samedi 6 février 2010

Le Titi

Highslide JS

Bistro français plus typique, tu mourrais aussi sec. Zinc époque glorieuse, table et chaises en bois pseudo Modern Style. Jeu de tarots avec les boîtes de jetons installés sur des rectangles verts râpés de feutrine, dons de la maison Kronenbourg. Troupeau de cruches jaunes pour l'eau du Pastis. Baby-foot au Bulgomme défoncé sous les pieds des joueurs et ses brûlures de cigarettes en périphérie des cendriers d'aluminium scellés sur le cadre. Le casque en plexiglas de la combinaison spatiale de Tintin du distributeur de cacahouètes salées. La pendule Cinzano figée sur dix heures vingt faute de l'avoir alimentée depuis des années en piles neuves. Le poster de l'ASNL épinglé au mur. Pour animer le décor, le patron rougeaud accroché aux manettes du percolateur commentant d'une voix qui porte, pour la centième fois sans doute, comment il avait raté d'un numéro il y a dix ans le tiercé du siècle. On était sans conteste dans le domaine de la référence absolue.

Je ne sais plus exactement, à part la soif, ce qui m'avait fait m'arrêter dans ce bar «banlieue rouge»? Plus mystérieux encore, pourquoi ce type était venu s'asseoir à ma table? L'archétype du loulou zonard. Le style a peu évolué au cours des décennies. Seul paramètre de datation exploitable, la longueur des cheveux. Celui-ci avait gardé la coupe "années soixante-dix". Dix-sept heures. Il rentrait du turbin ou avait fait la fermeture de l' ANPE. La quarantaine généreuse, avec en sus, quelques années bonus offertes par la tige de huit et les petits jaunes serrés.

- T'en prendras une autre, me dit-il rapidement après avoir jeté un œil à mon bock qui indiquait danger, niveau minimum. C'est Titi qui régale, mon Prince.

Refuser le geste signait l'affront mortel. Je sentais que j'allais devoir renvoyer l'ascenseur en écoutant placidement ses confidences à doubler ma dose de Prozac. Ça allait casser de la gueuse, du politicard, ou causer «tuning 309 Peugeot». Si j'évitais les dernières vacances au camping de la Motte sur Mer, c'était tout de même jouable. De toute façon, ma soirée était morte. Laura avait annulé le restaurant. Deux fémurs et une rate l'attendaient au bloc. Plus palpitant que mon myocarde en vrac. Elle rentrerait très tard. Titi assécha son perroquet en deux lampées. Il attaqua bille en tête sur la zique affligeante que nous refilait le patron. On avait droit à un best of de Florent Pagny.

- Qu'est-ce que t'en penses ?
- Moi tu sais, la musique de supermarché, faut qu'on me fasse remarquer qu'il y en a pour que je l'entende. A croire qu'on a peur du silence, ou encore plus, que les gens s'adressent la parole, qu'on en met partout.

Ma réponse allait dans son sens et qui plus est ne contenait aucun imparfait du subjonctif. Titi plissa un œil. L'habit n'allait pas avec le moine qu'il pensait avoir en face de lui. Il m'avait sans doute classé d'emblée dans la catégorie bobo bégueule qui vient s'encanailler en périf.

- C'est quoi ton trip en musique? J'énumère à la volée des groupes Rock des années soixante-dix. Ouh la ! T'en es resté aux vinyles.
- Ouais, les soixante-dix-huit tours en bakélite ne passent pas sur mon Teppaz. J'avais fait l'impasse sur Statu Quo, Deep Purple et MC5. Titi m'en voulait sans doute un peu. Je me refis en sortant rapidement quelques titres de ces artistes de mon Salon des Refusés. Il y alla enfin d'une moue franchement approbatrice. Du lourd sérieux, c'est clair. Une vague lueur d'intérêt se mit à briller dans sa prunelle cernée d'un iris verdâtre colonisé par endroits de télangiectasies ciselées par la nicotine et l'éthanol. Tu vois, ça fait un bail que je ne trouve plus un con à qui causer Hard Rock ici. Tu bosses dans quoi ?
- Dans une mansarde, j'écris des nouvelles. T'as affaire à un fan rescapé du courant musical. Pas de grosses séquelles, juste les tympans qui ont un peu morflé.

Rassuré de se trouver en face d'un traîne-misère déguisé en bourge, l'amateur de musiques copieuses et répétitives lâcha encore du mou.

- Non mais, sans rigoler (je n'aurais jamais couru le risque insensé d'ébaucher le moindre sourire), tu vois quelque chose à piquer chez le disquaire depuis l'époque glorieuse.
- Peut-être le triple album des concerts californiens de Zep en soixante-douze ?
- OK, mais on reste dans l'antique.

Je calais sur ma dernière bière. Le patron venait de mettre une compilation de Larusso. Il aurait commencé à empiler les chaises et à éteindre la moitié des lampes, ça aurait fait le même effet. Titi ne tenait plus en place.

- T'as une heure d'vant toi ?
- Une heure et demi si tu assommes proprement le boss derrière son comptoir avant de partir.
- J'habite à cinq cents mètres. Si on se faisait une ligne de Black Sabath avant que tu te tires ailleurs pour voir si c'est plus bath ailleurs ?

J'avais garé ma voiture en double file. Je lui proposai de monter.

- C'était à toi la Mustang ! Tu pourrais décapoter pour remonter la rue ?
- C'est une vraie aventure. Mais tu peux laisser la tête dehors pour saluer la foule.

Par chance ou par goût, ma relique n'était pas rose bonbon, sinon je ramassais le Titi en vrac sur le trottoir. Avant d'entrer dans sa tanière coincée dans une enfilade de maisons clones mitoyennes comme on en voit dans les anciens lotissements sidérurgiques, je m'étais imaginé un descriptif type des lieux. Une fois de plus, la réalité allait dépasser la fiction. Dans l'inventaire je n'avais pas pensé au paillasson en forme de guitare Rock. J'avais besoin d'écluser mes bières. Je lui avais demandé tout de suite le chemin des water-closet. La lunette à l'effigie du King avait aussi échappé à mes élucubrations. Le rouleau de papier hygiénique était fuchsia. Dommage, s'il avait déroulé des billets de faux dollars sur papier ouaté, on frôlait l'apothéose du raffinement. La chambre où m'attendait le maître était un temple érigé à la mémoire de ses idoles. Des guitares électriques sur pieds étaient alignées le long d'un mur comme des stèles païennes. Un ampli Fender râpé par les transports servait de reposoir à une rampe lumineuse avec stroboscope pilotée par un modulateur. Les rayonnages d'une étagère ployaient sous une collection de trente trois tours dignes de la foire annuelle du vinyle. Au dessus d'un cosy, années quarante, une bannière étoilée faisait office de tapisserie d'Aubusson. Titi me pria de m'asseoir dans un fauteuil poire d'où s'échappèrent par une couture éraillée quelques boules de polystyrène. Sur la table basse poussiéreuse qui me faisait face, une vieille collection de Rock And Folk. Sur le lit défait, un tee-shirt fripé d'Iron Maiden. Mais où avait-il déniché son tapis acrylique? Je foulais Alice Cooper et son python élimé aux endroits de passage intensif. Le mur en face de moi était couvert, sans doute pour colmater quelques lézardes du plâtre, de posters de musiciens aux allures de Vikings. Le sol, les rebords de fenêtres étaient parsemés de canettes de bières vides en métal. On imaginait ces réceptacles garnis de bougies les soirs de messe dans ce haut lieu de dévotion du hard. Actuellement, la pièce était éclairée tant bien que mal par la lumière jaune filtrant d'un abat-jour à têtes de morts moiré de dépôts de nicotine. Cela donnait à la pièce une tonalité roussâtre. Des jacks, serpents torsadés, grouillaient sur le plancher courant de l'ampli aux pédales wah-wah et de distorsion. Titi était parti chercher un pack de Desperados. J'avais pris en attendant une Gibson Flying V au design attractif.

- Tu titilles le manche à l'occase, me dit-il en revenant ?
- Ça remonte à des lustres.

Curieux de voir ce qui restait de ma technique et de tester l'acoustique de cette gratte vénérable, j'avais même déjà enfiché un Jack. Power sur "on", gain et saturation sur "maxi plus deux cents pourcents". Les plombs tenaient le coup. J'avais décoché alors deux ou trois riffs de «Space Truckin '» qui firent décoller du sol Titi et son pack. On le prenait en traître. Il bondit sur le coté comme faisait John Wayne pris dans une fusillade, pour saisir sa Winchester accrochée à la selle de son cheval: une Fender Telecaster en l'occurrence. La réplique se montra largement à la hauteur, fulgurante: premiers accords de «My Woman from Tokyo». Touché à l'épaule gauche, la blessure du héros.

- OK on arrête avant qu'il y ait un mort. Tes voisins sont conciliants ?
- Non, mais trop bourrés pour venir gueuler ici...

Sur cette remarque rassurante, il brancha deux micros et sortit la partition du morceau de Deep Purple en question. Ça allait saigner quand même. Titi était un pro du manche. Aidés par des accompagnements sur synthétiseur préenregistrés, on enchaîna sur «Smoke On The Water », « Born To Be Wild » et «Highway Star». Un bœuf digne d'un grand soir de chez Paulette avait lieu dans ce caveau de Neuves-Maisons. Un typhon acoustique à faire péter les laminoirs de l'usine du coin. L'œil de la spirale: la tanière à Titi qui perdit vingt ans en moins d'une demi-heure.

