vendredi 28 décembre 2007

La java norvégienne

Highslide JS



Papillon dans la rosée - Affichage Highslide JS

Tornstein Hønsi, norvégien de naissance, propose gracieusement pour un usage non commercial une application en Java-script permettant en particulier le zoom de photos en survol sur la page principale d'un site ou d'un blog. L'application sur site ne pose aucun problème, par contre, cela se complique sur un blog. Dans ce cas, la solution élégante consiste à ajouter deux lignes de script dans l'éditeur HTML de votre page modèle qui appellent l'application serveur quand un secteur réactif des billets est cliqué. L'insertion de miniatures dans un billet devient alors très simple et n'alourdit pas son code HTML.

Décembre 2007:
Procrastin m'indique en quelques mails qu'il faut affecter aux applications Flash (s'il en existe sur vos pages qui accaparent le devant de la scène) un paramètre wmode= "Transparent" au lieu du mode "Window" appliqué par défaut. A faire passer aux spécialistes. A noter que la technique fonctionne également pour les vidéos que vous insérez dans vos pages à partir de You Tube ou Daily Motion. L'auteur m'a fort gentiment donné lui aussi sa solution en me fournissant un lien sur son forum : solution

N'hésitez pas à visiter le site très professionnel de l'auteur. Merci à Procrastin pour sa mise à disposition du lien "Highslide JS".


Aux personnes m'ayant adressé des mails

Pour utiliser l'application sur Blogger vous devez inclure les lignes de script ci-dessous dans la page maître juste avant "/head":


Sur mon blog, j'ai personnalisé le fichier "style.css" (que vous pouvez renommer à votre guise, ainsi que le dossier highslide et ses fichiers, pour créer différentes feuilles de styles), de façon à obtenir une présentation homogène mais fixe des textes, des images et des cadres. Cependant, vous pouvez appeler directement l'application et des styles variés à partir des pages HTML de vos billets. La méthode est plus lourde mais plus complète. Dans ce cas, les lignes de script en page modèle sont inutiles, voire parasites. Si vous programmez en Javascript, cela ne devrait vous poser aucun problème. Ce n'est pas mon cas, malheureusement...

Novembre 2008: la dernière version de Highslide JS facilite grandement la manipulation sur blog et a résolu les quelques problèmes de compatibilité avec les navigateurs du moment. La version active actuellement sur mon blog est la version 4.0.8.

Janvier 2009: la marge droite du blog vous propose diverses fonctionnalités de l'application. "Accueil" l'affichage en survol d'une page HTM et les titres colorés, celles d'applications Flash avec des fenêtres de tailles variées que vous adaptez à celles de vos applications.



lundi 10 décembre 2007

VOLTAIRE vs ROUSSEAU : "Nous nous sommes tant haïs."


Loin de l’étude littéraire autour de la célèbre querelle épistolaire entre Voltaire et Rousseau, ce billet tient à faire part de l’admiration sans borne que je porte à la langue brillante dans laquelle ces beaux esprits du XVIIIème siècle ont correspondu sans en venir aux mains. L’affrontement d’idées de ces deux phares du Siècle des Lumières se perpétue encore de nos jours au travers d’idéologies politiques ou de principes éducatifs. Pourquoi les partisans des principaux mouvements révolutionnaires à venir défilèrent-ils avec le Contrat Social sous le bras et pas avec le Candide de Voltaire ? Pourquoi a-t-on voulu faire de Rousseau le défricheur des grandes idées modernes et Voltaire le dernier des Classiques au service de l’Aristocratie alors qu’il a contribué tout autant que le premier mais sur un mode différent à sa chute ? Je laisse ces deux questions en suspens.

Le point de départ de la querelle est un essai philosophique de Rousseau commencé en 1753 et publié en 1755, en réponse à un sujet de l'Académie de Dijon intitulé: « Quelle est l'origine de l'inégalité parmi les hommes et si elle est autorisée par la loi naturelle ? »

L’inspiration polémique qui unit les textes proposés y prend des formes différentes : la légèreté de Voltaire convient à l'éloge d'une société brillante mais un peu futile; la gravité un peu pontifiante de Rousseau se prête à l'éloge des sociétés archaïques. Dans le registre polémique, les deux hommes manifestent leur singularité : Voltaire y déploie un tempérament railleur qui lui fait connaître et désigner ses adversaires. Rousseau, quant à lui, a beau stigmatiser "l’éloquence frivole" : il n'en donne pas moins un vigoureux exemple où s'affirme une idéologie austère et vindicative peu soucieuse de nuances.


