mercredi 5 mars 2014

ABSCENCE

A partir d'une photo intitulée "Les quais de Seine à l'heure bleue
D’aucuns savent aimer, les autres ne font que prendre. Qui l’a vu, l’a senti? Pas ceux qui t’ont laissée passer. Tu fais partie de celles qui donnent sans compter. Seul, qui te ressemble, peut le subodorer. Cet air que tu expires, je l’aspire à pleines bouffées. Il m'inspire quelques uns de ces mots. Hier tu me les as soufflés.

Les promesses meurent comme les êtres expirent. Aimer, c’est l’oublier, avancer sans jamais craindre les lendemains glacés. C’est balayer l’incertitude, les doutes, les abandons roués. Aimer, c’est même apprendre à savoir se quitter pour mieux se retrouver. L’amour pourrait faiblir, quand le désir s’étiole, gagné par la torpeur d'un confort trop douillet.

Pars, que je te retrouve. Ta présence va tiédir, mais tous nos souvenirs sont là pour m'échauffer. Sans cesse à t’enlacer, j’aurais pu t’en lasser. Tu ne me dis pourtant jamais, assez. L’attente est un mystère qui sécrète un parfum. Celui d’une présence que l’on perçoit au loin. Attendre appelle demain. 

Demain, où ta présence ravivera ce parfum qui perdait ses fragrances, sur ma peau, sur mes mains. Tu sentiras comme hier j'attendais ton retour. Il saura ranimer les odeurs, que le souffle de ton absence avait évaporées au loin. J'y perçois certains soirs celle du pois de senteur. Mon cœur, cent heures, tu sais, c'est pas si loin que ça. 

PIERRE TOSI – Mars 2014 -
A Valérie

Aquarelle de Catherine Zugmeyer - Mirabelles, quetsches et pois de senteur.

8 commentaires:

  1. J'aime beaucoup ce poème à une absente provisoire qui a bien de la chance qu'on lui dédie ces lignes. Bravo !

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  2. Ce texte qui respire et avive l'odorat, nous fait entendre en plus une belle musique. C'est très beau et donnerait l'envie de s'absenter régulièrement quand on est attendu de la sorte.

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  3. J'aime bien cette poésie en prose qui exprime, à la Ronsard, des idées très fortes
    Bravo et merci !
    Denis

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  4. Merci pour vos commentaires indulgents tout autant qu'encourageants. Denis, les inscriptions sont closes depuis un bail pour la Pléiade. J'évite le "Du balai" de Pierre Ronsard... et Joachim Du Bellay.

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    1. Clin d’œil à Mme Columbo concernant un de ses courriers récents (texte du billet déplacé à cet endroit pour cohérence du dit-billet et des commentaires qui suivent)
      " Le passé, c'est une histoire qu’on se raconte. Les événements, bien que fixés dans le temps, nous les déplaçons où bon nous semble, le long d'une frise chronologique fantaisiste. Le présent laisse passer au travers des mailles de son tamis les aimantins futurs que nous collerons à notre gré, à l'endroit qui nous convient du scénario de revisite de notre passé. Le futur antérieur est un passé composé de vieux présent narré. Le présent vieillit instantanément en triant les aimants. Pendant ce temps là, l'avenir s'ennuie ou s'impatiente. Le passé se tape le plus gros du travail alors que le futur, dès à présent, se tourne les pouces et n'aura rien d'autre à faire que de se moquer du passé."

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  5. Adolphe BLED-MACHEPROT16 mars 2014 à 02:57:00

    Ce mode personnel de présentation du temps, à titre indicatif, n'entraîne aucun réflexe conditionnel impératif. Qu'on se le dise ou non, au subjonctif !

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    1. A titre indicatif, ce commentaire personnel est à mettre à ton passif. "Qu'on se le dise" est plus que parfaitement un subjonctif. Merci de le rappeler, Herr, Professor. "Saluez" Helmut Bescherelle de ma part. Cela n'a rien d'impératif, bien que cela en soit un (et cette remarque soit au subjonctif).

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