- Merde, tu touches encore un peu, l'intello! Faudra revenir de temps en temps. Tu connais l'adresse maintenant. Fais sauter la porte de devant à coups de basse pour entrer si j'suis pas là. T'as joué dans quel groupe ?
- Les « Killers » au lycée de Vandoeuvre, tu tâtes la référence !
- Pas possible, en quelle année ?… 1970 ! … mais j'y étais aussi, en première cette année !
- Titi Blavier, le choc! Je t'avais pas reconnu ! Tu te souviens, t'étais un pote de Karadjof , le fou des «Zeppelin», un bûcheron qui ressemblait à un des membres du «Procol Harum».

La nuit allait être dense en anecdotes arrachées au passé. Laura ne me reverrait qu'au petit matin. Tu te réconcilies avec ce monde pourri quand tu sais que se planque dans un coin de banlieue un sbire comme le Titi. Que dans sa cabane du jardinet de derrière, juste après le faux puits en pneus avec la cigogne en balsa girouette, se trouve, tapie dans l'ombre, une Malagutti sur-gonflée prête à tailler la départementale sixty-six, limite adhérence maxi dans les virages.


Pierre TOSI - Novembre 2003


jeudi 4 février 2010

Que des méchants

Je n'ai pas pu résister à reproduire un classement que seuls les Américains sont capables de nous pondre en l'état. Ne figurent ici que les 50 plus grands méchants du cinéma américain. Pour voir les gentils, c'est moins rigolo, suivre le lien de fin de billet qui vous indiquera du coup ma source. On remarquera qu'il faut vraiment se méfier des Anthony... Et vous, vous auriez classé qui en tête de liste ?

1 Hannibal Lecter (Le Silence des agneaux), Anthony Hopkins
2 Norman Bates (Psychose), Anthony Perkins
3 Dark Vador (Star Wars: L'Empire contre-attaque), D. Prowse & voix de J. Earl Jones
4 Sinistre Sorcière de l'Ouest (Le Magicien d'Oz), Margaret Hamilton
5 Infirmière Mildred Ratched (Vol au-dessus d'un nid de coucou), Louise Fletcher
6 Mister Potter (La vie est belle), Lionel Barrymore
7 Alex Forrest (Liaison fatale), Glenn Close
8 Phyllis Dietrichson (Assurance sur la mort), Barbara Stanwyck
9 Regan MacNeil (L'Exorciste), Linda Blair & la voix, le diable, Mercedes McCambridge
10 La Reine et La Sorcière (Blanche-Neige et les Sept Nains), Lucille La Verne
11 Michael Corleone (Le Parrain 2), Al Pacino
12 Alex DeLarge (Orange mécanique), Malcolm McDowell
13 HAL 9000 (2001 : L'Odyssée de l'espace), Douglas Rain
14 Alien Xenomorph (Alien - Le huitième passager), Bolaji Badejo
15 Amon Göth (La Liste de Schindler), Ralph Fiennes
16 Noah Cross (Chinatown), John Huston
17 Annie Wilkes (Misery), Kathy Bates
18 Le Requin Blanc (Les Dents de la mer)
19 Captain Bligh (Les Révoltés du Bounty), Charles Laughton
20 L'homme dans le film Disney (Bambi)
21 Eleanor Iselin (Un crime dans la tête - 1962), Angela Lansbury
22 T-800, Le Terminator (Terminator), Arnold Schwarzenegger
23 Eve Harrington (Ève), Anne Baxter
24 Gordon Gekko (Wall Street), Michael Douglas
25 Jack Torrance (Shining), Jack Nicholson
26 Cody Jarrett (L'enfer est à lui, James Cagney)
27 Les Martiens (La Guerre des mondes)
28 Max Cady (Les Nerfs à vif), Robert Mitchum
29 Reverend Harry Powell (La Nuit du chasseur), Robert Mitchum
30 Travis Bickle (Taxi Driver), Robert De Niro
31 Mrs. Danvers (Rebecca), Judith Anderson
32 Bonnie P. et Clyde B. (Bonnie and Clyde), Warren Beatty & Faye Dunaway
33 Comte Dracula (Dracula), Bela Lugosi
34 Dr Christian Szell (Marathon Man), Laurence Olivier
35 Hunsecker (Le Grand Chantage), Burt Lancaster
36 Frank Booth (Blue Velvet), Dennis Hopper
37 Harry Lime (Le Troisième Homme), Orson Welles
38 Caesar Enrico Bandello (Le Petit César), Edward G. Robinson
39 Cruella De Vil (Les 101 Dalmatiens), Betty Lou Gerson
40 Freddy Krueger (Les Griffes de la nuit), Robert Englund
41 Joan Crawford (Maman très chère), Faye Dunaway
42 Tom Powers (L'ennemi public), James Cagney
43 Regina Giddens (La Vipère), Bette Davis
44 Baby Jane Hudson (Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?), Bette Davis
45 Le Joker (Batman), Jack Nicholson, Heath Ledger
46 Hans Gruber (Die Hard : Piège de Cristal), Alan Rickman
47 Tony Camonte (Scarface), Paul Muni
48 Keyser Sozé (Usual Suspects), Kevin Spacey
49 Auric Goldfinger (Goldfinger), Gert Fröbe
50 Alonzo Harris (Training Day), Denzel Washington


Les 50 gentils

Highslide JS
Pour terminer, dans le domaine des classements arbitraires des meilleurs films, j'ai aussi trouvé ça. Il y aurait beaucoup à redire selon moi dans toutes les catégories, mais les goûts les couleurs, etc. L'idée de présentation est amusante. Pour visualiser ou télécharger l'image en HQ, cliquez ici: Plus grande taille

mardi 2 février 2010

Le Dragon 32 qui pète les flammes

Highslide JS

Pour faire suite au billet précédant ayant déjà trait aux nouvelles technologies, m’aidant de liens internet ayant eu l’heur de me faire péter une larme au coin de l’œil, j’ai décidé de consacrer celui-ci à la machine de guerre de mes débuts en informatique.

En pleine explosion de la micro-informatique un fabriquant britannique de jouets (Mettoy), va tenter de concurrencer la star anglaise du moment, le ZX Spectrum de Sinclair, en lançant le Dragon 32 sous la marque Dragon Data, un quasi clone du Tandy Color Computer.

Le Dragon 32 sort en 1980. Il est équipé d'un processeur Motorola 6809 avec 32K de RAM, cadencé à 0,9 Mhz. Je sais, ça fait rêver... Contrairement à son clone, cet ordinateur domestique, on ne parlait pas encore de par chez nous de Personal Computer, embarque un « Basic » et un BIOS reprogrammés, un port parallèle et un clavier mécanique sympa. Le hic, comme la machine était fabriquée par des Grands Bretons, celui-ci était en QWERTY. Ceci m’obligea à une reconversion laborieuse et cruelle sur celles dont je fis l’acquisition dans les années suivantes et dont les claviers étaient, eux, en AZERTY.

Malgré un lancement de la machine aux USA pour élargir son marché, Mettoy jette l'éponge en juin 1984, comme beaucoup d'autres la même année ! A noter que la machine a connu un bon succès d'estime en Espagne, il faut dire qu'en fin de vie le Dragon était bradé.

CARACTÉRISTIQUES PRINCIPALES:

Processeur : Motorola 6809 à 0,9Mhz /RAM : 32Ko / ROM : 16Ko avec langage basic intégré/ 1 port cartouches / Texte : caractères 32x16 / Son : convertisseur 6 bits / Graphismes : 256x192 en 2 couleurs ; 128x192 en 4 couleurs ; 9 couleurs au total /Prix de sortie en France : 3000 francs.


Le mode d’affichage principal du Dragon 32 est en noir sur vert pétard, offrant une résolution de qualité exécrable en résolution 128X192 pixels. Par bonheur il existait 4 résolutions plus élevées nommées PMODE 0 à 4, dont une culminait en noir et blanc, le PMODE 4, qui avait une résolution époustouflante de 256x192 ! Chaque mode intermédiaire avait deux palettes de 4 couleurs possibles. La résolution pleines couleurs en 64x192 "semi-graphique" était possible mais occasionnait des difficultés de programmation en "Basic", donc rarement exploitée.

Une de ses caractéristiques, inhabituelle pour l’époque, était un port dédié à un moniteur pouvant servir d’alternative à la connexion péritel vers le téléviseur. Elle était rarement utilisée du fait du prix alors très élevé de ce matériel. Pour ma part, j’utilisais un simple moniteur monochrome qui donnait un meilleur confort de lecture durant les longues heures de programmation en "Basic". Elle se faisait souvent via la recopie pénible de programmes proposés en exercices dans les magazines spécialisés. Le téléviseur était dédié essentiellement aux jeux.


Malgré l’apparition d’un lecteur externe de disquettes 8 pouces en fin de parcours, proposé à un prix prohibitif double de celui de la machine, la plupart des amateurs du Dragon utilisaient un lecteur de cassettes audio pour le chargement et la sauvegarde de leurs précieux programmes en BASIC, ou en assembleur que l’on nommait langage machine. Les jeux du commerce, rares, étaient donc vendus en cassettes, soi-disant protégées. Une fois le jeu en mémoire, rien ne vous empêchait en fait d’en faire une copie sur une cassette vierge. Et même, si la protection était plus subtile, on pouvait aisément la contourner. Je me souviens avoir utilisé alors une technique de barbare pour obtenir une copie conforme d’un jeu du genre: utiliser un autre lecteur de cassette muni d’un microphone qui copiait la mélodie binaire magnétique originale, assez proche du chant envoutant des baleines en rut.