VOLTAIRE

Quelques citations de l'auteur :


«Le cœur ne vieillit pas, mais il est pénible de loger un dieu dans des ruines.»

«Les bavards sont les plus discrets des hommes : ils parlent pour ne rien dire.»

«Il y a une autre canaille à laquelle on sacrifie tout, et cette canaille est le peuple.»

«Le génie français est perdu ; il veut devenir anglais, hollandais et allemand. Nous sommes des singes qui avons renoncé à nos jolies gambades, pour imiter mal les bœufs et les ours.»

«L'art de gouverner consiste à prendre le plus d'argent possible à une catégorie de citoyens afin de le donner à une autre.»

«Quand la gravité n'est que dans le maintien, comme il arrive très souvent, on dit gravement des inepties.»

«Le premier devin fut le premier fripon qui rencontra un imbécile.»

«Je m'arrêterais de mourir s'il me venait un bon mot.»

«Il faut que cet homme soit un grand ignorant, car il répond à tout ce qu'on lui demande.»

«Ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise : il fallait dire que tout est au mieux.»

 «Quand on lit pour s'instruire, on voit tout ce qui a échappé, lorsqu'on ne lisait qu'avec les yeux.»

«La patrie est là où on vit heureux.»

«Les injures atroces n'ont jamais fait de tort qu'à ceux qui les ont dites.»

«En philosophie, il faut se défier de ce qu'on croit entendre trop aisément, aussi bien des choses qu'on n'entend pas.»

«Lorsqu’une question soulève des opinions violemment contradictoires, on peut assurer qu’elle appartient au domaine de la croyance et non à celui de la connaissance.»

«Toute secte, en quelque genre que ce puisse être, est le ralliement du doute et de l'erreur.»

« Ce qu'on peut expliquer de plusieurs manières ne mérite d'être expliqué d'aucune. »


ROUSSEAU


Le mythe de l'état de nature

Dans Discours sur les Origines et les Fondements de l'Inégalité parmi les Hommes (1755), (littérature 1ère, Nathan, P. 158) Rousseau démontre que l'inégalité qui régit les rapports humains est le produit de la société. Selon lui, l'homme naît naturellement bon, c'est la société qui le corrompt. De la propriété provient l'inégalité et la mal. Les Confessions, sont en quelque sorte l'illustration de cette théorie, dans la mesure où Rousseau y exprime une certaine rancœur contre la société en général. «Ma naissance fut le premier de mes malheurs», écrit-il dés les premières pages. Toute la suite semble tendre à prouver qu'enfant, puis adolescent, épris de vertu il a été perverti par la société. C'est le sens du fameux épisode du peigne brisé (GF, P. 56) qui relate une prise de conscience de l'injustice. C'est le premier apprentissage de l'âge d'homme, de l'imperfection du monde adulte et la fin de l'âge d'or de l'innocence.
On voit ainsi se dessiner dans l'œuvre deux mondes séparés: celui de l'enfance, largement idéalisé par Rousseau, et celui des adultes, dont il dresse le plus noir des tableaux. Rousseau s'incarne sous les traits d'un être à l'innocence déchue.

Rousseau, le premier psychologue moderne

 On peut considérer Rousseau, du fait de la recherche qu'il entreprend sur lui même, comme le premier psychologue moderne. Ainsi les Confessions, sont moins le récit objectif d'une vie (des mémoires) qu'une tentative d'introspection visant à faire comprendre l'évolution d'un individu, à expliquer ce qu'il est par rapport à ce qu'il a été. Cette forme d'introspection du moi, servie par une grande lucidité et une grande profondeur d'analyse, invente avant l'heure la psychanalyse moderne. Au-delà du propos originel de l'autojustification, elle donne aux Confessions une dimension universelle: celle d'un formidable document humain sur la complexité de l'âme.

