu ne désireras pas la femme de ton prochain », de nombreuses voix s'élevèrent parmi le peuple lui criant : "Barre le sept, barre le sept, barre le sept !"

Et voilà l'origine de la barre du sept !

mercredi 24 octobre 2007

Il était une fois dans l'Ouest








Clic sur les images pour les agrandir

Sacrilège! Un Italien s’attaque au mythe du Western et culbute totems et tabous. Jouer sur les archétypes à l’outrance, salir la pure image des héros du Western en pointant du colt quelques uns de leurs vices cachés et la violence crue de leurs actes, c’en est trop! Voilà sur quoi maints critiques tempêtent depuis la sortie de ce film en 1968. Pourquoi Sergio Leone, qui comme beaucoup avait succombé dans sa jeunesse au rêve américain, finissait-il par le trahir? 

Loin de moi l’idée d’argumenter sur le bien fondé ou sur la partialité des propos tenus par des individus plus qualifiés que moi en la matière. Cependant, je n’ai trouvé aucune analyse partant simplement du titre. Celui-ci contient pourtant l’incipit des contes avec son imparfait qui suggère que l'on va narrer une histoire, et que, pour ce faire, on ne se privera pas de s’éloigner du vraisemblable, que l'on aura parfois recours au travestissement, à la métaphore et à l’imaginaire. Bettelheim nous a parfaitement montré la capacité des contes à mettre en lumière des facettes de l’obscur objet de nos désirs. C'est bien connu, aussi, que l’analysé résiste à les faire remonter à sa conscience, arc-bouté sur ses modes de défense privilégiés. 

Dans ce film, Leone s’attaque bien à cela. Il empile les archétypes et passe en revue les références classiques du Western qui ont été mises en place avant lui par les grands réalisateurs américains spécialistes du genre. Les amateurs trouveront une foultitude de références aux films de ses glorieux ancêtres. Si cela tourne parfois à la parodie, c’est pour mieux démasquer les illusions et les mensonges qu’elles véhiculent.  Provocateur en diable, Leone disait à qui voulait bien l’entendre, en termes crus de macho résistant encore un temps dans son fort Alamo aux squaws de la montée du féminisme, que ce film racontait avant tout: « La fin de la dernière période de l’histoire américaine où les hommes avaient des couilles, et la transition entre le Far West, et l’institution du matriarcat en Amérique. L’Amérique est fondée sur des femmes qui ont des couilles en béton. ».

Comme vous le constatez, notre homme faisait dans la dentelle. Pour continuer dans la provocation, le choix d’Henry Fonda pour le rôle du très très méchant, n’est pas anodin. Le justicier sans tache, icône du cinéma américain des années antérieures, écorne fortement son image dans ce rôle à contre emploi. La plupart des personnages savent dès le début de l’histoire qu’ils vont mourir. Le chemin de fer surgit dès la séquence générique lancinante et ses interminables 12 minutes. Il se veut un funeste augure. Les valeurs fondatrices de la nation vont tomber sous les tirs croisés de nouveaux maîtres aux cartouchières bourrées de billets verts. Les paysages du Grand Ouest vont s’orner d'une estafilade. Le visage de l’Amérique va devenir celui de «Scarface».

On peut préférer, les classiques antérieurs, mais rien ne m’enlèvera de l’esprit que la musique d’Ennio Morricone rend leurs bandes son parfois désuètes, et sait porter au sommet l’ampleur dramatique qui sied au traitement de ces fresques emphatiques de réaménagement du passé américain. L’harmonica, Teuf-teuf, le Cheyenne, les cache-poussière, la putain héroïque, autant de destins tragiques mis en lumière. La mouche libérée du canon du sinistre homme de main de la gare est probablement le seul geste de miséricorde de cette joyeuse troupe "d'amis qui ont un important taux de mortalité"

Historiette:

Un enfant demandait à son grand-père pourquoi il commençait toujours ses histoires par:
 "Il était une fois. 

- C'est pour éviter de me tromper sur les dates, répondit l'aïeul."


mardi 16 octobre 2007

« La dictature c’est ‘Ferme ta gueule’, la démocratie c’est ‘Cause toujours’ »


Jean-Louis David, La mort de Socrate (1787) Metropolitan Museum of Art - New York

Il m’arrive de pester contre la pertinence de lois qu’on ne m’a jamais demandé directement de voter. Quand on me dit qu’il faut comprendre que les élus sont nos porte-paroles, je n’en viens pas pour autant à croire qu’ils ne parlent jamais en leur nom propre ou ne chagrinent pas ceux qui pensent autrement. «Dura lex, sed lex», mais n’oublions jamais que ce ne sont que de simples mortels qui promulguent les lois. Il devient alors illusoire de leur prêter un caractère transcendant ou irrévocable. Certains malheureux tombés du jour au lendemain sous la férule d’un dictateur occasionnel, conçoivent rapidement qu’elles sont bien plus pragmatiques ou volatiles qu'on ne l'imaginait. De plus, quelques unes, à mon humble avis, ont été pondues un soir de vague à l’âme ou de grande débâcle psychique, par quelques illuminés tentant au petit bonheur de justifier leurs postes et leurs salaires. La maxime latine cité plus-haut a quelque chose d’abrutissant. Sa sempiternelle invocation exhale des relents de fatalisme masochiste. Mon but de départ était d’écrire un billet chafouin pourfendant travers et dérives d’un régime que Churchill et Jacques de Bourbon Busset qualifiaient de moins mauvais système politique: la Démocratie.

Entreprise prétentieuse, voire mégalomaniaque. On n’avait pas en plus attendu ma sapience pour en gloser avant moi. Lucides, drôles, pertinentes, incisives, bien des analyses ont ratissé le sujet dans ses moindres recoins. A quoi bon se fendre alors d’un billet poussif et insignifiant. A temps, j’ai changé mon fusil d’épaule pour proposer quelques citations choisies. Le «Candide» du troisième millénaire comprendra mieux peut-être que celui de Voltaire que tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des régimes du monde. Si nous aimons la Démocratie, il ne faut pas pour autant imaginer que le peuple ou les dirigeants qu’une majorité accepte ont perdu la capacité de perpétrer certains abus des régimes qu’elle a un jour remplacés. Bien qu’il faille souhaiter qu'elle vive le plus longtemps possible, veillons à ce que ses travers ne la mine pas au point qu’une majorité des citoyens mécontents, manipulés par une minorité d’oligarques à l’appétit de pouvoir immodéré, finissent par l’adultérer au point qu’elle devienne péril pour les premiers et source de bénéfices iniques pour les seconds. Trêve d’emballements épistolaires ronflants ou de dénonciations «zolesques» pompeuses pour laisser place à quelques mots d’auteurs, traits d'humour et citations proches parfois du dépit amoureux.
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«La démagogie est à la Démocratie ce que la prostitution est à l’amour» - Georges Eglozy

