lundi 14 mars 2011

Oscar Wilde et le Dandysme




Oscar Wilde, de son nom complet Oscar Fingal O'Flahertie Wills Wilde, est un écrivain irlandais, né à Dublin en Irlande le 16 octobre 1854, au 21 Westland Row, et mort d'une méningite à Paris, le 30 novembre 1900.

On pourrait distinguer deux esthétiques correspondant aux deux périodes marquantes, bien qu'inégalement longues, de la vie littéraire de Wilde. La première pourrait se résumer à l'éloge de la superficialité. L'intuition de Wilde, fortement influencée par les écrivains français de son temps qu'il lisait dans le texte, était que dans la forme même gît le sens et le secret de tout art. Dans Le Portrait de Dorian Gray, il fait dire à Lord Henry: «Seuls les gens superficiels ne jugent pas sur les apparences.». Son écriture d'ailleurs correspond exactement à ses conceptions. Se refusant aux descriptions naturalistes, il se contente de poser une ambiance en égrainant quelques détails: la couleur d'un rideau, la présence d'un vase, le passage d'une abeille près d'une orchidée. La deuxième période, celle de la prison et de la déchéance prend l'exact contre-pied théorique : dans son De profundis, Wilde répète comme une litanie pénitentiaire ce refrain: «Le crime, c’est d’être superficiel». On assiste dans cette œuvre, ainsi que dans l'autre production de cette période, La Ballade de la geôle de Reading, à la reprise de formes d'écriture, comme la ballade, qui sont plus traditionnelles, jouant plus sur la répétition et l'approfondissement que sur la légèreté et l'effet de contraste.

On aurait tendance à croire que la deuxième esthétique réfute ou s'inscrit en faux envers la première: l'œil averti trouvera plutôt qu'elle la révèle. En effet, le masque du Dandy et l'affectation de superficialité, chez un esprit aussi puissant et cultivé que Wilde, n'étaient-ils pas la marque d'une volonté de dissimuler des conflits sous-jacents? Que l'on repense tout de même à l'effroyable fin du Portrait de Dorian Gray, et l'on comprendra que l'éloge «wildien» n'était pas un éloge de la superficialité, ce qu'il révèlera lui-même lorsqu'il déchut de son statut de "lion" (au XIXe siècle, on appelait lion les personnes en vue dans les salons anglais) pour tomber dans celui de réprouvé.

Commence alors une période de déchéance dont il ne sortira pas et, malgré l'aide de ses amis, notamment André Gide, il finit ses jours dans la solitude et la misère. Oscar Wilde meurt d'une méningite, âgé de 46 ans, en exil volontaire à Paris, le 30 novembre 1900. Le 28 octobre 1900, il s'était converti au catholicisme. À cette occasion, la tradition voulant que l'on offre une coupe de champagne à un adulte qui se convertissait, il aurait eu ce mot: «Je meurs comme j'ai vécu, largement au-dessus de mes moyens.». Ses derniers mots, dans une chambre d'hôtel au décor miteux (Hôtel d'Alsace, 13 rue des Beaux-arts à Paris) auraient été: «Ou c'est ce papier peint qui disparaît, ou c'est moi. ».

Après une inhumation à Bagneux, ses restes sont transférés en 1909 au cimetière du Père-Lachaise, division 89, à Paris. Son tombeau a été sculpté par Sir Jacob Epstein.

Vivian, le porte-parole de Wilde dans Le déclin du mensonge, s'oppose clairement au mimétisme en littérature qu'implique le réalisme. Selon lui, «la vérité est entièrement et absolument une affaire de style»; en aucun cas l'art ne doit se faire le reflet de «l’humeur du temps, de l’esprit de l’époque, des conditions morales et sociales qui l’entourent.». Wilde contestait d'ailleurs la classification d'Honoré de Balzac, dans la catégorie des réalistes: «Balzac n'est pas plus un réaliste que ne l'était Holbein. Il créait la vie, il ne la copiait pas». Il ne cachait d'ailleurs pas son admiration pour Balzac, en particulier pour Illusions perdues, Le Père Goriot et surtout pour le personnage de Lucien de Rubempré dont il disait: «Une des plus grandes tragédies de ma vie est la mort de Lucien de Rubempré. C'est un chagrin qui ne me quitte jamais vraiment. Cela me tourmente dans les moments de ma vie les plus agréables. Cela me revient en mémoire si je ris.».

Wilde s'oppose dans The Critic as Artist (Le critique en tant qu'artiste) à une critique littéraire positiviste, qui voit dans l'objectivité le seul salut de la critique. Le critique, selon Wilde, ne doit considérer l'œuvre littéraire que comme «un point de départ pour une nouvelle création», et non pas tenter d'en révéler, par l'analyse, un hypothétique sens caché. Selon lui, la critique n'est pas affaire d'objectivité, bien au contraire: «Le vrai critique n'est ni impartial, ni sincère, ni rationnel ». La critique elle-même doit se faire œuvre d'art, et ne peut dès lors se réaliser que dans le subjectif ; à cet égard, dit Wilde, la critique est la «forme la plus pure de l'expression personnelle». La critique ne peut caractériser l'art aux moyens de canons prétendument objectifs ; elle doit bien plutôt en montrer la singularité.