Parce qu'il souligne l'importance de l'enfance dans la formation de la personnalité, Rousseau préfigure et annonce en effet cette discipline. Les psychanalystes ont tenté, en retour, d'expliquer le comportement amoureux de Rousseau. Ils ont ainsi mis en évidence le fait que celui-ci se sent coupable de la mort de sa mère. Celle-ci le culpabilise: «je coûtai la vie à ma mère», écrit-il au début du livre I. Son père a sans doute renforcé plus ou moins consciemment ce sentiment de culpabilité. Dès lors, la conduite de Jean-Jacques est souvent orientée autour de la volonté d'être châtié, corrigé: (CF l'épisode de la fessée, GF P. 53-54) ou bien celle de demander pardon. C'est un aspect important, parmi d'autres, des Confessions.

Mais d'un autre côté, la psychanalyse se méfie un peu de l'autobiographie. Pour elle, le sujet a souvent construit des objets pour satisfaire ses intentions imaginaires.

Sincérité et vérité: les limites

D'abord, il est impossible de tout raconter (il faudrait des milliers de pages) et les imprécisions de la mémoire interviennent aussi. L'œuvre est écrite assez tardivement par rapport aux événements qu'elle relate (en particulier pour les premiers livres qui racontent l'enfance et l'adolescence) et porte la trace de ce décalage: deux êtres coexistent en un seul de part et d'autre du temps: le jeune Jean-Jacques, à l'âme romanesque et enthousiaste, et le Rousseau vieillissant, nostalgique et mélancolique, qui donne aussi son point de vue sur les événements.

Consciemment ou non, le narrateur fait subir à la vérité des distorsions: il va par exemple s'attarder sur certains événements heureux et passer plus rapidement sur d'autres. Il dramatise parfois des incidents sans importance ou idéalise des situations vécues. Dans les relations avec Mme de Warens, par exemple, on remarque qu'à chaque fois, c'est elle qui prend l'initiative de s'éloigner de lui. Est-ce qu'elle tient tant à sa compagnie ? Toujours est-il que Rousseau fait des premiers livres un roman d'amour dont l'héroïne est Mme de Warens. En outre, il insiste tant sur ses faiblesses qu'on peut, par moments, le soupçonner de quelque exagération, liée au fait qu'il se sentait persécuté. Les tendances paranoïaques de l'écrivain transparaissent, aussi dans une certaine mesure, dans l'œuvre. Le lecteur est amené à faire la part des choses. Selon Rouseau, son ouvrage qui, «peut servir de première pièce et de comparaison pour l'étude des hommes, qui certainement est à commencer» (P. 38) prend donc un caractère universel.