«La dictature c’est ‘Ferme ta gueule’, la Démocratie c’est ‘Cause toujours’» - Jean-Louis Barrault


«A la nomination d’une petite minorité corrompue, la Démocratie substitue l’élection d’une masse incompétente» - Georges Bernard Shaw


«La démocratie qui semble être la règle du monde moderne et qui n’en est que la punition» - Jules Barbey d’Aurevilly

«Tant qu’il y aura des dictatures, je n’aurai pas le cœur à critiquer une démocratie» - Jean Rostand


«Le plus grand nombre est bête, il est vénal, il est haineux. C’est le plus grand nombre qui est tout. Voilà la Démocratie» - Paul Léautaud

«Le moins mauvais système politique est celui qui permet aux citoyens de choisir l’oligarchie qui les gouvernera. On appelle cela généralement démocratie» - Jacques de Bourbon Busset

«L’erreur des démocraties est de trouver que leur vérité soit une pour tout le monde, et force l’adhésion» - Je sais plus…

mercredi 3 octobre 2007

Le meilleur des mondes

« Je sais que je suis paranoïaque, mais ce n'est pas parce que je suis paranoïaque qu'ils ne sont pas tous après moi. » - Pierre Desproges.

L’autre jour, je patientais à un feu, épié par une caméra de surveillance urbaine. Je suivais sur mon autoradio un débat sur la prolifération des méthodes de pistage des citoyens : fichage ADN, passeports anthropométriques et autres techniques de contrôle sophistiquées. Un des experts de service y allait de son argument massue : avec la foule des bandits de grands chemins grouillant sur la planète, ne serions-nous pas les premiers à légitimer le recours à ces techniques en cas d’agression? Un expert adjoint, pendant du premier, affirmait que nous nous inquiétions pour rien. Avec la facilité du moment dont il est de bon ton d’user de nos jours, il égratignait une fois de plus les Américains. Ceux-ci, pourtant à la pointe dans le domaine de la high-tech, avaient mal anticipé, ou trop tardivement, les attentats terroristes dont ils furent victimes. Ils possédaient pourtant les renseignements nécessaires pour les contrecarrer. Un cocorico ponctuait l’assertion : avec nos bonnes vieilles méthodes reposant sur les renseignements généraux et les infiltrations des réseaux par des agents efficaces, nous leur damions le pion. Patelin, il affirmait en plus que le contrôle drastique de l’Internet, la facilité dérisoire dont on peut transformer à distance un téléphone portable en micro espion, le pistage aisé de nos transactions bancaires et débits par carte bleues, les signatures de nos GPS de voitures ou des diverses puces magnétiques dont nous usons, enfin, les données colossales recueillies en continu par les «Grandes oreilles», ne constituaient nullement une panacée susceptible de tuer dans l’œuf les intentions perfides de l’Empire du Mal, donc bien entendu de menacer l’individu lambda.

Un sociologue pertinent indiqua alors que depuis quelques décennies, les interdits moraux hérités des religions ou de la propagande des totalitarismes s’évanouissaient peu à peu. La société moderne favorisait en fait avant tout la jouissance individuelle. Ce laxisme avait une motivation mercantile. Le fichage savant des individus permettait de cibler parfaitement leurs besoins et qui plus est de les anticiper. Je sais ce que vous regardez, je produis et améliore à votre intention ce que vous rêverez bientôt d’acheter. Je saurai vous rendre essentiels mes produits à grand renfort de publicité et de messages subliminaires médiatiques. Le contrôle qui relevait jadis de l’individu lui-même, est maintenant dévolu à des organismes utilisant nos sites de renseignement corporels et notre électronique embarquée. Quelques romans d’anticipation célèbres prenaient corps. On citait l’exemple des merveilleux moteurs de recherche capables de dresser le portrait robot d’un internaute à l’aide des mots clefs stockés au fil de ses recherches. Ainsi, un patient curieux qui recherche des renseignements sur les médicaments que son médecin vient de lui prescrire, signale à son insu la pathologie dont il est porteur. Je ne vous dis pas pour l’inconscient qui comme moi tient un blog !

Et les lois « informatique et liberté » alors ? Draconiennes, paraît-il ? En bon paranoïaque qui se respecte, je suis persuadé qu’il est trop tentant pour un pouvoir de ne pas les contourner et de se servir de cette somme de données colossales recueillies sur les individus pour mieux les contrôler à son bénéfice.

Pour terminer ce billet j’en reviendrai à nos amis américains égratignés plus-haut par l’expert: le retour en vogue chez eux du Western, n’indiquerait-il pas que, déboussolés par la folie procédurière et protectionniste dans laquelle s’est engagé leur pays, ils en viennent à regretter l’âge d’or des libertés individuelles, même s’il convient de mettre le brigand en prison à la fin du film ? Et de conclure sur cette ambiguïté de pensée en citant Thomas Jung dans le texte: "Je suis schizophrène et moi aussi."

lundi 24 septembre 2007

Broken Flowers





Jim Jarmusch nous avait déjà gratifié de bons films comme “Down By Law”, “Dead Man” et “Night on Earth”. En 2005, il fait mouche à nouveau avec son excellent « Broken Flowers ». Les grands réalisateurs, comme les grands écrivains, se reconnaissent au style. Dans son dernier film, Jarmush travaille à nouveau un cinéma sans artifices dans lequel il privilégie les plans muets et les jeux d’attitudes aux dialogues superfétatoires. Une note d’Antonioni chez cet homme. Une fois encore, la bande son est à la hauteur. A se demander même si son film ne dissimule pas le prétexte de nous proposer des morceaux qu’il affectionne ?

Don Johnston, avec un «t», interprété par un Bill Murray au sommet de son art, campe un Don Juan moderne sur le retour rattrapé par son passé. Une lettre anonyme, typographie rouge sur papier rose, lui apprend qu’il a un fils de 19 ans parti à sa recherche. A grand renfort de manigances, son voisin de quartier, détective privé dans l’âme ou Commandeur masqué, haut en couleurs bien que noir de peau, le pousse malgré ses réticences à retrouver les roses fanées, vestiges d’anciennes amours brisées. Muni par ses soins zélés d’un plan de voyage détaillé, il parviendra sans coup férir à les débusquer. Spectateur, un tantinet voyeur, nous pénètrerons alors dans le mausolée souvent pathétique de ses anciennes conquêtes dont la trajectoire de vie à de quoi déconcerter un Don pourtant champion du flegmatisme désabusé. Dénichera-t-il au cours de ses pérégrinations les indices démasquant le corbeau rose et mère de son enfant caché ? L’humour du film se joue dans la finesse et les seconds rôles sont à la hauteur du personnage principal. A noter la présence à contre emploi d’une Sharon Stone parfaite. Sa fille, une Lolita fracassante, est probablement le pendant dans le miroir de l’adolescente qu’elle a été. Un grand cru à déguster à fines gorgées, justement récompensé par un « Grand Prix » au festival de Cannes.