Les commandes étaient obligatoirement entrées au clavier en utilisant une syntaxe proche du MS-DOS. On remarquera que dans les films américains, l'informaticien génial (souvent un black, j'ai remarqué) continue à utiliser cette technique sur un ordinateur de pointe pour faire dévier la trajectoire du missile qui va rayer Los-Angeles de la carte du monde. C’est sur le premier Macintosh, bien des années plus tard que je vis, les yeux grands comme des soucoupes, la première interface graphique pilotée par une souris et un lecteur de disquette incorporé d’amorçage.

Miourf, miourf ! vous gausserez-vous. Oui, mais à cette époque on avait l’impression de maitriser toute la chaîne de production et l’illusion de tout connaître des rouages internes de son ordinateur. Le binaire, l’hexadécimal, le code ASCII, le secteur de boute, les FAT, les répertoires racines étaient nos joyeux lurons de programmation. Même les virus qui apparurent tout en fin de parcours de cette machine pour les possesseurs de lecteurs de disquettes (bien fait!) étaient sympathiques. Le langage et le BIOS rudimentaire étant en ROM (mémoire morte), couper l'alimentation réglait le problème illico en vidant la mémoire vive. La lecture du boute secteur de la disquette incriminée avec un éditeur vous permettait de chasser l’intrus reconnu, l'ignare, par sa signature et sa présence sur une partie de ce secteur amorce qui ne devait être rempli normalement que par des « 00 » ou des « HH ». Hop là ! dehors la sale bête qui squatte, boutée hors du boot.

Les ordinateurs modernes utilisent toujours en grande partie, les mêmes principes de fonctionnement. Maintenant, cependant, vous devez attendre un temps plus ou moins long selon le nombre de cochonneries que vous avez installées au fil des mois sur les disques durs de vos bécanes aux registres saturés, pour que l’interface et tout le bazar qui va avec, s’installe en RAM (mémoire vive). Vos données stockées sur les disques durs sont à la merci de réécritures malveillantes vous faisant passer vos ordinateurs par la fenêtre les jours de rage. Vous maudissez leurs concepteurs, alors que bien souvent, vous ou d’autres individus malveillants ont souvent saboté sournoisement leur boulot…

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Sources :
http://jeanrem.info/2009/03/13/douglas-c-engelbart-inventeur-de-la-souris/
http://www.fluctuat.net/blog/7359-L-interface-graphique-a-la-papa-part-IV-
http://en.wikipedia.org/wiki/History_of_the_graphical_user_interface
http://www.pointlessmuseum.com/museum/dragon32manualindex.php
http://fr.wikipedia.org/wiki/Disquette


Lien connexe du blog: http://blogmansarde.blogspot.com/2007/02/cot-cot-codecs.html

Nota Bene:
mon ordinateur suivant fut en ATARI 520 STF, gonflé par la suite à 4 Mo, du luxe, dont je viens d'apprendre sur le tard que le nom provenait du terme employé dans le jeu de Go quand des pierres n'ont plus qu'une liberté. A propos de cette marque, la lecture du lien qui suit vaut son pesant de cacahouètes Larmes d'obsolescence.

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Le lecteur de disquettes bahut normand et sa connectique gracieuse

jeudi 28 janvier 2010

iPad : encore un truc qui ne sert à rien.

Highslide JS

L’iPad n’est pas un ordinateur multitâche: c’est un vague netbook limité, pas vraiment mobile à moins d’avoir un pantalon avec une poche kangourou solide, une bonne ceinture et des bretelles maousses. C’est un outil supplémentaire de consommation de contenu et de divertissement, en aucun cas de bureautique ou de création. Un détail parmi d'autres pour s’en convaincre, le clavier tactile, genre d’outil gadget qui vous ramène droit à la préhistoire des machines à écrire et aux vieux bâtonnets de corrector.

C’est un lecteur de livres électroniques sans réelle avancée qui n’est pas adapté aux séances de lecture prolongées. Je n'argumenterai pas d'ailleurs sur l'intérêt bien mineur de ce type de machines.

Fermé sur lui-même, il n'accepte toujours par le format Flash, les applications doivent provenir de l'AppleStore et de lui seul, il n'offre pas de port USB ou SD et iTunes est présent à tous les étages.

Encore un outil bâtard, qui n'apporte rien de neuf et dont le lancement a été savamment orchestré en utilisant les bonnes vielles techniques de rassemblements des masses pendant lesquels on chauffe à blanc le public durant des heures avant de lâcher dans le stade le dictateur pour qu'il abreuve les foules déjà conquises du message messianique propre à galvaniser leur esprit de meute.

Je brûle cependant d’impatience de voir les reportages de nos chers journaux télévisés montrant, tout autour de la planète, les files de zinzins éberlués ayant fait la queue la nuit durant avant de se ruer enfin, le volet de fer à peine soulevé, comme des toxicomanes en manque, sur les rayons des officines proposant le produit addictif et brandir enfin, irradiés de bonheur, la tablette d’Apple qu’ils ont pu arracher des mains des autres membres affamés de la secte de la pomme, comme une tablette de Soleil Vert.


Lien "Tu chambres à air" fourni par un commentateur apparaissant parfois sous le pseudonyme de "Un lecteur mécontent". Les dialogues jouent sur différents sens du mot "Pad" en anglais dont vous pouvez imaginer ceux choisis dans la liste qui suit: coussinet, serviette hygiénique, tampon, protège-cheville, jambière, bloc de papier à lettres, bloc-note, tampon encreur, feuille de nénuphar, piaule. A noter aussi une histoire de pomme et de pêche que ma piètre connaissance de l'anglais me pousse à imaginer comme une allusion graveleuse qui n'a probablement pas lieu d'être.

jeudi 21 janvier 2010

Le Biduloscope Alternatif







Afficher une vue complète de la machine

S
uite à la consultation studieuse d’un lien proposé dans le billet antérieur, j’ai constaté qu’un nombre de brevets impressionnant avait été déposé pour des dispositifs variés, ancêtres du cinématographe: le thaumatrope, le phénakistiscope, le zootrope, plusieurs déclinaisons du praxinoscope, le tachyscope, le théâtre optique et enfin le kinétoscope. Autant de procédés pouvant servir à recréer l’illusion du mouvement à partir d’images peintes ou plus rarement, photographiques. A noter que le "Théâtre optique", breveté en 1888 par Émile Reynaud a été utilisé devant le public du musée Grévin le 28 octobre 1892 (3 ans avant le cinéma) pour projeter le premier dessin animé du monde ("Pauvre Pierrot").

Voici le challenge que s’est imposé le rédacteur de ce blog, en accord avec lui-même parce que pas encore totalement schizophrène: utiliser une bande de zootrope glanée sur la toile et inventer une nouvelle technique loufoque de visionnement "made in Mansarde" présentée dans deux animations Flash de belle facture !
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Au lieu, comme dans un zootrope classique, de positionner la bande - astucieusement et finement illustrée d’une ribambelle drolatique savante par un graphiste mutin - à l’intérieur du cylindre rotatif mais couinant de l’appareil inventé par Joseph Plateau en 1836, j’ai décidé, parce que tel est mon bon plaisir, de l’insérer dans la glissière, taillée au burin par mes pauvres mains, d’une barrette en platine iridié crantée actionnée par une roue elle-même crantée à rotation intermittente pilotée par un inverseur électricomécanoanimalier subtil.

J'avais baptisé ma machine dans un premier temps: «boxiphénoménule à pédale ping pong pedibus fissa mobilis». Cette pièce de mécanique digne de l'ouvrage d’un meilleur ouvrier de France, quand elle ne vous explose pas à la tête, crée un phénomène animé d’effet tout aussi grandiose, voire époustouflant, que celui de la machine originale du Joseph. La mienne étant mue grâce à l’énergie électrique obtenue par les triceps suraux d’athlètes entrainés actionnant la pédale d’une machine à coudre Singer de première génération «Belle Époque» couplée à une dynamo, je vous estime capable, cher lecteur ou lectrice, de comprendre aisément l’étymologie du nom initial. Par soucis d’économie d’encre et de papier, j’ai décidé de lui donner un second nom de baptême: «Le Biduloscope Alternatif». Une étude d’impact du choix optimum du nom de marque sur un panel de deux clients potentiels, dont un s’est désisté en dernière minute, m’a conforté dans mon revirement.

Remarque : « Il faut vraiment n’avoir que ça à faire ! »

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BONUS: le Phénakistiscope de la Mansarde version 3
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lundi 18 janvier 2010

Tomasi et cie

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J’étais en train de ranger mon projecteur super 8 Go-Go Gadget-o-stroboscope: un des nombreux essais du laboratoire en recherches avancées de ma chambre, en cette année 1971. Le sous voltage tout bonnement génial de l’appareil m’avait permis d’obtenir la vitesse de rotation du volant d’obturation ad hoc pour faire merveille à la soirée dansante que j’avais organisée à la Maison des Jeunes de mon quartier. La machine stroboscopique de dernière génération avait en plus un gros potentiel de dépistage précoce des sujets ayant une propension aux crises d’épilepsie. Celle-ci tirait à sa fin : la soirée dansante plus que la machine, la Maison des Jeunes ou une quelconque crise d’épilepsie.