LA QUERELLE ÉPISTOLAIRE

VOLTAIRE

" J'ai reçu, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain, et je vous en remercie. Vous plairez aux hommes, à qui vous dites leurs vérités, et vous ne les corrigerez pas. On ne peut peindre avec des couleurs plus fortes les horreurs de la société humaine, dont notre ignorance et notre faiblesse se promettent tant de consolations. On n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre bêtes; il prend envie de marcher à quatre pattes, quand on lit votre ouvrage. Cependant, comme il y a plus de soixante ans que j'en ai perdu l'habitude, je sens malheureusement qu'il m'est impossible de la reprendre, et je laisse cette allure naturelle à ceux qui en sont plus dignes que vous et moi. Je ne peux non plus m'embarquer pour aller trouver les sauvages du Canada; premièrement, parce que les maladies dont je suis accablé me retiennent auprès du plus grand médecin de l'Europe, et que je ne trouverais pas les mêmes secours chez les Missouris, secondement, parce que la guerre est portée dans ces pays-là, et que les exemples de nos nations ont rendu les sauvages presque aussi méchants que nous. Je me borne à être un sauvage paisible dans la solitude que j'ai choisie auprès de votre patrie, où vous devriez être.
  Je conviens avec vous que les belles-lettres et les sciences ont causé quelquefois beaucoup de mal. Les ennemis du Tasse firent de sa vie un tissu de malheurs, ceux de Galilée le firent gémir dans les prisons, à soixante et dix ans, pour avoir connu le mouvement de la terre ; et ce qu'il y a de plus honteux, c'est qu'ils l'obligèrent à se rétracter. Dès que vos amis eurent commencé le Dictionnaire encyclopédique, ceux qui osèrent être leurs rivaux les traitèrent de déistes, d'athées et même de jansénistes. [...]
  De toutes les amertumes répandues sur la vie humaine, ce sont là les moins funestes. Les épines attachées à la littérature et à un peu de réputation ne sont que des fleurs en comparaison des autres maux qui de tout temps ont inondé la terre. Avouez que ni Cicéron, ni Varron, ni Lucrèce, ni Virgile, ni Horace n'eurent la moindre part aux proscriptions. Marius était un ignorant; le barbare Sylla, le crapuleux Antoine, l'imbécile Lépide lisaient peu Platon et Sophocle ; et pour ce tyran sans courage, Octave Cépias, surnommé si lâchement Auguste, il ne fut un détestable assassin que dans le temps où il fut privé de la société des gens de lettres.
  Avouez que Pétrarque et Boccace ne firent pas naître les troubles de l'Italie ; avouez que le badinage de Marot n'a pas produit la Saint-Barthélemy et que la tragédie du Cid ne causa pas les troubles de la Fronde. Les grands crimes n'ont guère été commis que par de célèbres ignorants. Ce qui fait et fera toujours de ce monde une vallée de larmes, c'est l'insatiable cupidité et l'indomptable orgueil des hommes, depuis Thamas-Kouli-Kan, qui ne savait pas lire, jusqu'à un commis de la douane qui ne sait que chiffrer. Les lettres nourrissent l'âme, la rectifient, la consolent ; elles vous servent, Monsieur, dans le temps que vous écrivez contre elles : vous êtes comme Achille, qui s'emporte contre la gloire, et comme le P. Malebranche, dont l'imagination brillante écrivait contre l'imagination.
  Si quelqu'un doit se plaindre des lettres, c'est moi, puisque dans tous les temps et dans tous les lieux elles ont servi à me persécuter ; mais il faut les aimer malgré l'abus qu'on en fait, comme il faut aimer la société dont tant d'hommes méchants corrompent les douceurs ; comme il faut aimer sa patrie, quelques injustices qu'on y essuie ; comme il faut aimer l'Être suprême, malgré les superstitions et le fanatisme qui déshonorent si souvent son culte.
  M. Chappuis m'apprend que votre santé est bien mauvaise; il faudrait la venir rétablir dans l'air natal, jouir de la liberté, boire avec moi du lait de nos vaches, et brouter nos herbes.
 
Je suis très philosophiquement et avec la plus grande estime, etc. "