Le site officiel, très ludique, vous donne un aperçu original de l’atmosphère du film

lundi 10 septembre 2007

Echos d'Eco...



Umberto Eco est un universitaire bolognais natif d’Alessandria. Ce spécialiste de la séméiotique, fin lettré à l'érudition aussi large que sa carrure, rêve-t-il pour cela de constituer un jour sa propre bibliothèque d’Alexandrie ? Dans ses romans truffés de références classiques, il nous guide au travers du labyrinthe des textes, nous aide à slalomer dans l'étymologie des mots et cherche à ranimer pour nous des parfums d’époques révolues dont nous sous-estimons en bons barbares les raffinements. «Il nome della rosa», le monumental polar médiéval qui l’a révélé aux yeux du grand public est une somme peu commune d’érudition qui nous démontre à l’envie que tous nos ancêtres n’étaient pas des butors pataugeant sans question dans l’obscurantisme et l’intégrisme abrutissant que les autorités, à certaines époques, tentaient d’imposer. Les principales voies de la pensée avaient été défrichées de longue date. Cachés au creux de bibliothèques obscures tenues parfois par des adulateurs de la pensée unique, des hommes curieux et courageux pouvaient dénicher nombre d’ouvrages en contenant les preuves. Pour Eco, le plus grand bonheur consiste sans doute à redécouvrir ces livres précieux qui témoignent de la profondeur ou de la vivacité d’esprit qui animait nos anciens. Ainsi, parmi ces scriptes artistes du Moyen-âge et enlumineurs de génie œuvrant laborieusement à leur conservation et à leur transmission, se trouvaient des dissidents prompts à la satire comme en témoignent leurs enluminures ironiques. Il est bon et impérieux de savoir rire de tout. C’est un des messages de son ouvrage, merveilleuse leçon d’histoire et résumé des théories qui s’affrontaient sous le contrôle d’une Eglise omnipotente qui délivrait les brevets de vertus et triait à la hussarde textes canoniques et apocryphes. Une leçon d’humour et de tolérance toujours bonne à méditer.

Le récit de l'aventure qu'écrit pour nous au crépuscule de sa vie, Adso ancien novice attaché à son maître et héros, prend sur la fin un ton désenchanté. Regrets de n'avoir pas eu la force d'infléchir un chemin de vie trop "orthodoxe"? Il se termine par une citation latine. Une recherche sur la toile m’a fait découvrir une facétie finale du merveilleux narrateur qu’est Umberto Eco : “Stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus” (De la rose initiale ne subsiste que le nom, nous ne tenons plus qu'un nom dépouillé). Adso n’a jamais connu le prénom de la jeune fille qui l’a détourné incidemment de ses vœux de chasteté. De sa présence charnelle perdue, il ne garde qu’un nom vide de substance. Eco a changé une lettre de l’hexamètre original du « De contemptu mundi » de Bernard Morlaix écrit au XIIème siècle. Roma s’est muté en rosa. Pour le bien du récit dira-t-on...

Quelques citations savoureuses de l’auteur :

«L'important ce n'est pas tellement d'avoir des souvenirs, c'est toujours de régler ses comptes avec eux.»- Le Point - 15 Février 2002
«Une poule est l'artifice qu'utilise un oeuf pour produire un autre oeuf.»

«Il y a quatre types idéaux : le crétin, l'imbécile, le stupide et le fou. Le normal, c'est le mélange équilibré des quatre.»- Le pendule de Foucault
«La science ne consiste pas seulement à savoir ce qu'on doit ou peut faire, mais aussi à savoir ce qu'on pourrait faire quand bien même on ne doit pas le faire.»- Le nom de la rose
«Rien ne communique plus de courage au peureux que la peur d'autrui.» - Le nom de la rose
«La télévision rend intelligent les gens qui n’ont pas accès à la culture et abrutit ceux qui se croient cultivés.»
«Si Dieu existait, il serait une bibliothèque.»- L’événement du Jeudi - 9 Avril 1998
«Dans le monde entier, il existe un moyen infaillible de reconnaître un chauffeur de taxi : c'est quelqu'un qui n'a jamais de monnaie.» - Comment voyager avec un saumon
«Les thèmes de la tragédie sont universels, alors que ceux de la comédie sont plus ancrés dans les cultures.»
«L'écrivain essaie d'échapper aux interprétations, non pas nécessairement parce qu'il n'y en a pas, mais parce qu'il y en a peut-être plusieurs et qu'il ne veut pas arrêter les lecteurs sur une seule.» - Le Point - 15 Février 2002
«Chaque écrivain raconte toujours une même obsession.» - Télérama - 10 Septembre 2003
«Le prix à payer pour avoir Einstein d’un côté, c’est d’avoir un imbécile de l’autre côté !» Télérama - 10 Septembre 2003
«Nous savons que nous allons vers la mort et, face à cette occurrence inéluctable, nous n’avons qu’un instrument : le rire.» - Télérama - 10 Septembre 2003
«C'est votre père qui est votre obligé, et non point le contraire : vous payez de bien des années de larmes un sien moment de plaisant chatouillement.» - L’île du jour d’avant
«La fonction essentielle d'une bibliothèque est de favoriser la découverte de livres dont le lecteur ne soupçonnait pas l'existence et qui s'avèrent d'une importance capitale pour lui.

jeudi 6 septembre 2007

La lenteur et les danseurs de Kundera

L’écrivain, au sens noble du terme, se doit de posséder des capacités d’observateur malicieux des travers de son époque. Les plus grands savent de surcroît illustrer brillamment les plus intemporels. Chaque pouvoir tente à sa façon d’étouffer les pamphlets. Les grands bonimenteurs poursuivent le rêve secret d’occuper à l’envie le devant de la scène en cantonnant dans des réserves les contradicteurs qui ont l’outrecuidance de mettre le doigt là où cela leur fait mal. Contrôler les médias est une arme universelle. Une variante du moment consiste à noyer les étals des rayons littérature de la grande consommation de romans de gare indigents réussissant à dissimuler sous un fatras quelques perles noires dangereuses. Je range Milan Kundera parmi les écrivains « modernes » susceptibles d’irriter un temps nos histrions nationaux. Les monceaux de pâte à papier des derniers monuments de platitudes pseudo autobiographiques de starlettes éphémères du show-business ou les pavés indigestes commémorant le dixième anniversaire de la mort de Lady Di ont cette capacité d’ensevelissement. Le terrain de prédilection de ces « danseurs » étant avant tout le champ des caméras, ils se moquent sans doute comme d’une guigne de ces brûlots et peuvent s’adonner sans retenue à toutes les pitreries auxquelles les convient leurs conseillers en communication. Je relisais récemment un petit ouvrage de cet écrivain dont je guette chaque publication : « La lenteur ». N’ayant aucune prétention à la critique littéraire, je me contenterai pour vous inciter à le lire, de reproduire dans ce billet les principaux extraits d’un bon article publié sur Internet à son sujet.