Jimmy Page déboula en fanfare à cette heure tardive comme il en avait l’art, l’habitude et le secret, dans l'ordre qu'on veut. Juste un peu plus nerveux qu’à l’accoutumée, c’est tout. Cet ersatz du Tomasi de mon adolescence du film de Cédric Klapisch, «Le Péril jeune», brandissait un vinyle: le dernier Led Zeppelin. On disait Led Zeppelin à l’époque, et pas Led Zep ou Zep, parce qu’on avait tout notre temps et que la mode n’était pas encore aux raccourcis clavier. C’était l’album sans nom, l’hermite, le Zoso, ou plus bêtement l’album IV pour faire simple et devenir consensuel. Sapé comme un milord, blazer bleu marine, pantalon gris, chemise blanche et foulard Brett Sinclair autour du cou, «Ta Majesté» dans «Amicalement vôtre», histoire de donner dans la provoc, domaine dans lequel il était passé maître, s’improvisa illico disc-jockey pour me convaincre de la puissance de feu inouïe de l’arme de quatrième catégorie qu’il venait de débusquer dans l’après-midi chez le disquaire du coin sans avoir à remplir le formulaire officiel de demande de port d’arme en Préfecture. Allez savoir pourquoi, il avait flashé essentiellement sur le titre «When the Levee Breaks» de l’album au mépris des autres titres qui ont plus contribué que celui-ci à rendre cet album célèbre?

Le zombi se mettait en transes à chaque solo de Page du morceau en question. Il mimait alors sur le manche imaginaire d’une guitare virtuelle les successions d’accords, de quintes et de quartes comme dirait plus tard Gainsbourg, tout en prenant des poses acrobatiques du plus bel effet, aptes à faire tomber ses groupies en pâmoison. Jimmy Page, le faux, nous lui avions donné ce sobriquet au vu de son adulation sans borne pour le guitariste du groupe, le vrai, y alla une fois de plus de sa propagande totalitaire en martelant le dogme princeps de son programme d’assujettissement de masses laborieuses : «Il n’y a que les cons qui peuvent prétendre que ce n’est pas le meilleur guitariste de la Walhalla. Celui qui a assassiné Mozart à grands coups de riffs, histoire qu’on ne nous casse plus les couilles avec ce soi-disant génie de la musique qui ne connaissait même pas l’électricité. »

Tout contradicteur laissant entrevoir une once de scepticisme ou l’ébauche d’une allusion dubitative tombait immédiatement sous le coup d’outrage à spécialiste dans l’exercice de ses fonctions. Le copain qui m’aidait à ranger le matériel, fin psychanalyste devant l'Éternel, m’affirma qu’il était toujours à l’ordre du jour de ne jamais contrarier les fous. C’est sûr, Jimmy avait un léger grain. Un codon avait du trinquer en plein cross over d’une méiose. On s’en foutait complètement. L’époque était plus à la recherche de spécimens aux mutations saugrenues capables de sauver l’espèce en cas de variations soudaines du milieu. Pour Jimmy, fallait plutôt imaginer un cataclysme, genre météorite ayant entrainé la disparition des dinosaures et d’une foultitude d’espèces, pour lui accorder une quelconque vertu salvatrice sur la dite-espèce qui ne pouvait payer cet exploit qu’au prix fort avec un pareil survivant.

La post adolescence est la période durant laquelle s’affine théoriquement les connaissances de l’individu sur sa propre sexualité et celle du sexe opposé. Jimmy n’échappait pas au grand travail de débroussaillage, au pas de charge, il faut le dire, et de manière assez brouillonne. Anne-Marie, ma promise du moment, venait de m’embrasser ostensiblement et goulûment en sa présence, en guise d’adieu:
- Tu ne veux pas que je te raccompagne ?
- Non, je dois rentrer avec Blandine qui va me passer des cours. On prépare le bac blanc de la semaine prochaine.
- Et moi, je sens le gaz, dit Jimmy Tomasi dès qu’elle eut tourné le dos. On dirait qu’elle me snobe ton égérie. Tu t’emmerdes pas, mon coco. Elle a une paire de niches et un cul d’enfer !
- C’est vrai, je la sens un peu distante depuis quelques temps avec toi. Faut dire que t’es pas génial dans l’art du compliment à la jeune fille de bonne famille. Que tu lui aies signalé dernièrement qu’elle était tellement bandante que chaque fois que tu la voyais danser le rock tu devais aller t’achever aux chiottes ne l’a pas totalement emballée.
- Merde, elle t’a dit ça ! C’est une vraie balance. La révolution sexuelle, c’est une connerie de journalistes concernant les nanas de la génération. T’as encore une heure? On va faire la fermeture de l’Excel. Faut que je te lise la lettre enflammée de ma dernière conquête!

On constatera que Jimmy était un romantique intégriste, amoureux du beau style, apôtre du tact dans toute sa quintessence, de la bienséance absolue et de la galanterie fine. Avec le recul, on pouvait lui trouver quelques circonstances atténuantes. Des parents parisiens friqués l’avaient laissé, lui et sa sœur ainée inscrits en fac de lettre à Nancy, dans un somptueux appartement nancéen pour parfaire en solo leurs éducations, aidés qu’ils estimaient par leur feu roulant de chèques qu'ils leur adressaient ne pouvant, comme tout bon psychologue vous le dirait, que favoriser leur maturation mentale et parfaire la technique d’autruches de leurs chers géniteurs. Alors que je fermais le local, Alain T., un copain de lycée débarqua en vedette américaine.

- J’ai pas du bien lire le horaires de la soirée...
- Effectivement. Pour la première fois où tu me fais l'honneur de répondre à une de mes invitations, tu loupes lamentablement le créneau. On va à l’Excel, tu viens avec nous? Jimmy Page, un dandy de triste réputation... Alain, la coqueluche de ces dames, futur étudiant au CREPS de Nancy. Me voilà donc en bien gracieuse compagnie !
- Arrête tes vannes ! Je ne suis pas admis. Mes performances sportives au bac n’ont pas été suffisantes pour qu'ils macceptent.
- Alors, raison de plus pour venir avec nous noyer ton chagrin à grands coups de diabolos !

Alain T., c’était le type né trop tard pour servir de modèle au sculpteur de l’Apollon du Belvédère. Un physique à ramasser les nymphettes à la petite cuillère sur son passage, doublé d’un charme et d’une gentillesse (faudrait peut-être écrire triplé) qui faisaient bien comprendre que le Liberté, Égalité, Fraternité écrit au fronton de la République devrait se passer de virgules au profit de points. Surtout "Égalité point". Son charme opérait aussi sur les garçons quelle que soit leur orientation sexuelle. Jimmy la ferma pendant une bonne partie du trajet dans la 404 familiale, c'est tout dire. Arrivés au célèbre café nancéen, et à peine installés autour d’une table, le charme finit malheureusement par se rompre. Jimmy nous déballa sa lettre et se mit à nous la lire à haute voix. Je vous passe les détails, mais l’idée directrice de la missive était que la jeune éprise, refusait tout commerce charnel avant une demande en mariage officielle de son troubadour. Un classique de ce début de décennie.

- Merde ! Plus elles sont moches, plus elles font du chichi. Tu la connais toi. Elle a un cul de porte-avions et des lunettes de myope qu’on pourrait utiliser dans un télescope. Pas étonnant qu’elle se soit inscrite à une école d’opticiens. Toi qui viens d'entrer en Médecine, t’as dû lire que les filles qui baisent pas grossissent en plus comme des éponges dès qu’elles s’y mettent? Il paraît que le sperme ça les fait grossir. Surtout quand elles avalent.

Alain me regardait d’un œil goguenard, du style où t’as dégoté un sbire pareil, t’as mis la main sur le chaînon manquant ? Lui que j’avais connu toujours sur la réserve, laissa tomber du lourd.

- Vu le descriptif que t’en fais et tes théories sur l’obésité, faudrait mieux éviter de chercher à l’enculer ton porte-avions à bésicles !

Fou rire général de la chambrée des bidasses en folie. Je commençais à plonger sous la table. Je venais de repérer dans l’établissement, se dirigeant droit vers moi, Fabienne, une fille inscrite en prépa qui me poursuivait à mon corps défendant de ses assiduités depuis quelques mois. Je croyais avoir coupé court à son harcèlement en lui apprenant que j’étais en main et qu’il n’était pas bon d’éparpiller ses choix d’objets amoureux pour sa quiétude morale.

- Je venais de t’écrire une lettre que du coup je te remets en main propre pour économiser un timbre ! Le ton était sec et cassant. Elle fila immédiatement, sa courte mais éloquente tirade envoyée.
- Le courrier tombe dru en cette saison des fêtes, continua à persifler notre Adonis. On va avoir droit à une autre belle page d’écriture ?
- Stop, les gars, c’est pas mon style! J’ai pas l’impudeur chevillée au corps comme ce soudard de bas-étage qui étale sa correspondance intime en place de Grève.
- Et l’autre qui nous fait sa chochotte ! Si t’as rompu les vœux de fiançailles imaginaires avec la belle Fabienne, moi je suis preneur. Faut en laisser un peu aux copains, mon salaud !

