mardi 11 mars 2008

Hugo, vous connaissez !



Portrait de Victor Hugo

Il y a quelques jours, je baillais aux corneilles rue des Maréchaux, à Nancy, quand mon regard s’est posé sur une plaque apposée à la façade d’un bâtiment indiquant qu’était né en ce lieu, en 1773, Léopold Hugo, futur capitaine de l’armée napoléonienne et père de notre célèbre écrivain national, Victor Hugo. L’homme fit ses études au Lycée Royal de la ville puis, au décours de campagnes militaires et d’affectations multiples, revint y vivre quelques années au cours desquelles naquirent ses deux premiers garçons. La légende veut que Victor, lui, fût conçu sur les hauteurs du Donon, un sommet des Vosges, avant de voir le jour plus prosaïquement à Besançon. L’écrivain prolixe à la personnalité hors du commun, auteur phare du Romantisme littéraire français, est devenu un classique des classiques avec la connotation un tantinet barbante qu’il est de bon ton d'attacher, avec une facilité coupable, à ce genre de monstres sacrés. La foule immense qui prit part au cortège de ses obsèques nationales rappelle cependant à quel point l’homme et l’écrivain de génie étaient adulés. Le «Totor» possédait ce don exceptionnel d’écrire comme il respirait et de vous torcher des textes au kilomètre dans un style époustouflant. Oui, bon, on va avoir droit à la référence à son archiconnu «Les Misérables». On connaît par cœur ! Je serais cependant curieux de savoir combien d’entre vous ont lu ce classique in extenso? Après avoir baillé aux corneilles, un mouvement cervical antagoniste m’amena à me replonger le nez dans l’ouvrage pour en recopier ici un court extrait qui démontre, si besoin était, à quel point le vieux barbon avait la plume facile.

" Il y avait un bac de pierre dans un coin, une ou deux statues moisies, quelques treillages décloués par le temps pourrissant sur le mur; du reste, plus d’allée ni de gazon; du chiendent partout. Le jardinage était parti et la nature était revenue. Les mauvaises herbes abondaient, aventure admirable pour un pauvre coin de terre. La fête des giroflées était splendide. Rien dans ce jardin ne contrariait l’effort sacré des choses vers la vie; la croissance vénérable était là chez-elle. Les arbres s’étaient baissés vers les ronces, les ronces étaient montées vers les arbres, la plante avait grimpé, la branche avait fléchi, ce qui rampe sur la terre avait été trouver ce qui s’épanouit dans l’air, ce qui flotte au vent s’était penché vers ce qui traîne dans la mousse; troncs, rameaux, feuilles, fibres, touffes, vrilles, sarments, épines s’étaient mêlés, traversé, mariés, confondus; la végétation dans son embrassement étroit et profond avait célébré et accompli là sous l’œil satisfait du créateur, en cet enclos de trois cents pieds carrés, le saint mystère de la fraternité, symbole de la fraternité humaine. Ce jardin n’était plus un jardin, c’était une broussaille colossale, c'est-à-dire ce qui est impénétrable comme une forêt, peuplé comme une ville, frissonnant comme un nid, sombre comme une cathédrale, odorant comme un bouquet, solitaire comme une tombe, vivant comme une foule."

Victor HUGO - Les Misérables - Le jardin de la rue Plumet.

2 commentaires:

  1. baudelaine roger11 mars 2008 à 17:42:00

    C'est sûr qu'il y a du boulot! D'ailleurs on dit bien "Hugo bosse"...
    (Merci d'avance à Peb pour cet emprunt sans autorisation)

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