« On sait bien que Milan Kundera n'appartient pas à la nombreuse famille des écrivains «fous du volant», mais les sentiments que lui inspire le «siècle de la vitesse» le rangent même parmi les nostalgiques du petit trot. Il observe avec sévérité l'impatience des automobilistes et, bien au-delà de la sauvagerie routière, la rotation éclair des rois de l'esbroufe et des vedettes de l'Actualité Historique Planétaire Sublime. Bref, une nouvelle fois il enfonce le clou.

Et à ce clou il accroche une oeuvre de petit format, intitulée La lenteur. Au premier plan: la «casserole de la célébrité», ustensile exécré du maître. Au second plan: un château dans un coin de verdure. En s'approchant, on peut voir une piscine au bord de laquelle un jeune couple est en train de faire l'amour, sous les yeux de quelques curieux... A la fenêtre d'une chambre, Kundera lui-même. Derrière lui, sa femme, Véra. Et, dans un lointain à la Watteau, un spectre en costume XVIIIe croise un jeune motard. Explication: l'auteur et son épouse passent la nuit dans un château-hôtel également occupé par des congressistes, dont fait partie le jeune couple, et hanté par les personnages d'un récit de Vivant Denon, Point de lendemain, dont fait partie le spectre. Une forte ironie pèse sur ce tableautin, exécuté d'un trait appuyé.

Sous ses airs de pochade, cette ouvre est un pamphlet. Selon l'artiste, il suffit de comparer notre société à celle du XVIIIe pour constater l'étendue des dégâts. Le monde sur lequel brillaient les Lumières n'était qu'étincelle, vivacité, prompte repartie. Aujourd'hui, les projecteurs semblent braqués sur des lourdauds pressés. Leurs pensées se traînent, mais ils pilotent de grosses cylindrées qui leur font battre des records de rapidité. Le port du casque vient un peu tard: l'intelligence est déjà en capilotade.

Ce roman de Kundera invite à regretter l'époque de Laclos, où l'on prenait le temps de réfléchir, de flâner, de retarder délicieusement le moment de la jouissance et de renouveler la volupté par la rêverie.

Dans Le mariage, Figaro se plaignait qu'on ait nommé un danseur où il fallait un calculateur. Que dirait-il aujourd'hui? Selon un personnage de La lenteur, le danseur est partout. Il occupe toutes les places. Pour obtenir ovation et adhésion, rien de plus simple: faire un bon geste. Tenir un enfant par la main, l'abbé Pierre par l'épaule... On peut aller jusqu'à soulever un sac de riz en Somalie. On aura l'air chargé de toute l'espérance du monde. Mais avant de jouer les atlantes de la charité il faut bien repérer la caméra.

Milan Kundera fustige le règne des imposteurs qui tiennent boutique d'altruisme et branchent leur propre enseigne sur celle de la Douleur.

De son premier recueil de nouvelles, Risibles amours, aux grands romans, La plaisanterie, La vie est ailleurs, L'insoutenable légèreté de l'être, ou à ses essais écrits en français - comme d'ailleurs La lenteur - Kundera n'a cessé de voir son public s'élargir. Il ressemble pourtant à Vivant Denon dont il dit dans La lenteur que le public qu'il désirait séduire «n'était pas la masse d'inconnus que convoite l'écrivain d'aujourd'hui, mais la petite compagnie de ceux qu'il pouvait personnellement connaître et estimer».

Et qu'on ne compte pas sur lui pour faire de la dissidence sa «spécialité». Le pouvoir communiste l'a pourtant très cruellement «puni». En détruisant par exemple toutes les matrices des enregistrements de son père. Ou en assiégeant, emprisonnant sa vieille mère mourante dans son agonie pour, selon Claude Roy, «la dérober un peu plus au fils lointain».

Dans La lenteur, il est question d'une fausse dissidence. Celle d'un entomologiste tchèque. Après l'effondrement du communisme qui l'avait arraché à ses recherches et contraint de devenir maçon, cet homme arrive à un congrès en France, avec l'auréole du martyr. Ses confrères l'applaudissent debout, et si longuement qu'il en oublie de prononcer son intervention. Or, lui seul sait qu'il n'a été «dissident» que par lâcheté: il n'avait pas osé tenir tête à «une dizaine d'opposants notoires qui s'étaient engouffrés dans son bureau et lui avaient demandé de mettre une salle à leur disposition».

Le congrès en question se déroule donc dans le château où Vivant Denon situa son récit. Point de lendemain raconte l'histoire d'un jeune gentilhomme qui passe une exquise nuit d'amour avec une dame désireuse de détourner sur lui, sans le lui dire, les soupçons qui pèsent sur son véritable amant, un marquis. Quant au jeune motard qui, dans le parc du château, croise le fantôme du gentilhomme, il vient de copuler en public afin de parodier les exhibitions télévisées de ceux qu'excite cet «infini sans visages» qu'on appelle commodément «le monde entier». Mais au cours de l'action son sexe n'a pas suivi. Il a dû se borner à simuler le coït. Imitant par là le bluff du petit écran.

Kundera oppose la puissance du vrai libertinage à l'impuissance tyrannique de l'image, les plaisirs d’Épicure à ceux de la voiture... Le lecteur attentif trouvera bien d'autres leçons dans les multiples plans et profondeurs de cette fable. Refusant les interviews l'auteur laisse à chacun le soin de tirer sa morale et conseille simplement de prendre son temps. »

dimanche 1 juillet 2007

Cinéma Caméo

Caméo : " Cinéma d’art et d’essai "

Nom et sous-titre de la vénérable institution nancéienne pourraient inquiéter.

Jadis, étudiant, j'en ressortais parfois perclus de torves lombalgies. Les fauteuils diaboliques du lieu en étaient cause. Louis XI aurait pu y trouver une solution alternative à ses cruelles fillettes.