Jimmy s'évertuait à mitrailler toute fille qui bougeait une oreille dans sa ligne de mire. Au point de se demander s’il maîtrisait vraiment son affaire avec elles et qu’il n’allait pas être bientôt victime d’un éléphantiasis testiculaire, rapport à sa théorie sur les désordres hormonaux sexuels suivis d'une répartition atypique des masses adipeuses. Nous étions blottis douillettement au sein des Trente Glorieuses durant lesquelles la jeunesse me semblait jouir d'une légèreté d’esprit bien éloignée de celle de la génération actuelle, angoissée par l’entrée périlleuse et complexe dans la vie active alors que nous faisions pathétiquement tout notre possible pour reculer l’échéance en direction d’un futur en perpétuelle expansion. Bon, pour les centres d'intérêts philosophiques, il n'y a pas de grosses différences.

Quelques années après cet épisode, j’ai revu Jimmy qui avait disparu de la circulation un sacré bail. Métamorphosé en Mahavishnu, le loustic. Le foulard autour de la tête cette fois, une barbe à la Lennon, prônant désormais le retour salvateur aux vertus intangibles de la religiosité, échappé probablement d’une secte qui ne fumait pas que des Gauloises. Alain T., lui, deux ans plus tôt, s’était engagé prestement aux P.T.T pour nourrir la famille qu’il avait trop hâtivement constituée suite à un dérapage sans contraception avec une fille bien quelconque. Quant à moi, la lettre de mon amoureuse transie, que mon honnêteté de faux cul avait éconduite j'imaginais en douceur pour la préserver, elle m’apprenait qu’elle allait s’ouvrir les veines dans l’heure qui allait suivre. Geste théâtral, heureusement sans conséquences dramatiques pour tous, mais qui commença à sonner le glas de la soutenable légèreté de l’être que tentait de laisser imaginer cette époque.

J’ai vu passer en ces temps reculés un nombre de météorites digne de la grande nuit des étoiles. Des utopistes de compétition, des glandeurs olympiques, des braques de haut-rang, des perdants magnifiques, des champions de la déconne. La nostalgie serait, paraît-il, un poison dangereux? Le fracas des illusions sur les rochers massifs de la dure réalité, doit nous en convaincre. Mais quelle époque jubilatoire, tout de même. Sans doute sublimée par la lumière trompeuse qui irise classiquement les adolescences. Mais le tonton flingueur qui sommeille en moi me pousse à avancer cette remarque: « Vous avez beau dire, y'avait pas seulement que de la pomme, y'avait aut'chose. Ça serait pas dès fois de la belle insouciance, hein ? ».





vendredi 15 janvier 2010

Brazil

Highslide JS

Brazil est un film britannique de science-fiction réalisé par Terry Gilliam, sorti en 1985.


Genèse de Brazil


La séquence d'ouverture de quinze minutes du film «Le Sens de la vie» , satire brillante sur un groupe de vieux fonctionnaires qui déclenchent une mutinerie contre leurs superviseurs, de l'ex Monty Python, Terry Gilliam, réalise un préambule à son film culte: Brazil. Baroque, postmoderne, néo-expressionniste, Brazil brosse un univers sombre, oppressant et fourmillant de détails que l'on retrouve dans d'autres œuvres du réalisateur telles que «Bandits», «Jabberwocky» ou encore «L'Armée des douze singes».

Le titre

Contrairement à ce que son titre pourrait laisser supposer, le film ne montre pas de lien direct et explicite avec le Brésil. Il s'agirait toutefois du pays de provenance de l'insecte brouillant les pistes entre Buttle et Tuttle à son début. L'idée originale de la séquence d'ouverture consistait à suivre le vol d'un insecte à partir d'une forêt brésilienne rasée par d'énormes scies mécaniques, avant de finir écrasé sur le mur d'un bureau du Ministère de l'Information (M.O.I.), entraînant la réaction en chaîne kafkaïenne que nous connaissons. Cette scène compliquée a dû être abandonnée par Gilliam afin de respecter son budget.

Voici l'explication de Gilliam : «La première idée de Brazil, c'est une image. Je faisais du repérage au pays de Galles en vue du tournage de Jabberwocky, et je visitais une petite ville industrielle avec des aciéries. Une ville horrible dans une région minière. La plage était complètement noire, à cause de la poussière de charbon. C'était tellement noir qu'on se serait cru à la tombée de la nuit. Je suis allé sur la plage, une sorte de décharge publique, et j'ai vu un homme assis seul, avec un transistor, passant d'une station à l'autre et tombant par hasard sur le thème «Brazil» [de Ary Barroso]. Un rythme semblable n'existe pas dans son monde. De toute sa vie, cet homme n'avait jamais écouté une musique pareille, entraînante, romantique, gaie, syncopée et évocatrice d'évasion latine, suggérant qu'au-delà des tours d'aciers et des gratte-ciel se trouve un monde luxuriant et paisible. Parce que cette musique l'obsède, elle change sa vie. Pour cette raison, je tenais à ce que le titre du film soit celui de cette chanson. »

L’idée fondatrice

« De prime abord, raconte Gilliam, Brazil s'intéresse à un fonctionnaire sans histoire, Sam Lowry, qui travaille au sein d'une énorme machine bureaucratique, le Ministère de l'Information, dont il devient rapidement la victime. C'est aussi l'histoire de quelqu'un qui ne prend pas la réalité au sérieux et qui perd trop de temps à rêver. »

Les références et influences du film

1984, de George Orwell : durant l'année 1984, un véritable déluge d'articles, livres, entrevues et discours ont été voués aux visées prophétiques de George Orwell et de son classique littéraire, écrit en 1948. Dans ce contexte, il n'était pas surprenant de voir une seconde adaptation cinématographique, signée Michael Radford, prendre l'affiche.

«Ils ont fait une grosse erreur avec 1984, affirme Gilliam. Nous y sommes en 1984, et ce qu'ils nous montrent n'a strictement rien à voir avec la réalité que nous vivons aujourd'hui. En fait, ils auraient dû appeler ça 1984 ½ ! J'ai eu peur qu'ils fassent la même chose que nous. Brazil est sur aujourd'hui, 1984 sur 1948. Ce qui m'ennuie dans le film de Radford, c'est que la technologie est absurde. Celle de Brazil ne fonctionne peut-être pas, mais elle correspond à l'époque et a une signification. »

Ainsi, Brazil se présente-t-il comme une admirable interprétation postmoderne des visées prophétiques de George Orwell. On y retrouve l'aspect dictatorial d'un empire bureaucratique auquel Sam Lowry, personnage principal, se trouve confronté. Alors qu'il se révolte progressivement contre le système — ce qui se traduit par le réalisme et la brutalité de plus en plus exacerbée de ses rêves —, il suit la trace de la femme qui le hante, Jill, qui se révèle être un personnage plutôt insoumis et irrévérencieux. C'est cette quête de la réalité qui éloignera Sam de l'illusoire ambition bureaucratique et lui opposera une prise de conscience et de recul dans la découverte de choses simples et fondamentales.

À l'instar de 1984, Brazil aborde donc la problématique de la responsabilité individuelle dans un système totalitaire. La réplique lancée par l'ami tortionnaire de Sam Lowry, «Ne rends pas les choses plus compliquées que ce qu'elles sont», est à ce sujet fort éloquente. L'atmosphère générale qui se dégage du film qui prête souvent à sourire, vu l'absurdité des situations montrées et le jeu des acteurs (par exemple, l'intervention des plombiers des Services centraux, ou celle de Harry Tuttle) , est toutefois très différente de celle du livre. Alors que le 1984 de Radford suit de très près la veine littéraire d'Orwell, Brazil prend des libertés, des distances, et laisse entrevoir d'autres influences.

Même si le style de Gilliam est hautement personnel et maîtrisé, l'influence de ses pairs, parmi lesquels les incontournables Eisenstein, Kurosawa, Hitchcock et Kubrick, n'est pas absente au sein de son œuvre. Également influencé par d'autres formes artistiques, Brazil emprunte en littérature aux Franz Kafka, Frank Capra, Walter Mitty, Jonathan Swift et Jules Verne, empiétant également du côté de la peinture avec les Dali, Brueghel, Bosch, Magritte, Escher, Rembrandt et même Tenniel, l'illustrateur de Alice au Pays des Merveilles.

Pieter Brueghel l'Ancien : les tableaux du célèbre peintre flamand ont grandement influencé Gilliam dans la conception esthétique de Brazil. «La peinture abstraite, affirme le réalisateur, est devenue quelque chose qui traite de la peinture, comme une sorte de maniérisme. Alors que l'art traite de la vie et du réel, l'abstrait ne traite de rien. C'est pourquoi j'aime Brueghel : il y a tant d'humanité dans chacun de ses détails. Chaque personnage est unique et fait quelque chose de particulier. Le tableau peut avoir pour sujet un grand événement, comme la Crucifixion, mais à l'arrière-plan, il y a toujours quelqu'un faisant quelque chose. Il y a plus de vie là-dedans que dans des rectangles et des carrés. Regarder la réalité est plus intéressant. »

Don Quichotte de Cervantes : particulièrement par le symbolisme utilisé lors des séquences de combat oniriques de Sam Lowry, et plus généralement dans sa quête de plus en plus fervente d'un rêve perdu au milieu d'un monde gouverné par la bureaucratie. Gilliam tentera une adaptation cinématographique de cette œuvre quinze ans plus tard.