La théorie critique de Wilde a été très influencée par les œuvres de Walter Pater. Il reconnaîtra dans De profundis que le livre de Pater, Studies in the History of the Renaissance, a eu «une si étrange influence sur sa vie ».

Dans Le Portrait de Mr. W. H., Wilde raconte l'histoire d'un jeune homme qui, en vue de faire triompher sa théorie sur les sonnets de Shakespeare, va se servir d'un faux, puis décrit la fascination qu'exerce cette démarche sur d'autres personnages. Le fait que la théorie ne soit pas d'office disqualifiée, dans l'esprit du narrateur, par l'usage d'un faux, va de pair avec l'idée qu'il n'y a pas de vérité en soi de l'œuvre d'art, et que toute lecture, car subjective, peut ou doit donner lieu à une nouvelle interprétation.

Le Dandysme:


Souvent assimilé au snobisme, le dandysme en est pourtant différent puisque le snob et le dandy hiérarchisent de façon inverse la personne et le groupe. C'est une doctrine de l'élégance, de la finesse et de l'originalité. Le style dandy s'attache principalement au langage et à la tenue vestimentaire.

La définition d'un dandy pourrait être: «Homme à l'allure précieuse, originale et recherchée, et au langage choisi ». Mais le dandysme n'est pas une esthétique fixée. Il peut être protéiforme, et le dandysme d'un George Brummell, souvent considéré comme originel, est très différent du dandysme d'un Oscar Wilde.

Le dandysme constitue aussi une métaphysique, un rapport particulier à la question de l'être et du paraître, ainsi qu'à la modernité. De nombreux auteurs, la plupart du temps eux-mêmes des dandys, se sont interrogés sur son sens. Ainsi, dans un contexte de décadence, Baudelaire identifie le dandysme comme le "dernier acte d'héroïsme possible", recherche de distinction et de noblesse, d'une aristeia de l'apparence : «Le Dandy doit aspirer à être sublime sans interruption, il doit vivre et dormir devant un miroir ». - Baudelaire, Mon cœur mis à nu -

Identifié, souvent à tort, comme une simple frivolité, le dandysme au contraire se pense par ses pratiquants, surtout au XIXe siècle, comme une ascèse et une discipline extrêmement rigide et exigeante. Ainsi, toujours selon Baudelaire: «Le mot dandy implique une quintessence de caractère et une intelligence subtile de tout le mécanisme moral de ce monde. » - Baudelaire, Le Peintre de la vie moderne -

Le dandysme constitue un jeu permanent sur l'être et le paraître qui explique que l'on ne distingue pas véritablement les dandys de chair de ceux de papier. Dans les romans de La Comédie humaine, Honoré de Balzac a présenté toute la gamme des dandies dont les représentants les plus caractéristiques sont Henri de Marsay: «Le jeune comte entra vigoureusement dans le sentier périlleux et coûteux du dandysme. Il eut cinq chevaux, il fut modéré : de Marsay en avait quatorze.», ou Maxime de Trailles: «Monsieur de Trailles, la fleur du dandysme de ce temps là, jouissait d'une immense réputation ».

Dans la vie réelle, Balzac avait une grande admiration pour le dandy-lion Charles Lautour-Mézeray, journaliste et mondain, qui lui a servi de modèle pour le personnage d'Émile Blondet. Il a en outre donné de nombreuses interprétations sur la notion de dandysme dans des articles parus dans La Mode (revue française) et dans son Traité de la vie élégante, 1830.

Le dandy le plus connu fut George Brummell dit le «beau Brummell ». C'était un courtisan qui fréquentait la cour d'Angleterre. Ses héritiers sont notamment Barbey d'Aurevilly, Oscar Wilde, Robert de Montesquiou, Paul Bourget ou Baudelaire en France. Le dandysme suppose un caractère personnel très altier, élégant, raffiné, voire arrogant, et il est une idée très répandue d'estimer que le dandysme perdure de nos jours par cette forme. Mais il s'agit là plus de l’« esprit dandy » que de dandysme véritable, le mouvement comprenant en sa définition même son caractère autodestructeur.

Une des statues d'Oscar Wilde à Dublin

«Le dandysme est un soleil couchant; comme l’astre qui décline, il est superbe, sans chaleur et plein de mélancolie. Mais, hélas, la marée montante de la démocratie, qui envahit tout et qui nivelle tout, noie jour à jour ces derniers représentants de l’orgueil humain et verse des flots d’oubli sur les traces de ces prodigieux mirmidons. »
Oscar Wilde

3 commentaires:

  1. A la lecture de ton billet relevant une part de contradiction entre les deux périodes évoquées de sa littérature, m'est revenue une de ses citations célèbres:

    "Les gens bien élevés contredisent les autres. Les sages se contredisent eux-mêmes."

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  2. Champ de Entreupôt Karl15 mars 2011 à 13:17:00

    Mein gut petit monsieur, vous oubliez dans votre liste des kolossal dandies moderneux, moi-mêmeux en personne, Ich, Donnerwetter !

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  3. Macheprot> Toujours aussi pertinent dans tes commentaires, vénérable conscrit. Voilà une citation qui me propulse du coup dans le peloton de tête des sages.

    Karl> Entschuldigen Sie mich, mein lieber Karl, hier,spreche ich nur von den Toten.Ich werde diesen Text später aktualisieren.

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