L'institution résiste encore tant bien que mal aux usines à maïs soufflé érigés pour la consommation goulue des blockbusters. Pour ce qui concerne la maison mère, on attend toujours sur le trottoir avant le début de la séance après avoir retiré son billet. Un bobo en tenue anthracite assis dans son aquarium dépourvu d’hygiaphone vous l'a délivré. Cet homme orchestre, véritable Shiva du Septième Art, gère de manière un tantinet anarchique ou déconcertante, billetterie, lancement des séances, manipulation hasardeuse d’un outil informatique post-Minitel. Il reste impassible durant les tractations interminables concernant les cartes de réduction les plus insolites brandies par des cinéphiles pleure-misère. Une des nombreuses portes extérieures de cette véritable horloge de Strasbourg aux rouages secrets s’ouvre à intervalles plus ou moins réguliers au gré d’un joueur de flûte de Hamelin.  Le signal donné, il traîne à ses basques la chenille processionnaire de spectateurs appâtés par l’annonce du début de leur séance. Progression précautionneuse dans des couloirs crépusculaires et sinueux que n’aurait pas renié le roi Minos. 

De nos jours, les salles ont désormais gagné en confort, mais perdu leur charme architectural de Cinéma Paradiso. Les fesses y ont gagné ce que nos autres sens ont perdu : odeurs mycéliennes, toucher râpeux des velours craqués, couinements animaliers des strapontins désarticulés. Seul perdure le ballet chiant de début de séances des pervers qui ne peuvent pisser agréablement que dans les urinoirs publics. 

La dernière projection à laquelle je me suis rendu faisait partie d’une séance de rattrapage qu'autorise ce cinéma bienveillant. En général je fais ce genre d'expédition en solo. Je crains toujours de mener à la galère quelques proches. Ce soir je prenais bien un risque : aller voir un film ricain. J’évoque bien entendu le cinéma ricain du moment, celui qui calcule la rentabilité potentielle d’un film avant même sa sortie. Celui qui utilise le résultat d'un vote de spectateurs échantillonnés conviés aux rushes d’un pré-film.

Little Miss Sunshine : 

Le film avait bien reçu quelques récompenses dans l'année. Cependant, c’est un critère ténu en ces temps où l’on doit souvent choisir entre peste et choléra. J’étais prêt à passer sur un effet de Star-Spangled-Banner, sur un cliché mièvre à propos de la famille américaine, sur la destruction d’un parc automobile mitraillé par un bataillon de citoyens US équipés pour une promenade de courtoisie. Ce préambule tient à vous signaler mon ouverture d’esprit en cette douce soirée de juin. Pour en finir, je m'étais donc préparé au pire. 

Les cocos faut pas désespérer. Les Winners à la Schwartzy chez lesquels la sensibilité s’est concentrée au niveau des pectoraux auront de quoi grincer du dentier s'ils vont voir ce film. Ce road-movie à bord d’un combi Volkswagen à bout de course rescapé de Woodstock transporte des passagers américains aux antipodes des clichés convenus. Ce voyage initiatique de losers de haute voltige maintenus à flot par une mère conciliante se joue dans la finesse. Il évite les invraisemblances et rebondissements trop grotesques.

Le réalisateur nous fait grâce de messages moralisateurs lourdingues. Par delà Bien et Mal, à la recherche du temps perdu, on fonce vers un happy-end ambigu qui ne prône en fait que les vertus de la différence et du naturel. Un rayon de soleil qui illumine le déclin de l’empire américain.
*
Au passage: un caméo est la francisation du terme anglo-saxon « cameo appearance » (apparu en 1851 dans le monde du théâtre), désignant de nos jours l'apparition fugace dans un film d'un acteur, d'une actrice, du réalisateur ou d'une personnalité. On pense aussitôt au vieux Hitch.

lundi 11 juin 2007

Le droit à l'information ?

Dans notre société occidentale, contre les abus des pouvoirs, la presse et les médias ont été, pendant de longues décennies, dans le cadre démocratique, un recours des citoyens et une source d’informations précieuses. Le cinquième pouvoir à l'écoute permanente d’un monde qui ne dort jamais, nous offre même dans la rubrique des faits divers des nouvelles essentielles susceptibles de nous avertir d'accidents domestiques touchant nos frères de race. Ne baissons jamais notre seuil de vigilance et sachons tirer profit de tristes mésaventures livrés au plus proche de leur vérité événementielle.

Dans ce domaine particulier, nos brillants journalistes à l’affut ont souvent la volonté de combattre la rétention d’information, jugeant qu’il est inacceptable de laisser dormir sous le boisseau des faits de quelque nature qu’ils soient. Je vous livre tel quel un fait divers étrange qui a pu échapper à votre vigilance : entendu sur les ondes d’une de nos stations radios nationales. On comprend l'ambition de vérité qui taraude nos vigies médiatiques.


jeudi 17 mai 2007

Ambidextrie

Pour les psychiatres, au terme d’ambidextrie il faudrait préfèrer celui de latéralisation ambiguë. Bon, passons sur l'argutie sémantique qui ne peut nous surprendre chez ces tatillons. Mais d'aucuns vont tout de même jusqu’à prétendre que les individus porteur de cette atypie développeraient plus souvent que d'autres des schizophrénies. Une bonne latéralisation favorise la plupart de nos actes locomoteurs. De là à accentuer le rôle de cette maturation psychomotrice souhaitable et la voir en oeuvre dans nos options politiques, qui bien entendu ne peuvent qu'être bipolaires, cela devient bigrement téméraire. Il faudrait alors, pour respecter les statistiques, des scores de 90% pour la droite à chaque élection et la France avec son louvoiement permanent droite gauche devrait être rangée d'autorité dans les nations porteuses de signes évidents de schizophrénie. Le sujet de ce court billet tournera autour de cette théorie foireuse qui a perturbé ma digestion de fin d'après-midi d'Ascension. Pour autant, cette journée n'a pas eu l'heur de me propulser vers les hautes sphères. Bon j'en finis par perdre le fil de ma réflexion avec ces digressions permanentes de sous-préfet aux champs. Il me faut clamer ici haut et fort ma totale sidération devant le fait qu’il est presqu’inconcevable chez nous qu'on puisse trouver du bon dans les idées des deux camps et refuser de se ranger en ordre de bataille sous la bannière dextre ou sinistre. Cet étonnement bon enfant est amplifié de surcroît par un type d’allergie non répertorié par les immunologistes qui m'amène à me couvrir de boutons au contact du moindre corporatisme beuglant, suant à grosses gouttes, il faut le dire, du front des processionnaires et membres de meetings carnavalesques ou moutonniers. Position intenable d’irresponsable indécis, direz-vous? Peut-être, mais mon urticaire cesse bizarrement dès que je me trouve en présence de personnes attirées par les échanges d’idées contradictoires ou capables de manier avec la même aisance thèse et antithèse. Voilà qui n'est guère mieux! Un truc à reculer sans fin la prise de décisions tel l'âne de Buridan qui ne savait par où donner du museau. Mais quand on ne sait pas ce qu’il est bon de faire, il est souvent urgent de ne rien faire. C’est vrai, le flou et l’indécision n'ont pas bonne presse et la nature a horreur du vide, même si cela ne va pas bien au delà de 76 cm pour le mercure. Il est clair cependant que cette propension de l’individu à avoir une vision du monde en noir et blanc, comme dans les westerns, a souvent mené les peuples dans les bourbiers les plus sinistres et les boucheries d’envergure.