Ce qui se passa sur le pont de Owl Creek, d'Ambrose Bierce : le cerveau de Sam Lowry se réfugiant dans ses songes pour se protéger de la torture, il s'imagine être sauvé par son bienfaiteur Tuttle. Le phénomène n'est pas sans rappeler celui décrit dans la célèbre nouvelle «Ce qui se passa sur le pont de Owl Creek» d'Ambrose Bierce, où un homme condamné à la pendaison trouve dans le rêve une occasion de s'évader. Dans Brazil, cette scène devient un pivot narratif important, faisant converger le récit vers une conclusion troublante, dans laquelle rêve et réalité se confondent dans une extraordinaire maîtrise de la mise en scène.

Le Procès de Kafka : au même titre que la plupart des films de Terry Gilliam, Brazil traite, par une richesse de tons parfois déstabilisante (mêlant poésie, cynisme et humour absurde), de l'intimité du rapport entre le rêve et la réalité, ici mis en exergue par celui de l'individu face au système. C'est pourquoi il est aussi possible de rapprocher Brazil du Procès de Kafka, notamment par l'absurdité progressive des situations opposant Sam Lowry à un ordre apparaissant comme à la fois insolite et terrifiant. On peut également noter de nombreuses similitudes, tant dans l'esthétique et les motifs que dans les techniques employées, entre Brazil et Le Procès, film d'Orson Welles adapté du Procès de Kafka.

Le Cuirassé Potemkine, de S. M. Eisenstein : lorsque Tuttle et Lowry tentent de s'enfuir du Ministère de l'Information, Gilliam en profite pour faire allusion à la fameuse tuerie du Cuirassé Potemkine, un appel viscéral à la révolte contre l'autorité. Dans cette scène, un aspirateur est substitué au landau du bébé, les troupes de force descendent les marches du M.O.I. comme les soldats du Potemkine celles d'Odessa, puis une femme reçoit un projectile en plein centre de ses lunettes, sans qu'aucun son ne sorte de sa bouche, le réalisateur faisant ainsi appel à un silence vocal bien caractéristique des débuts du cinéma, totalement justifié dans le contexte de cette scène.

Metropolis, de Fritz Lang : les décors de Brazil — qui n'ont pas échappé à l'influence de ceux d'Otto Hunte dans Metropolis — comportent une structure tubulaire omniprésente. «Je suis obsédé par les viscères, mécaniques ou organiques, et j'ai toujours été fasciné par le fonctionnement interne des choses, précise Gilliam. J'aime cette idée que " Central Services " comble tous nos besoins, et que chacun accepte de voir cette structure envahir sa demeure pour avoir accès à ses services. »

Le Triomphe de la volonté, de Leni Riefenstahl : dès l'ouverture de son film, Terry Gilliam nous situe : « 8 h 49. Quelque part dans le vingtième siècle... », indication superposée sur un ciel nuageux dans lequel « flotte » littéralement la caméra, allusion au célèbre film de propagande de Leni Riefenstahl.

Les Sept Samouraïs, d'Akira Kurosawa : dans la version européenne du film, la séquence du samouraï se déroule en continuité en une longue séquence a contrario de la version américaine divisée en trois parties distinctes. Le samouraï est une référence, un hommage indirect à Akira Kurosawa, un des maîtres de Gilliam, et aussi un clin d'œil ironique à la haute technologie qui provient souvent du Japon.

Les Sentiers de la gloire, de Stanley Kubrick : l'une des scènes clés du film s'ouvre sur un impressionnant mouvement de caméra dans le lieu de travail de Sam Lowry, où virevoltent dossiers et formulaires et où s'agitent en tous sens une foule de bureaucrates. Cette scène, tournée dans une usine de farine abandonnée du Royal Victorian Docts à Londres serait, nous dit Gilliam, « un hommage à Stanley Kubrick, qui a utilisé ce genre de travelling pour traverser les tranchées du champ de bataille dans Paths of Glory. »

Sueurs froides, d'Alfred Hitchcock : le plan où Sam plonge dans le cercueil de Mrs Terrain ressemble en tous points à la chute de James Stewart dans Sueurs froides (Vertigo). Filmé contre un écran bleu troqué par le décor en post-production, ce plan répond une fois de plus au conflit entre le rêve et la réalité exploré par Gilliam.

Psychose, d'Alfred Hitchcock : la scène montrant Jill lors de l'arrestation de Buttle rappelle singulièrement la fameuse scène de la douche de Psychose, à plusieurs titres : Le décor, une salle de bain avec baignoire et carreaux blancs, est similaire, tandis que le personnage de Jill présente une certaine ressemblance physique avec celui de Marion Crane - elle pourrait en être une version dégradée. Dans le film que regarde Jill ("Les noix de coco" des Marx Brothers) on peut entendre une réplique "we have no vacancies ... but we've got plenty of rooms", qui pourrait être un écho de plus au contexte et aux dialogues du film d'Hitchcock. L'apparition d'une silhouette dans un miroir, et surtout la musique faite d'une répétition similaire d'accords stridents, complètent cette référence et hommage au maître du suspense. Les attentes du spectateur sont cependant détournées de manière presque comique, puisque ça n'est pas à la jeune femme que l'on s'attaque, mais à la famille vivant au-dessous.

Conflit avec Universal

La fin du tournage a vu un conflit entre Terry Gilliam et ses producteurs, notamment Sidney Sheinberg (à l'époque à la tête d’Universal), qui souhaitait des changements radicaux dans la structure du film. Gilliam explique : «Quelqu'un suggérait de finir le film lorsque Sam et Jill vont au lit ensemble, puis s'envolent vers le ciel... Un autre proposait de finir lorsque Sam et Tuttle font exploser l'édifice du Ministère de l'Information, ce qui aurait fait de Brazil un film de vengeance à la Rambo. Les gens d’Universal ne savaient pas ce qu'était Brazil. Ils ne comprenaient pas le film. Pour eux, l'important était d'enlever tout ce qui pouvait déranger le public, en fait, tout ce qui le rendait intéressant. »

Pris dans l'engrenage de la machine à profit hollywoodienne, le réalisateur se retrouvait à son tour assis sur la chaise de torture d'une tour à bureau prenant ironiquement les allures du Ministère de l'Information ; une mise en abyme où la réalité rejoint la fiction…
Ce conflit fait désormais partie de l'histoire du cinéma et est relaté dans le documentaire «The Battle of Brazil». Pressentant qu'une démarche juridique était vouée à l'échec, Gilliam engagea une véritable bataille médiatique au cours de laquelle il organisa des projections secrètes pour les journalistes, et acheta une pleine page dans "Variety" portant simplement le message : « Dear Sid Sheinberg, when are you going to release my film “BRAZIL”?» (« Cher Sid Sheinberg, quand allez-vous sortir mon film Brazil ? »)

Gilliam joue sur le double sens de release en anglais : à la fois libérer et sortir (un film)).

Les différentes versions

Le conflit avec Universal engendre trois versions différentes du film :

1- « Love conquers all »
La version des producteurs avec une fin heureuse, d'une durée de 94 minutes.

2- La version américaine
Gilliam décide de retravailler Brazil avant sa sortie américaine en décembre 1985 et lui donne une durée de 132 minutes. À noter que le réalisateur retient alors les suggestions de Sheinberg pour modifier le début et la fin du film. La version internationale s'ouvre sans musique. La première image n'est pas le travelling dans le ciel, mais le zoom out sur le moniteur de télévision. Il se termine avec Sam sur la chaise de torture et les murs gris de la chambre comme toile de fond. Sheinberg avait dit que la fin serait plus acceptable avec des nuages à la place de ces murs. Gilliam a donc acheté des plans de ciel du producteur de L'Histoire sans fin (Neverending Story) au cas où les siens ne fonctionneraient pas. Le mouvement était spectaculaire et Gilliam était d'accord avec ces deux changements.

3- La version européenne
La version jugée finale par le réalisateur, d'une durée de 142 minutes.

Source : plagiat d'une partie de cet article de Wikipédia


mardi 12 janvier 2010

La nuit du mort vivant

Highslide JS

La Mort tenait toujours fermement le bras de Charles Brennus. Une autre femme aurait marché à ses cotés, la sensation n’aurait pas divergé d’un iota. Ils longeaient la Seine en échangeant des propos comme un couple en promenade. Les passants étaient rares au sein de cette nuit froide d’hiver. Marie Jossult, adepte du comique de répétition continuait à émailler ses propos de morceaux choisis de littérature à cent sous la brouette.

