jeudi 5 février 2015

Le Zèbre de la route de l’Abbaye


La photo originale du recto de la pochette d'Abbey Road

La célèbre pochette d'Abbey Road, le onzième album des quatre fabuleux de Liverpool (« La mare du foie », « L‘étang aux anguilles », ou « L’étang aux eaux boueuses » seraient à mes yeux des tentatives de francisations outrancières!) a avivé les élucubrations coutumières de la Secte de la Théorie du Complot, déjà donc constituée à la fin des années soixante. La pochette de Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band passa aussi au crible de leur paranoïa.

Le recto de la pochette consiste en une photographie des Beatles traversant en file indienne le passage piéton («zebra crossing» en Anglais expliquant le titre de mon billet) situé au croisement entre Abbey Road et Grove End Road. Il se trouve alors juste en face des fameux studios où ils ont enregistré en sept ans la quasi-totalité de leurs titres. John Lennon est en tête dans une tenue blanche éclatante, suivi de Ringo Starr, de Paul McCartney pieds nus avec une cigarette à la main droite. George Harrison ferme la marche.

Selon les sources, ce serait Paul McCartney, ou Ringo Starr, qui aurait, au terme d'une discussion qui n’en finissait pas, jeté cette proposition de titre à l’album. Dans un premier temps, il aurait dû s'appeler « Everest ». L’ingénieur du son du groupe qui fumait une marque de cigarettes ayant ce nom aurait inspiré la première idée. Elle incluait alors une photo du groupe au pied de l'Himalaya. Cela ne plaisait pas à tout le monde. De plus, la destination trop éloignée pour une simple photo ne plaidait pas en faveur de ce projet. Tout de même plus simple d’aller en prendre une au pied du studio!



George Harrison et Ringo Starr domestiquent un synthétiseur Moog dans les studios d'Abbey Road durant l'été 1969

Le 8 août 1969 au matin, le photographe Iain MacMillan, en l'espace de 10 minutes, effectua alors quelques clichés: « Je me souviens qu'on a demandé à un policier de bloquer la circulation pendant que j'étais sur l'échelle, à prendre les photos. J'ai pris une série de clichés des Beatles en train de traverser dans un sens. On a laissé quelques voitures passer, et puis je les ai photographiés pendant qu'ils traversaient dans l'autre sens. La photo qui a été finalement choisie était la cinquième des six prises. C'était la seule où leurs jambes formaient un V parfait, ce que je voulais pour l'esthétique ».

En face de la Coccinelle blanche, dans l'ombre des arbres bordant la route, se trouve Paul Cole, un touriste américain. En vacances à Londres avec sa femme, il refusa d'entrer dans un musée de plus: « Je lui ai dit, j'ai vu assez de musées. Tu y vas, tu prends bien ton temps, et moi je reste ici pour voir ce qui se passe dehors.». Cole engagea alors la conversation avec un policier assis dans son van visible sur la pochette, parlant de Londres et du trafic routier. Il finit par voir des gens traverser la rue « comme une ligne de canards », qu'il prit pour « une bande de fous » à cause des pieds nus de Paul McCartney. Ce n'est qu'un an plus tard qu'il vit, estomaqué, la pochette de l'album, alors que sa femme essayait de jouer la chanson « Something » à l'orgue.

La Théorie du complot :

Paul McCartney est mort dans un accident de voiture en novembre 1966. On l’aurait remplacé illico par un sosie.

Les indices :
     - Paul traverse le passage piéton pieds nus, comme les morts que l'on enterre en Inde.
     - la Volkswagen blanche que l'on voit dans la rue est immatriculée « LMW 28 IF », soit Living-McCartney-Would be 28 IF (« McCartney vivant aurait eu 28 ans SI ». Détail insignifiant, McCartney avait en fait 27 ans lorsqu'Abbey Road sort !) ; le « LMW » de la plaque voudrait aussi dire Linda McCartney Weeps, soit « Linda McCartney pleure ». 
     - Paul est le seul membre du groupe à avoir la jambe droite en avant, les autres avançant la gauche. Un signe ne pouvant signifier que le sosie indiquait ainsi que Paul roulait du côté droit de la chaussée (n’oublions pas qu’on se trouve en Grande Bretagne) lorsqu'il aurait eu son prétendu accident. 
     - il tient sa cigarette de la main droite alors qu'il est gaucher. Comment tenir une cigarette de la main droite pour un gaucher? Impossible !