« Alors, t’as voté Bayrou ! Non, j’ai voté Ségolas Sarkolène. »


A lire aussi dans ce blog ce billet en rapport: "Le grand balancier de l'histoire"

mercredi 16 mai 2007

Le grand balancier de l'histoire


Hergé - L'étoile mystérieuse


L’histoire avance souvent à reculons. Son balancier oscille sans jamais trouver l’équilibre entre phases de libération des idées et des mœurs et phases de retour à l’autorité morale, religieuse ou policière. Certains analystes simplistes ou manichéens nomment parfois ces deux phases: ascension et déclin des civilisations ou des nations. Leur prosélytisme latent omet cependant d’observer, avec le recul historique qui sied normalement, que la seconde fut souvent plus prolifique dans le domaine de la création artistique et de la naissance de nouvelles idées que la première durant laquelle sévissaient rigueur morale et expansions militaires sanglantes.

Chaque civilisation semblerait, à l’image de l'individu lui-même, conserver une peur archaïque des périodes où la morale perd du terrain. La quête jamais aboutie de l’image idéalisée du père réel (absent ou insatisfaisante) amène parfois à se jeter dans les bras de chefs opportunistes, idéaux du Moi, susceptibles de les rassurer face à la peur de l’autre qui est plus souvent celle du fameux étranger qui est en nous. Les périodes d’instabilité économique ou politique sont propices à ces mécanismes propres à certains adolescents.

L’apogée des phases de réaction signe le retour en grâce du notable et du représentant du droit. Ce genre de personnages, pour le coup, est plus propice à aviver mes peurs. La réplique facile à ces propos un tantinet anarchisants serait que sans ordre, toute société s’écroulerait comme un château de carte. Cependant, quand on demande aux fringants défenseurs de l’ordre moral de démontrer avec rigueur la légitimité des grands principes, la dialectique vire au flou ou à l'évasif. La métaphysique pointe alors son nez, et l’on avance le postulat affirmant qu'elle préexistait à la venue de l’Homme. D’essence divine, elle s’imposerait et il n’y aurait rien à redire. Le misérable vermisseau humain serait bien incapable de concevoir les desseins et la perfection des plans du Grand Architecte. Ne met on pas ainsi la charrue avant les bœufs? Face à un sens de la vie furieusement caché aux yeux de la plupart, tantôt abscons tantôt enfantin, ne serait-ce pas l’Homme qui a créé de toute pièce les instances divines et les lois qui vont avec pour se simplifier la vie (ça on peut cependant en douter) et ne plus avoir à élucubrer sans fin?

Comment ne pas sentir en ces temps électoraux un vague retour à l’obscurantisme réactionnaire et percevoir que l’énergie cinétique va amener le balancier de l’histoire à remonter à la position symétrique de celle des décennies antérieures? "En finir une bonne fois pour toute avec 68" sonne ainsi à mes oreilles.

Le transfert de l’expérience est pure utopie. Chaque génération doit reforger la sienne, commettant sans fin les erreurs des précédentes. Oublier l’histoire, c’est cependant se condamner à la revivre. Moi, je suis bien content d’avoir pris ce qui n’est plus à prendre, avant qu’un temps bien trop long à l’échelle de ma vie ne se soit écoulé et que l’intensité de la pesanteur ne fasse redescendre le pendule pour le ramener vers les temps bénis du futur antérieur.

Veuillez excuser la tonalité de ce billet à la Cassandre, un peu pompeux. Il faudrait confesser en fait, reprenant cette boutade initialement appliquée à la scolarité: « Les politiques à partir de l’âge de quinze ans, c’est comme les poils, j’en ai eu rapidement plein le cul… »

Point de vue annexe : lien vers une de mes nouvelles

mercredi 25 avril 2007

Coup de folie

Le blog, c’est bien beau mais le site partait peu à peu en vrac. Un ami m’a glissé la bonne métaphore: son édification anarchico-baroque obstinée fut assez proche de celle du palais du facteur Cheval. Empilement erratique de galets et de verroteries, la cathédrale gothique flamboyant, allait finir par choir sur son grand prêtre et devenir d’un usage parfaitement abscons. L’obsessionnel qui sommeille en moi, se trouvait peu à peu dépassé par la foule des rites compulsifs de défense à la Sisyphe à entreprendre pour maintenir en état l’architecture des lieux. A la veille des élections présidentielles, le bon choix de bulletin à glisser dans l’urne ne faisait qu’accroître l’anxiété propre à la névrose. Il fallait s’attendre à une sauvage contre-attaque du refoulé. J’ai explosé ma page d’accueil au décours d’un passage à l’acte sanglant pathognomonique. En sus, avec mes pauvres mains, j’ai tenté de remettre un peu d’ordre dans le foutoir des dossiers et sous-dossiers de mon serveur dépassé par l'arborescence. Dès qu’on tourne le dos, c’est bien connu, la poussière envahit aussitôt les lieux. Comme la tornade blanche obstinée du film de Jacques Tati « Mon Oncle », j’ai passé le plumeau revêtu de mon gracieux tablier nylon et récuré aux antiseptiques les hyperliens véritables nids à microbes dont use tout un chacun effrontément sans se laver les mains. L’ergonomie de pointe retrouvée par ce site fondamental dans l’univers Internet attend désormais les internautes de l’Univers et au-delà. Cela ne peut que doper les retombées financières attendues par mes sponsors. J’ai refusé une offre mirobolante de Bill Gates pour ne me consacrer qu’à cette entreprise héroïque. Celui-ci sentant fondre ses parts de marché comme neige au soleil face à mon offensive napoléonienne tentait probablement une OPA sournoise. Le revers de la médaille, beaucoup de mes repères ont sauté dans l’affaire et je suis désormais victime de tics faciaux et de quelques troubles signant la survenue d’une maladie de Gilles de la Tourette : « Enc.. de @@@ de b… de m*** ! » La nouvelle Mansarde

vendredi 9 mars 2007

La décennie prodigieuse suite et fin

8- Who’s Next – The Who – 1971

J’avais demandé cet album pour mon anni attisé par une critique dithyrambique dans Rock & Folk. Je n’ai pas regretté la commande. Le 33 tours a fini par souffrir du passage en boucle sur ma platine tourne-disque. Les petits gars de Londres avaient fait un excellent boulot. Un truc à redonner à Tommy ses cinq sens et à lui faire péter un tas de parties gratuites sur le flipper du quartier. J’ai mis l’extrait où Daltrey se refait la mise en pli avec le faux contact de son micro branché directement sur le secteur. C’était l’époque où Townsend après quelques moulinets, galipettes et doubles saltos à partir de son ampli finissait par achever sa guitare au sol en fin de concert avant que ses producteurs ne le calme en lui montrant l'addition. La période de l’escalade des outrances en spectacle était en marche. Keith Moon n’allait pas tarder à rejoindre Syd sur la face cachée of the moon.