- Passer ma dernière nuit en compagnie d’un dogme métaphysique, voilà qui n’est pas banal ! Alors, vous allez m’aider à passer le Styx en bateau mouche ? demanda Charles Brennus.
- Oui, mais patience, votre dernière heure n’est pas encore arrivée et le véhicule peut être d’un tout autre genre.
- Vous me voyez ravi de ce délai. Cela me donne un peu de temps avant le coup de couteau sournois entre les omoplates. Paf, ni vu ni connu, au détour d’un coin de rue de ce voyage au bout de la nuit !
- Vous ne me semblez pas pour autant terrorisé de cette échéance inexorable. Très inhabituel lors de mes interventions officielles quand j’annonce la couleur au client !
- Quand on apprend que son heure est proche, mieux vaut déguster les derniers passages sans les altérer par un trop plein de nervosité, non ? En plus, le fait que vous m’indiquiez que j’ai droit à un traitement de faveur m’incite à éviter la panique. Ce serait de ma part une véritable faute de goût !
- Quel cran, Charles, vous avez des nerfs d’acier !
- Plus facile pour vous, hein, qui avez systématiquement l’increvable en main dans ces parties de mille bornes trafiquées que vous servez sur commande?
- Oui, c’est vrai, après les dés pipés, les cartes biseautées.
- Ce genre de coup fourré, ça manque vraiment de panache !
- Je fais mon job, un point c’est tout, mon bon Charles. Je vous l’ai déjà dit à plusieurs reprises, j’applique à la lettre les consignes du polit bourreau…
- Vous ne rigolez jamais, mais vous balancez çà et là quelques vannes de pince sans rire au col amidonné. On dit peut-être à tort : «chiant comme la mort » ! On dit aussi, vous me direz : « se faire chier comme un rat mort ». Si ça continue au même rythme, je risque d’en être l’expression incarnée.
- Patience, Charles, nous allons progressivement monter en puissance. Je dois vous conduire en un lieu où j’ai coutume d’officier. Dans vos pays modernes, la mort est dissimulée aux yeux de la plupart derrière les murs épais d’établissements spécialisés. Jugée probablement par trop inesthétique comme spectacle dans votre nouvelle culture du déni où tout doit vous pousser à vous croire immortels.
- Pour oublier la mort, nous avons inventé les supermarchés. On chante et danse, les yeux aux nues, l’esprit en transe dans leurs allées multicolores fleuries de beaux produits emballés avec art et science par les dieux du marketing. Notre caddy bourré de toutes ces merveilles, comment ne pas se sentir invulnérable, aux antipodes de la désespérance.
- Moi, je vous emmène dans un tout autre supermarché.

Au milieu de la Seine, sur l’île de la Cité, ils voyaient désormais parfaitement Notre Dame de Paris illuminée. Charles amena Marie Jossult à s’accouder avec lui à un parapet.

Highslide JS- Bien que l’arrivée des religions monothéistes ait considérablement appauvri la pensée européenne, les supermarchés du Moyen-âge avaient tout de même une autre gueule. La grande symbolique du chiffre trois dans la religion chrétienne: la crypte et son monde souterrain ; les murs et le sol, l'espace des hommes ; les flèches et tours, le monde divin. De telle sorte que l'harmonie universelle soit conservée. Il circule sur beaucoup de cathédrales et même sur les églises ordinaires, toutes sortes d'indications prétendues symboliques concernant l'orientation générale des bâtiments. Tantôt, il s'agit de la direction du soleil levant du 15 août, tantôt de la direction de Jérusalem, ou encore, du Mont-Saint-Michel ou de Chartes. Si, en théorie, la symbolique d'une église chrétienne s'appuie sur l'axe astronomique Est-Ouest et que l'Est soit le rappel du soleil levant, image du Christ ressuscité, la direction de la Vie nouvelle, et que par opposition, l'Ouest soit la Mort, le Mal, le Péché, ces orientations sont particulièrement évidentes dans les baptistères anciens, en pratique, l'orientation d'une église dépend essentiellement des conditions de sa construction. Ainsi, à Reims, les Évêques de l'époque ont utilisé des bâtiments gallo-romains préexistants. Il devient évident que l'orientation actuelle ne peut que suivre un antécédent pré-chrétien, et il est alors vain de chercher une explication liée à une liturgie chrétienne. La symbolisation des églises et de la liturgie qui s'y déroule est donc assez souvent approximative : l'orientation d'une église consiste à placer la porte d'entrée au bout qui se trouve le plus à l'ouest, et le chœur vers l'extrémité inverse. Lorsque, rarement, cette disposition est inversée, on dit que l'église est "occidentée", mais les raisons de cette disposition nous échappent généralement. A chacun son quart d’heure culturel. A vous l’Italie, à moi la France pour tenter d’épater l’interlocuteur !
- Et vous me placeriez sans hésiter au milieu des gargouilles sur ce genre de bâtiments ?
- Ce n'est guère que vers le commencement du XIIIe siècle que l'on plaça des chéneaux et, par suite, des gargouilles (ou gargolles, guivres, canons, lanceurs) à la chute des combles pour évacuer l’eau des toits. Le Mal représentant le «pire ennemi» dans la religion chrétienne, il fallait trouver un moyen d'éloigner celui-ci des églises, les Maisons de Dieu. Les gargouilles ont ce but appréciable de faireHighslide JS fuir tout esprit malin ou être démoniaque, selon l'époque. Elles étaient les gardiens du Bien, et par extension des églises. Leur aspect terrifiant servait à rappeler à l'hérétique, au non-chrétien, aux ennemis de Dieu dans leur ensemble que la protection divine était déjà sur le bâtiment. La légende raconte que les gargouilles hurlaient à l'approche du Mal, qu'il soit visible (sorciers, magiciens, démons incarné) ou invisible. Le vent sifflant dans les arches des Églises. Une employée qui fait son job ne doit pas avoir droit de siège sur la toiture ? Mais mon discours s’éternise et vous semblez vous impatienter.
- Oui, mon sablier m’indique qu’il est temps de revêtir ma cape et de me munir de ma faux pour partir vers la Pitié-Salpêtrière. Fragile mortel, vous ne disposez malheureusement pas de l’éternité.

Même à une heure aussi avancée de cette nuit d’hiver, le bâtiment restait une véritable ruche dans laquelle on pouvait entrer comme dans un moulin. Marie J semblait connaître les moindres recoins du bâtiment et se déplaçait dans ce dédale en experte. Elle connaissait même le code d’accès à l’internat où elle le fit entrer pour le conduire au vestiaire des médecins. Elle demanda à Charles de passer une blouse badgée et de s’emparer d’un stéthoscope abandonné sur une étagère. Il le porterait autour du coup, comme dans les feuilletons américains, pour faire Docteur. Elle fit de même. Ressortis du local déserté un temps par l’équipe de garde probablement affairée dans les étages, elle le conduisit rapidement au deuxième étage du bâtiment. Chambre 208. On s’imagine toujours qu’il faut montrer patte blanche en pénétrant dans un service. La surveillante d’étage ne leva même pas la tête lorsqu’ils passèrent devant son bureau vitré. Elle était absorbée par la lecture d’un article croustillant d’un magazine people. Ils entrèrent tous deux dans la chambre sans encombre. Un homme était en train d’y agoniser sur son lit d’hôpital, bardé de tuyauteries et entouré d’instruments médicaux de surveillance.

- Vous parliez d’un traitement de faveur. Je veux ainsi que vous teniez mon rôle cette nuit auprès de ce malade, lui glissa-t-elle à l’oreille. Je ne me rends qu’aux chevets d’humains seuls au moment de partir. Mon rôle consiste à les accompagner dans leur dernier combat. Enlevez votre blouse avant d’officier, continua-t-elle sur le même ton feutré. En cas d’entrée intempestive, une infirmière vous prendra pour un proche averti de la dégradation de l’état du patient.

Charles quitta de surcroit son air narquois. Voilà le type d’épreuve à laquelle il ne s’était jamais préparé et qui n’offrait probablement aucune échappatoire. Il avait tout de suite perçu que cet épisode faisait partie de son contrat final et qu’il était illusoire d’imaginer s’y soustraire. Dans cette partie de bras de fer engagée depuis quelques heures, il n’était pas question pour lui, en plus, de laisser supposer le moindre instant de faiblesse de sa part.

- Cet homme a un fils qui a demandé à être prévenu quand son père irait au plus mal. Il ne pourra pas arriver à temps, je le sais. La médecine moderne, n’est pas une science exacte. Parlez-lui pendant qu’il peut encore vous entendre. Je vous attendrez dans le couloir et ferez barrage du mieux possible à tout intervenant potentiel. Ils me semblent très occupés à d’autres niveaux. Ils ont de plus bien conscience qu’il ne reste plus grand chose à faire pour cet homme si ce n’est l’aider à partir avec le moins de souffrance possible, et ce n’est pas rien.

Avant de sortir, la mort augmenta un peu le débit de la pompe à morphine qui faisait partie des instruments de la chambre. L’homme paraissait bien trop souffrir actuellement pour être réceptif au moindre propos qu’on pourrait lui tenir. Charles constata effectivement dans les minutes qui suivirent un relâchement des traits du malade indiquant que son esprit semblait moins accaparé par sa lutte contre la douleur. Il en profita alors pour glisser quelques mots à cet homme dont l’âge n’était plus définissable, tant la maladie œuvré. Chacune de ses inspirations donnait l’impression qu’il allait venir à bout de son stock d’énergie résiduelle. Il parvenait cependant encore à émettre quelques mots : « Merci d’être venu me voir, Christophe, même si je ne suis pas beau à voir. ».