Réponse de ROUSSEAU

" C'est à moi, Monsieur, de vous remercier à tous égards. En vous offrant l'ébauche de mes tristes rêveries, je n'ai point cru vous faire un présent digne de vous, mais m'acquitter d'un devoir et vous rendre un hommage que nous vous devons tous comme à notre chef. Sensible, d'ailleurs, à l'honneur que vous faites à ma patrie, je partage la reconnaissance de mes concitoyens, et j'espère qu'elle ne fera qu'augmenter encore, lorsqu'ils auront profité des instructions que vous pouvez leur donner [...]
  Vous voyez que je n'aspire pas à nous rétablir dans notre bêtise, quoique je regrette beaucoup, pour ma part, le peu que j'en ai perdu. A votre égard, monsieur, ce retour serait un miracle, si grand à la fois et si nuisible, qu'il n'appartiendrait qu'à Dieu de le faire et qu'au Diable de le vouloir. Ne tentez donc pas de retomber à quatre pattes; personne au monde n'y réussirait moins que vous. Vous nous redressez trop bien sur nos deux pieds pour cesser de tenir sur les vôtres.
  Je conviens de toutes les disgrâces qui poursuivent les hommes célèbres dans les lettres; je conviens même de tous les maux attachés à l'humanité et qui semblent indépendants de nos vaines connaissances. Les hommes ont ouvert sur eux-mêmes tant de sources de misères que quand le hasard en détourne quelqu'une, ils n'en sont guère moins inondés. D'ailleurs il y a dans le progrès des choses des liaisons cachées que le vulgaire n'aperçoit pas, mais qui n'échapperont point à l'œil du sage quand il y voudra réfléchir. Ce n'est ni Térence, ni Cicéron, ni Virgile, ni Sénèque, ni Tacite; ce ne sont ni les savants ni les poètes qui ont produit les malheurs de Rome et les crimes des Romains : mais sans le poison lent et secret qui corrompait peu à peu le plus vigoureux gouvernement dont l'histoire ait fait mention, Cicéron ni Lucrèce, ni Salluste n'eussent point existé ou n'eussent point écrit.[...] Le goût des lettres et des arts naît chez un peuple d'un vice intérieur qu'il augmente; et s'il est vrai que tous les progrès humains sont pernicieux à l'espèce, ceux de l'esprit et des connaissances qui augmentent notre orgueil et multiplient nos égarements, accélèrent bientôt nos malheurs. Mais il vient un temps où le mal est tel que les causes mêmes qui l'ont fait naître sont nécessaires pour l'empêcher d'augmenter; c'est le fer qu'il faut laisser dans la plaie, de peur que le blessé n'expire en l'arrachant. Quant à moi si j'avais suivi ma première vocation et que je n'eusse ni lu ni écrit, j'en aurais sans doute été plus heureux. Cependant, si les lettres étaient maintenant anéanties, je serais privé du seul plaisir qui me reste. C'est dans leur sein que je me console de tous mes maux : c'est parmi ceux qui les cultivent que je goûte les douceurs de l'amitié et que j'apprends à jouir de la vie sans craindre la mort [...]
  Recherchons la première source des désordres de la société, nous trouverons que tous les maux des hommes leur viennent de l'erreur bien plus que de l'ignorance, et que ce que nous ne savons point nous nuit beaucoup moins que ce que nous croyons savoir. Or quel plus sûr moyen de courir d'erreurs en erreurs, que la fureur de savoir tout ? Si l'on n'eût prétendu savoir que la Terre ne tournait pas, on n'eût point puni Galilée pour avoir dit qu'elle tournait. Si les seuls philosophes en eussent réclamé le titre, l'Encyclopédie n'eût point eu de persécuteurs. [...]
  Ne soyez donc pas surpris de sentir quelques épines inséparables des fleurs qui couronnent les grands talents. [...]
  Je suis sensible à votre invitation; et si cet hiver me laisse en état d'aller au printemps habiter ma patrie, j'y profiterai de vos bontés. Mais j'aimerais mieux boire de l'eau de votre fontaine que du lait de vos vaches, et quant aux herbes de votre verger, je crains bien de n'y en trouver d'autres que le Lotos, qui n'est pas la pâture des bêtes, et le Moly qui empêche les hommes de le devenir.
 
Je suis de tout mon cœur et avec respect, etc. "

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VOLTAIRE

" Judicieux admirateur de la bêtise et de la brutalité des sauvages, vous avez crié contre les sciences, et cultivé les sciences. Vous avez traité les auteurs et les philosophes de charlatans; et, pour prouver d'exemple, vous avez été auteur. Vous avez écrit contre la comédie avec la dévotion d'un capucin, et vous avez fait de méchantes comédies. Vous avez regardé comme une chose abominable qu'un satrape ou un duc ait du superflu, et vous avez copié de la musique pour des satrapes ou des ducs qui vous payaient avec ce superflu. [...] Vous professez partout un sincère attachement à la révélation, en prêchant le déisme, ce qui n'empêche pas que chez vous les déistes et les philosophes conséquents ne soient des athées. J'admire, comme je le dois, tant de candeur et de justesse d'esprit, mais permettez-moi de grâce de croire en Dieu. Vous pouvez être un sophiste, un mauvais raisonneur, et par conséquent un écrivain pour le moins inutile, sans que je sois un athée. L'Être souverain nous jugera tous deux; attendons humblement son arrêt. Il me semble que j'ai fait de mon mieux pour soutenir la cause de Dieu et de la vertu, mais avec moins de bile et d'emportement que vous. Ne craignez-vous pas que vos inutiles calomnies contre les philosophes et contre moi ne vous rendent désagréables aux yeux de l'Être suprême, comme vous l'êtes déjà aux yeux des hommes ? "