Comme en clin d'œil à cette rumeur, un album solo de Paul McCartney, compilation de concerts « en Live » est intitulé « Paul is Live ». Le verbe « to live », voulant dire « vivre », s’opposait au prétendu « Paul is dead ». La pochette de l'album est une photo de Paul sur le même passage pour piétons. Il est cette fois uniquement accompagné de son chien. Une «Coccinelle» blanche se trouve au même emplacement, mais sa plaque minéralogique indique ici «51 IS». C'est bien cette fois l’âge qu'il a au moment de la sortie de l'album, en 1993.



Coup dur final pour la théorie :

Les photos qui suivent proposent la série complète effectuée le matin du 8 août 1969. On notera que la cigarette de Paul McCartney n’est bien visible que sur celle qui fut choisie pour la pochette (la raison du choix de celle-ci a été précisée plus-haut) et qu’il n’a les pieds nus que sur quelques unes d’entre-elles.
Les claquettes qu’il portait sur les autres avaient dû lui coller des ampoules! Paul McCartney avait peut-être taxé d’une clope son ingénieur du son et l’« Everest» qui se consume symboliserait l'abandon du premier titre envisagé pour cet l’album! 

Là, j'y vais de mes propres théories fumeuses ou podaliques...


Sources : Wikipédia et ce site



Un Gif maison s'est glissé dans la série de Iain MacMillan présentée ci-dessus.

Bien que la sortie de cet album précède celle de Let It Be, paru en mai 1970, il est le dernier album enregistré par la quadrette. Le 20 août 1969, les Beatles sont réunis pour la toute dernière fois en studio et, vers la fin de septembre, au moment où le disque paraît, John Lennon met fin au groupe en lui annonçant son départ définitif. La séparation des Beatles n'est toutefois officialisée qu'en avril 1970. 

En fait, le seul symbole involontaire présent sur cette photo, c'est que les quatre garçons dans le vent tournent le dos au studio dans lequel ils viennent d'effectuer leurs derniers enregistrements au complet. 

Allez, tout de même, un petit rappel illustré du verso pouvant cette fois laisser supposer qu'une femme pourra avoir un rôle dans leur scission :



7 commentaires:

  1. je commençais à désespérer de pouvoir écrire sans être anonyme ! :-)
    bien contente de te " revoir " sur ton blog.
    j'aime encore bien ces théories du complot. on peut vraiment imaginer n’importe quoi ... :-)

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    1. Certes, Noëlle, mais cela doit être un peu contrariant d'apprendre dans le journal qu'on est le dernier à savoir qu'on mort, non?

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  2. Très intéressantes élucubrations...
    J'ai de nouveau oublié comment signer!
    Denis

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  3. Très intéressant : mais un 'x' ou un '+' ?

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  4. Si tu tenais compte de mon grand âge, tu posterais plus souvent, ce qui me permettrait de ne pas oublier, d'une fois sur l'autre, comment faire.
    Heureusement qu'une âme charitable, en l'occurrence Noëlle, m'a rappelé la bonne manip au cours d'un de nos échanges...

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    1. Comme quoi, certains vieux se redécouvrent des facultés mnésiques insoupçonnées. Noëlle est cependant trop charitable avec toi. Elle t'amène tout droit à la perte d'autonomie!
      Quand on ne sait plus bien faire sa signature, je pense que la croix de Lorraine, même bancale (très mauvais jeu de mot cinématographique...), est aussi admise au bas d'un parchemin, même en dehors de la Lotharingie.

      A bientôt, Denis (caractère UNICODE U+2628).

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