Il le prenait pour son fils. Cet effort colossal d’élocution creusait un peu plus son visage émacié et donnait à ses téguments l’allure d’un masque flasque disproportionné. Sous cette laideur : un homme, son passé, des passages fugitifs de souvenirs de sa brillante jeunesse. Que pouvait-il bien lui dire, alors qu’il était bien tard pour tenter de le réconforter, pour l’aider à franchir dignement le seuil ? Cela pouvait-il encore durer des heures ?
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Cette nuit, la mort allait être charitable. L’homme, au décours d’un effort ultime, posa ce qui allait être sa dernière question. A peine audible, la tête en arrière, les yeux éteints semblant fixer un lointain indéfini. Charles se pencha pour glisser quelques mots à son oreille pour y répondre. De manière étrange, le visage du mourant se décrispa légèrement au point d’ébaucher un vague sourire archaïque. Dans le quart d’heure qui allait suivre, mais qui parût à Charles une éternité, il sentit peu à peu son père de substitution tirer ses ultimes cartouches avant de rendre son dernier souffle alors que Charles lui tenait la main. Dans les secondes qui suivirent, la Mort était de nouveau dans la chambre. Charles était pâle comme un linge. Il regarda la visiteuse avec hargne:

- Boulot de merde, votre job. Vous pouvez le garder ! Était-ce bien nécessaire de m’infliger cette épreuve alors que mon tour va arriver sous peu ?
- Vous aimeriez mourir seul comme un chien ? La mort, la plupart des humains en font tout un pataquès. Elle ne surgit que l’espace d’un court instant et ne se veut que miséricorde. Pourquoi donc, dans l’usage populaire, inspire-t-elle une telle terreur ? Quittons le bâtiment, j’entends l’équipe de garde rappliquer. Si on nous trouve ici, on va se faire embarquer pour meurtre.

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Rue de l’Arbre Mort, face à l’Église Saint-Germain l’Auxerrois, Charles, encore sous le coup de ces événements dramatiques, traversa la rue comme un automate. Une moto arrivait à vive allure, remontant la rue à contre-sens. Le choc fut d’une extrême violence et il fut projeté à plusieurs mètres sur le trottoir opposé. La mort courut à son secours. On ne l’avait malheureusement pas briffée sur la soudaineté du final. Si elle arrivait trop tard, elle perdait son job, mais elle se trouvait à mille lieues de cette préoccupation. Charles ne bougeait plus. De manière étrange, aucune marque de blessure sur ses membres ou son visage. Étonnant après un pareil choc. La Mort s’entendit prononcer à voix haute quelques trémolos dans la voix :

- Merde il est mort d’un coup ! Même en fin de parcours, il était encore pressé.

Le motard un instant déséquilibré, rétablit sa course sans daigner s’arrêter. Il ne devait pas avoir la conscience tranquille pour entreprendre un pareil délit de fuite. Encore éberluée de cette fin totalement inhabituelle dans un exercice qu’elle maîtrisait pour tant en experte, la Mort vérifia à nouveau son diagnostic de croquemort:
" Il est mort et bien mort !"
- Tu as déjà vu un mort qui parle !Charles se releva d’un bond, époussetant son pantalon et sa veste.
- Ça va gueuler au polit bourreau. Une affaire pareille va remonter jusqu’à la direction. Je viens de vous faire une peur bleue ! Un coup à vous faire tomber raide !
- Mais qui êtes-vous donc à la fin ? demanda la Mort au comble de la stupéfaction et de l’effroi.
- Mon nom réel? Jesus Levia, si vous voulez, pour utiliser une anagramme comme une piètre et grandiloquente tragédienne rencontrée depuis peu. La connotation religieuse du pseudo ne me plait guère et prête à rire. Et si j’étais réellement Brennos. Brennos à la tête de mes troupes, tapi au cœur d’une forêt obscure de résineux du Massif des Vosges. Puant la cervoise et la peau de bête ? Tous se préparent à l’embuscade contre les Romains. L’odeur âcre de la peur mélangée à celle de la sueur complète la palette des exhalaisons. Certains pensent à leur famille, d’autres à l’âpreté du combat à venir. Beaucoup n’en sortiront pas vivants. On les attend, braves, morts au combat, au grand festin où ils boiront jusqu’à plus soif et feront ripaille en compagnie des dieux et des ancêtres. La terre va bientôt se couvrir de sang et l’air s’emplir des clameurs des assaillants, du tumulte de la cohue, du ferraillement des armes et des chocs des corps. C’est une belle nuit pour mourir. La Grande Faucheuse va venir de poser sur le charnier, mais Brennos s'est déjà enfuit. Brennos survit toujours. J’ai appris qu’à chaque seconde, des millions de cellules doivent mourir dans un organisme pour se voir remplacées par d’autres afin de le maintenir en vie. L’image vaut sans doute pour l’espèce. C’est le même combat qui se répète depuis la nuit des temps et Charles de sortir son "As du volant": coup fourré ! Ma tirade a du souffle, non?

La Mort était bonne perdante. Voir enfin l'éternel partenaire la réjouissait presque. Ces deux là allaient deviser jusqu’au petit matin en s’échangeant quelques tuyaux.

- Ma chère Marie, je voudrais vous poser la question qui me turlupine depuis des millénaires : «Est-ce qu’on vous a déjà… euh… ? »
- Si c’est le mot « baisée » que vous cherchez, cette nuit, par exemple, c’est fait. Voilà que vous vous mettez à penser avec votre queue.

Charles passa la main aux fesses de la Mort qui n’opposa pas le moindre mouvement de recul.

- Par Toutatis, je pense que nous allons devenir les meilleurs amis du monde.

La partie d’échec engagée ne pouvait se terminer, bien entendu, que par un nul ou un pat. Le roi ne meurt jamais aux échecs. Peu probable qu’on apprit quoi que ce soit sur l’existence ou l’absence d’un au-delà dans la suite des leurs aventures. Un peu plus sur l’origine de l’expression, la petite mort, peut-être...

- A moi de vous poser une question, Charles: « Quelle était celle de l’homme avant de mourir ? ».
- « Tu crois qu’il y a quelque chose de l’autre coté ? ».
- Et vous avez répondu ?
- « Oui, la chambre 209 ».
- Vous pensez vraiment que c’était la réponse qu’il avait envie d’entendre !
- Je ne sais pas, mais j’ai cru le voir sourire.

Pierre TOSI - Janvier 2010

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Cette nouvelle fait suite à celle-ci

mercredi 6 janvier 2010

Ginkgo biloba

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Synonymes français : Arbre à noix, Arbre des pagodes, Arbre aux quarante écus, Arbre aux mille écus.

Description : ce curieux arbre au destin remarquable est l’unique survivant d’une famille ayant connue son apogée à l’ère secondaire, il y a environ 150 à 190 millions d’années. Découvert au Japon à la fin du XVII° siècle, il a été retrouvé, plus tard, à l’état spontané en bosquets, dans la province du Chê-kiang en Chine à proximité d’anciens temples.

Espèce dioïque (arbres mâles et femelles), à feuilles caduques, atteignant 30 à 40 mètres de hauteur. Les individus mâles possèdent des branches obliques, dressées, constituant une cime arrondie, tandis que les sujets femelles ont des branches étalées formant un houppier pyramidal à cime conique.

Feuilles en forme d’éventail, échancrées ou non à l’apex, assez longuement pétiolées, à nervation parallèle.

Fruit drupacé ovoïde, ressemblant à une prune de 2 à 3cm de longueur devenant jaune à maturité et dégageant une odeur désagréable, d’où le fœtida apposé en troisième position dans la classification taxonomique. C’est pour cela que les variétés mâles sont beaucoup plus présentes dans nos parcs.

Intérêt : espèce ornementale au feuillage remarquable en automne, époque à laquelle il vire au jaune intense. Quelques plantations importantes dans le sud-ouest de la France, où il est cultivé pour ses feuilles utilisées dans la fabrication du «Tanakan», soluté prescrit dans les cas d’insuffisance circulatoire cérébrale. C’est la présence de flavonoïdes dans les feuilles qui confère ce pouvoir antioxydant. De plus, cet arbre est particulièrement résistant à la pollution urbaine et n'a pas d'ennemis parasitaires connus.

Anecdotes :

Carl von Linné a suivi la notation ginkgo faite par Engelbert Kaempfer dans son livre "Amoenitates exoticae" publié en 1712. Cette notation est également présente dans les notes manuscrites de Kaempfer, ce qui exclut une erreur de typographie. Kaempfer aurait dû écrire «ginkjo» ou « ginkio » avec un «j» ou un «i» pour être cohérent avec les autres mots japonais qu'il écrivait. La romanisation Hepburn qui utilise un «y», et transcrit «ginkyō» l'ancienne lecture japonaise, ne fut inventée que beaucoup plus tard, en 1887. L'utilisation de la lettre «g» par Kaempfer demeure donc inexpliquée.

Le mot biloba vient quant à lui de la forme caractéristique des feuilles, fendues en deux lobes.

Le nom d’«arbre aux quarante écus» vient du fait que le botaniste français, M. de Pétigny, a acheté, en 1788, 5 plants de ginkgo à un botaniste anglais pour la somme considérable de 200 livres, soit 40 écus d’or.

L’autre nom d’«arbre aux mille écus» est aussi expliqué par l’aspect de ses feuilles qui deviennent jaunes dorées à l’automne et forment comme un tapis d’or à ses pieds.

Sources: Guide Vert - SOLAR; Wikipédia


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dimanche 3 janvier 2010

Who's Who







Version 1.3 du player mis au point par l'équipe de nuit de recherche en ergonomie du Blog-notes de la Mansarde. Le Picon bière a coulé à flots. Le poulet a insisté pour faire son grand retour sur scène après de nombreux mois d'absence, poussé par le courrier volumineux et insistant d'une foule d'adulateurs. Voir "Dog to Be Wild" en bordure de blog pour sa précédente apparition.