Réponse de ROUSSEAU

« Je ne vous aime point, Monsieur; vous m'avez fait les maux qui pouvaient m'être les plus sensibles, à moi, votre disciple et votre enthousiaste. Vous avez perdu Genève pour le prix de l'asile que vous y avez reçu; vous avez aliéné de moi mes concitoyens, pour le prix des applaudissements que je vous ai prodigués parmi eux: c'est vous qui me rendez le séjour de mon pays insupportable; c'est vous qui me ferez mourir en terre étrangère, privé de toutes les consolations des mourants, et jeté, pour tout honneur, dans une voirie, tandis que tous les honneurs qu'un homme peut attendre vous accompagneront dans mon pays. Je vous hais enfin, puisque vous l'avez voulu; mais je vous hais en homme encore plus digne de vous aimer, si vous l'aviez voulu. De tous les sentiments dont mon cœur était pénétré pour vous, il n'y reste que l'admiration qu'on ne peut refuser à votre beau génie, et l'amour de vos écrits. Si je ne puis honorer en vous que vos talents, ce n'est pas ma faute. Je ne manquerai jamais au respect qui leur est dû, ni aux procédés que ce respect exige. Adieu, Monsieur. »
(17 juin 1760)


ELME-MARIE CARO, «Voltaire et Rousseau», La fin du XVIIIe siècle: études et portraits, tome I, Paris, Hachette, 1881

En résumant nos impressions sur cette querelle commencée presque avec courtoisie, achevée dans un délire de haine, et nous élevant au-dessus des incidents bizarres qui en marquent les phases diverses et le développement, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître que ces deux hommes, Voltaire et Rousseau, étaient destinés à se méconnaître ou à se fuir. Les détails de cette Iliade tantôt tragique et tantôt grotesque ne sont que l'expression accidentelle d'une inimitié fatale. 

Tout les séparait violemment l'un de l'autre, les idées, la métaphysique, la morale, la manière de comprendre la religion, le talent même et la langue. Ce n'est pas par boutade ou par mauvaise humeur que Voltaire déclare le roman de Jean-Jacques «sot, bourgeois, impudent, ennuyeux». Cela devait lui paraître ainsi, à lui le dernier classique, même dans l'expression des idées nouvelles qu'il représente. Comment aurait-il goûté cette recherche inquiète, subtile, maladive, d'un idéal à moitié chimérique, et cette langue éloquente, mais tendue, où se révèle avec une rhétorique enflammée un effort continu vers le sublime ? Et Rousseau ne devait-il pas détester d'instinct, avec sa nature de prédicateur et de moraliste plébéien, ce grand seigneur des lettres françaises, courtisé, choyé, heureux dans tout ce qu'il entreprend, menant une vie princière au milieu d'une cour où des rois mêmes tiennent à se faire admettre, traitant de pair avec les puissances du monde, le grand triomphateur au théâtre, dans l'histoire, dans la poésie, le vrai souverain de ce siècle! Toutes les haines contre les inégalités sociales gonflaient son cœur quand il assistait, du fond de son exil, à cette insolente et perpétuelle ovation. La nature les avait faits incompatibles, la société fit plus. Incompatibles, ils l'étaient, dès leur naissance, d'humeur, de goût, d'esprit; la vie, l'opinion publique divisée, de graves torts réciproques, la conscience exagérée de leur force, enfin, il faut bien le dire, la passion de la souveraineté sans partage, tout cela vint achever l'œuvre de la nature et les rendre irréconciliables.

jeudi 6 décembre 2007

Scoubidou : retour aux origines



Le fil de la pensée prend parfois des détours lui donnant en fin de parcours des allures de scoubidou. L’édification folâtre de ce court billet glorieusement dédié au petit objet tressé à l’aide de brins de plastique souple colorés, illustre clairement cette métaphore osée, Joséphine. La tocade du scoubidou fit fureur au début des années soixante en France, tout comme les bretelles vertes à l’époque hitlérienne.

1 - Le point de départ du billet est logique, cartésien, implacable : un commentaire chafouin du précédent.