9- Rock and Roll music to the World – Ten Years After – 1972

Ah le solo dantesque d’Alvin Lee à Woodstock sur « I’am Going Home »! La période de la guerre froide était celle de la course aux armements. Le groupe tourne encore de nos jours. Il est passé l’année dernière à Nancy et n’a rien perdu de sa virtuosité. Les amateurs de Rock et de Blues auront la larme à l’œil en revoyant la pochette de cet album abouti sans effets ou morceaux de bravoures superflus et clinquants. A écouter les jours où l’on n’a pas la pèche ou plus de café à la maison.

10- Transformer - Lou Reed - 1972

La petite frappe intello de la côte Est des Etats-Unis et sa voix nasillarde hante l'underground en compagnie de son velvet éponyme. Ses textes grinçants en plein Flowerpower font sécession. Les années commençaient à donner dans les tenues de scène androgynes ou échappées de la cage aux folles. Pour le coup, le minet sortait ses griffes mettant en scène quelques personnages marginaux de la grande cité newyorkaise. Il militait à l’époque pour la défonce du consommateur avant de se faire l’apôtre du blanchiment de pedigree. Certains disent punk avant l’heure : plus complexe que cela le personnage. Les textes de ses scénettes urbaines provocantes ou iconoclastes ont une bonne qualité d’écriture et ne manquent pas de pittoresque. Jack Lang qui l'a décoré de la Légion d'honneur trouvait que c'était un fort bel homme.

11- Yes – Close to the Edge – 1972

On aborde la tendance planante et l’exploration des capacités des synthétiseurs et autres Mélotron apportés par les électroacousticiens en pleine expérimentation technique. Yes sort un album novateur particulièrement inspiré qui nous plonge dans des ambiances aquatiques ou amazoniennes envoutantes. Je ne sais pas trop où les conduisait leur cabotage en lisière d’océan? Continuaient-ils à penser que la terre était plate et que les mers se jetaient dans l’abîme ? C’est bien connu, l’espèce humaine a des habitudes proches de celles des bovidés qui ont une fâcheuse tendance à vouloir tendre le cou au travers des barbelés pour brouter l’herbe qui se trouve de l’autre coté plutôt que celle du milieu du champ. Un album qui suivit porta d’ailleurs le titre : « Tales from topographic Oceans »

12- Harvest – Neil Young – 1972

Avec cet album du célèbre canadien au cœur d’or on aborde les genres folk-rock et country. Membre du non moins célèbre groupe Crosby Still Young and Nash à ses débuts, ce parolier guitariste prolixe ne reste pas cantonné aux styles évoqués. Avec son nouveau groupe « The Crazy Horse » il explore étrangement une forme de hard rock lancinant et copieux en décibels dans l’excellentissime « Weld » de 1991. Que ceux qui ne connaissent pas Harvest ou au moins un de ses titres laissent un commentaire sur le blog pour que je leur en colle une !

13- Ziggy Stardust - David Bowie - 1972

Miourf! J'allais oublier le bô Bowie, ses yeux vairons et son légendaire Ziggy Stardust tapinant au coin d'une rue obscure. Cet album, pour le coup, frôle le sans faute. Anecdote presse people: à l'époque il sortait avec une certaine Angie D. dont Jagger s'était entiché et pour laquelle il créa son fameux tube. On parle même d'un truc à trois où qui faisait quoi... cela ne nous regarde pas.
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1 4- The Dark Side of the Moon – Pink Flyod – 1973

Je ne sais pas pourquoi bon nombre de francophones soutiennent que le nom du groupe peut se traduire par flamand rose. C'est en fait un amalgame de deux prénoms : ceux de Pink Anderson et de Floyd "Dipper Boy" Council que Syd Barret (le "lunatic" exilé du coté obscure de de la force de notre satellite) appréciait bigrement. J’ai choisi cet album qui inaugure une nouvelle mouture de concept albums. Les intégristes du groupe vont hurler devant ce choix d’album sans Barret pour cause de dérangement plus que temporaire. On va les laisser fulminer dans leur coin. Je garde un souvenir ému de leur concert nancéen de présentation de ce qui était leur nouvel album. Quinze minutes de sonagramme cardiaque avant le lever de rideau dans une ambiance enfumée aux senteurs d’herbiers exotiques suivies de coups de basse à faire sauter les rivets du hangar qui hébergeait le spectacle.

15- Natty Dread – Bob Marley – 1974

"Non, femme, pas de pleurs", opposé à, "Pas de femmes, pas de pleurs". La première traduction semble la bonne au grand damne des féministes chicaneuses. Le Bob n’est pas le seul à avoir fait du Reggae, mais c’est le plus connu et celui qui a commencé à imposer le genre. Cool (comme un concombre), Brother, et peace and love à jamais sur la Jamaïque oppressée par les tyrans. Pour Michel Blanc, le reggae c’est génial les trente premières minutes et chiant les trois heures qui suivent. L’album en question ne dépasse pas la durée limite.

jeudi 8 mars 2007

65 - 74 : la décennie prodigieuse


A partir d'un code source proposé par J.L. Gaujal sur Flash France.
C’est bien connu, les observateurs politiques et de la société les plus pointus sont accoudés aux zincs des bistros. J’ai retrouvé dernièrement un vieux copain de lycée qui m’a glissé à l’oreille dans la situation évoquée : « La principale différence entre les années 68 et celles d’aujourd’hui, c’est que les cons d’hier étaient plus gais et insouciants. On pouvait leur demander l’heure sans se prendre un coup de bombe lacrymogène dans le pif. ». La FM du bord passait un standard des années en question. Il fit tomber sa deuxième sentence : « On a rien fait de mieux après dans le domaine. Que du copier - coller. »

La nostalgie de ces années d’intense créativité musicale m’amène parfois à rejoindre ce bataillon qui semble faire une fixette sur les années de ses transes adolescentes. Je suis remonté au grenier suite à cet entretien philosophique de haut vol pour dénicher ma pile de vieux 33 « tures » en sommeil dans un coin de placard. Ce billet a décidé d’exhumer quelques albums princeps de cette décennie musicale bénie dont les spécialistes s'accordent à dire qu’elle fut riche en pionniers et qu'elle a ouvert la plupart des genres musicaux populaires modernes. Ce billet tient à présenter de façon succincte, chronologique, partiale et ludique une quinzaine d’albums parangons du mouvement.