2 - Par un léger détour de la pensée, paf, sortit soudain d’un chai du château de l’archiduchesse, le bon Sacha sussurant sa scie tout en chassant sans son chien et ne sachant où sécher ses chaussettes sans souche bien sèche: .... et des scoubidous bidous ah… Normal direz-vous ce léger saut du coq sans sauter pour autant sur l’âne. Scoubidou = Sacha Distel. (point)


3 - Au fait que nos artistes populaires des années blotties douillettement au creux des trente glorieuses puisaient sans vergogne dans le vivier des succès méconnus chez nous de la chanson « parce-que-transatlantique », un doute tintinnabulant s'immisça dans un coin relativement actif de mon esprit en cette fin d’après-midi à la météorologie aussi pitoyable que le reste du dit-esprit. Constat amer peu surprenant: cette œuvre majeure du répertoire de la grande chanson française n’avait pas échappé à cette pratique éhontée de ruffians. Nos stations radios grandes ondes du début des années soixante ne coinçaient que quelques crachouillis entre Oslo et Hilversum et la BBC ne donnait pas encore à outrance dans la diffusion des standards américains. Un certain Allan Lewis était à l’origine de la scie chien fidèle de Sacha qui par la même fit fissa et attacha son chat. Les paroles originales récupérées sur internet me plongèrent, si besoin était, dans une stupeur supplémentaire, payée +10% dans les mois à venir: cela resterait un peu court d’affirmer que des remaniements véniels avaient été apportés au texte.

4 -Le titre original «Apples, Peaches and cherries» était devenu «Des pommes, des poires - et allez savoir pourquoi - des scoubidous». Pêches et cerises avaient du dépasser la date de péremption? Quant aux couplets, plus de marchand des quatre-saisons avec sa jouvencelle affriolante faisant chavirer le cœur du narrateur au point de la circonvenir et de l’engrosser à feu continu jusqu’à l’obtention d’une nichée d’une bonne dizaine d’oisillons braillant pour que vous ajoutiez à votre panier garni, sur la fin de la chanson, une kyrielle de légumes verts: choux de Bruxelles, brocolis, courgettes, haricots-verts, asperges etc...

L’infortuné Sacha traversait, lui, une tout autre aventure: ramassage trivial chez des amis d’une poulette - clone probable de Dalida - qui, les jours suivants, lui fait ingurgiter jusqu’à l’indigestion des fruits au point qu’il finit par la jeter entre deux aller-retour aux WC : « Car les fruits, c'est comme l'amour / Faut en user modérément / Sinon... ça joue des tours. » Sic. Et réplique de la gourgandine outragée: « Mon pauvre ami, des typ's comm' toi/ On en trouv' par milliers ... » équivalant châtié du plus probable : « Des connards du genre / je shoote dans un bec de gaz / et y’en tombe mille... »
5 - Morale de la fable à la française «Le célibat, y a que ça de vrai.» à opposer à celle de la version américaine «Fermez votre fenêtre quand vous entendez passer un marchand de quatre-saisons. ».

6 - Les détours de ma pensée ne purent s’arrêter à ces quelques découvertes. Je devais m’intéresser désormais à l’objet princeps et à la question cruciale: «Qui a inventé le scoubidou ?»

Alors-là, faites l’expérience, vous tombez sur une moisson de sites peu communs traitant des techniques du scoubidou, gorgés d’une iconographie délirante dont quelques exemples frôlent le monstrueux. Ceux-ci ne pipent mot sur l’origine du truc. J’ai juste pu glaner l'explication du nom "scoubidou" issu d'une onomatopée prise aux chanteurs de jazz américains : "scoo bi doo bi dooh ah !"

J'ai trouvé un seule réponse plausible dans « Les questions Yahoo ». Elle va me permettre d'avoir cette nuit un sommeil moins agité qu'à l'accoutumée. C'est un vieux loup de mer chérissant l’océan (cela soule de course), et qui ne fait plus que partir pour le grand large en pensées, assis au port sur une bitte d’amarrage : " Il y a bien longtemps que les marins faisaient des "tresses" pour éviter aux bouts de leur cordages de "se barrer en queue de vache" (formule mondaine). Cela s'appelle des "épissures" et il en existe de multiples formes et variétés selon les pays les régions et les traditions. Il y en a même des rondes à l'intérieur desquelles ont met 1 lest (plomb) et on obtient un "lance amarres. Avec-celui ci on lance assez loin un petit cordage auquel on en fixe un plus gros par exemple pour un remorquage."

Conclusion :

Origine marine probable du scoubidou? Pourquoi pas, on sait qu’on en vient tous...
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