Bien évidemment, un paquet d’albums excellentissimes va passer à la trappe. J’ai voulu ne retenir que ceux qui à mes yeux (à mes oreilles de plutôt) frôlent le sans faute ou ont ouvert des voies nouvelles. J’ai probablement raté des albums géniaux mais je me rassure en pensant que vous mettrez cela sur le compte de ma sélection drastique ou de ma culture musicale approximative. Il faut se rappeler en plus que l’achat de ces vinyles procédait alors d’une démarche réfléchie modulée par la gestion prudente de l’argent de poche confié par les parents. Le téléchargement sauvage n’est apparu que tout récemment.

Soyons clair, une bonne partie du terrain avait été défrichée par les bluesmen et les rois du Rock américains des décennies antérieures. Merci également aux grandes compagnies électriques sans lesquelles un des dénominateurs communs à tous ces albums serait absent : l’usage intensif des techniques électroacoustiques! Dans la pile du grenier, j’ai retenu ces quatorze albums :

1 – Highway 61 Revisited - Bob Dylan - 1965

Robert Zimmermann converti peu à peu à la guitare électrique par les membres du groupe The Band (voir l’excellent film de Scorsese « The Last Waltz » consacré au spectacle d’adieu de ce groupe authentifiant ma remarque), est régulièrement cité par ses confrères comme l’inspirateur prépondérant de leur musique. Connu pour ses « protest songs » contemporains de la guerre du Vietnam, le bonhomme ombrageux a produit une foultitude de classiques repris dans le monde entier. La durée inhabituelle de certains de ses morceaux a fini par ébranler le formatage imposé par les stations radios et les maisons de disque : trois minutes et basta. Les paroles engagées de Dylan s’éloignaient avec bonheur du classique, je t’aime et toi pourquoi tu ne veux pas faire un tour en voiture avec moi ou autres problèmes métaphysiques du style habituellement en vogue. Ses performances publiques saluées par la critique déplaçaient les foules contestataires de la jeunesse de l’époque. Bien entendu le coco fut invité au célébrissime concert de Woodstock.

2 – Are You Experienced? - Jimmy Hendrix – 1967

Le gaucher légendaire fait partie lui aussi des incontournables. Ce Guitar Hero électrique a sidéré l’époque par son style et sa technique, inimitées et inimitables. Beaucoup se sont cassés les dents au propre et au figuré à vouloir l’imiter. En effet, il y allait parfois du râtelier pour actionner les cordes inversées des manches de guitares qu’il avait adaptées à sa latéralisation. Les solos incisifs de ce prodige vite emporté par la drogue l’ont promu au rang de mythe. Il a imposé définitivement cet instrument dans la composition de base des groupes. J’ai choisi cet album qui contient son célèbre Purple Haze.

3- Sounds of Silence – Simon & Garfunkel – 1966

Un duo à part dont les airs ont fait le bonheur des hits parades. Le groupe est à l’origine de la bande son d’un film culte de la décennie : "The Graduate (Le Lauréat)". Leur musique ainsi que le film en question résument parfaitement le romantisme, les ambiances et les préoccupations de la jeune génération du moment. On écoute et réécoute volontiers leurs chansons un peu datées mais dont la qualité des interprétations et les parfums qu’elles exhalent ont quelques fragrances intemporelles.

4– Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band - The Beatles – 1967Ce tout premier "concept album" est un vrai coup de tonnerre dans un ciel serein. Il libère définitivement la musique Pop-Rock de tous les carcans et combine des univers musicaux jamais réunis. Tantôt rock pur, oriental, baroque, psychédélique et populaire, ce mode de compilation est parfaitement jubilatoire. Rien que la pochette de brocante début de siècle et la palette ébouriffante des curieux membres du club des cœurs solitaires de l’orchestre du sergent Poivre constitue a elle seule un véritable morceau de bravoure. Chefs de file des Swinging Sixties, les Beatles sont un groupe de légende à l’impact planétaire indiscuté. D’une créativité sans borne et d’une inspiration luxuriante, ces phénomènes ont déclenché un ras de marée sur l’univers musical du moment et sont à la base d’une hystérie collective juvénile sans précédant. Les soit disant gentils anglais du Fab Four de Liverpool et leurs coiffures improbables ont légué un héritage énorme à la postérité ainsi qu’à leurs épouses.

5- Get Yer Ya-Ya Out! – Rolling Stones - 1968

Ok, pas leur meilleur album mais je voulais les coincer après les Beatles et j’aime bien Jumpin’ Jack Flash. Exile On Main Street, leur seul double album studio, est probablement au-dessus du lot. La presse s’évertuait à publier des articles affirmant que les Bad Boys (Mick Jagger est issu de la bonne bourgeoisie londonienne) haïssaient leurs grands rivaux alors qu’ils s’entendaient comme cochons. Business oblige. Les Stones sont toujours restés très proches des racines du R&R et du Blues, produisant une musique tonique aux effets volontairement sobres, à l’inverse bien entendu des membres du groupe! Leur leader est une véritable bête de scène montée sur ressorts. Les anciens provocateurs s’essoufflent un peu et ont bien du mal à quitter les feux de la rampe. Business oblige itou.

6- Led Zeppelin 1 - Led Zeppelin - 1969

Uppercut au foie. L’album princeps des amateurs de Hard Rock et Heavy Metal. Attention cependant, contrairement à nombres de leurs successeurs, ces sbires sont d’excellents musiciens possédant plus que trois accords à leur répertoire. Jimmy Page est un guitariste hors paire pouvant rivaliser sans complexe avec les Clapton, Beck, Alvin Lee et Zappa. Peu enclins à se cantonner à un style musical répertorié, ces cavaliers de la tornade nous sortent en plein hiver 69 un album aux sonorités électriques inconnues qui explore des ambiances contrastant furieusement avec celles de la génération Hippie Hippie Hourrah du temps. Peu de textes mièvres mais faut pas pousser le bouchon trop loin, ce n’est pas du Baudelaire.

7- The Court of the Crimson King - King Crimson - 1969

Inclassable cet album expérimental donne souvent dans des atmosphères aux tonalités moyenâgeuses ou explore des univers étranges, envoutants ou enchanteurs. Leurs représentations sur scène étaient des spectacles musicaux totaux intégrant des jeux de lumières aux effets sophistiqués et des ambiances feutrées. L’apport d’instruments inhabituels voire créés pour la circonstance procédait aussi au charme suranné de leurs shows intimistes. L’album est surtout connu pour sa pochette. La bonne connaissance du groupe reste souvent une affaire d’initiés.