jeudi 31 mars 2011

L’illusionniste


" Sitôt sorti du moule, L’illusionniste s'impose déjà comme une œuvre majeure de 2010, qui, non contente de rendre hommage à l'une des heures de gloire du 7ème art dans ce qu'il pouvait avoir de plus sensitif au point de jongler avec nos émotions, brille par une performance technique qui mettra tout le monde d'accord. "
Filmsactu

Après son premier long-métrage "Les triplettes de Belleville" (2003), tombé amoureux de l'Écosse en 2004, le réalisateur Sylvain Chomet s'est installé à Édimbourg en 2006 où il a aménagé ses propres studios d’animation, Django Films, pour produire le gros projet qu'est "L'illusionniste", prévu au départ en images de synthèse pour une sortie en 2008.


L'illusionniste (The Illusionist, titre original) est un film d'animation franco-britannique écrit et réalisé par Sylvain Chomet d'après le scénario inédit de Jacques Tati basé sur une lettre intime à sa fille Helga Marie-Jeanne Schiel. Après avoir été présenté au festival de Berlin le 16 février 2010, ce film est sorti le 16 juin 2010 en France et au Royaume-Uni.


Mon avis :


Heureuse alternative aux films d’animation «tout synthèse» tombant dru des studios américains et ayant la propension à bombarder nos neurones de scènes d’action trépidantes et nerveuses, «L’illusionniste», tout en nostalgie, finesse, tendresse, humour et romantisme désuet, s’attache plus à nous immerger dans des ambiances au charme suranné et des atmosphères pleines de quiétude.


Un film d’animation épatant, dirait Michel Drucker.

Interview de Sylvain Chomet : L'Illusionniste, hommage à Tati

mardi 29 mars 2011

L’arroseur arrosé


Les grands stratèges de dextre, histoire de racler des voix extrêmes, piochent à gogo depuis quelques temps dans les "grands" thèmes du Front National. On pourrait appeler cette technique, la feinte du balayeur. Résultat: but en pleine lucarne contre son camp. La droite traditionnelle, non content de s’écrouler dans les sondages, voit passer sous son nez un mouvement politique au programme nébuleux, enflé du phagocytage des produits gazeux d’une angoisse populeuse baptisée pour la circonstance par les technocrates: «sentiment d’insécurité».

L’angoisse se définit comme un trouble émotionnel se traduisant, à la suite d'un sentiment que l'on a du mal à définir, essentiellement par une sorte d'insécurité, je cite. De quoi évaluer la densité du programme dont il est question... Ce n’est pourtant pas faute d’avoir crié gare: voilà plusieurs années, quelques intellectuels vigilants avaient tiré le signal d’alarme. Mais ces gens là, qui ne portent même pas une Rolex au poignet, n’ont vraiment pas les pieds sur terre.

A force de manipuler la pétoche populaire au risque de déclencher des mouvements de foule et les immanquables symptômes d’hystérie de conversion accompagnant les élans populaires moutonniers, je comprends mal comment certains s’étonnent de la montée des extrêmes. Ajoutez-y un contexte économique tendu, vous pouvez aussi faire entrer un Duce sur la piste. Parfait donc pour l’avènement d’un ordre nouveau, le retour des lois raciales, les autodafés, l’eugénisme et l’édification de monuments pompeux qu'on finit souvent par porter aux crédit des autocraties, faute de pouvoir trouver autre chose. Les premières autoroutes italiennes, c'est bien Mussolini qui en est à l'origine. Bon, c'était pour faciliter le transport des chars ou leurs déplacements...

Les Français regardent trop la télévision. Avec une facilité coupable, ils prennent pour argent comptant les messages de propagande des tenanciers de Radio Paris. Les beaux messieurs qui squattent les grilles horaires de nos chaînes font avant tout dans l’autopromotion. Ils s’invitent les uns les autres dans des émissions interminables (inter minables ?) assez proches au demeurant de la télé-réalité que parfois ils décrient alors que leurs chaines la programme. Sans doute histoire de ne pas trop faire peuple? Ils cherchent à convaincre le plus grand nombre de la difficulté du beau métier qu’ils exercent en toute impartialité, résistant opiniâtrement aux pressions de tous bords. Ils vont parfois jusqu’à s’ériger en arbitres "intègres" des élégances, alors que cela ne fait pas partie de leurs attributions. Ils s’entendent en fait cul et chemise avec les autres représentants du monde du spectacle dont font partie, bien entendu, les politiques.

Quelquefois, cependant, un intervenant appartenant à la France du quotidien les fait tomber des nues, leur adressant en direct une volée de bois vert: "La quête du pouvoir, et son corollaire, le goût millénaire de se faire un maximum d’argent sur le dos des autres, ne seraient-ils pas en fait le nerf de tout ce grand guignol ?".

La réponse se fait toujours attendre. Il ne manquerait plus qu’ils se mettent à cracher dans la soupe: un coup perdre leurs postes. Pour ne jamais commettre pareille folie, certains ne finissent-ils pas même par croire à ce qu’ils nous racontent ?

Bon, j’écris cela, comme ça, ou ça comme cela…

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Post-scriptum: il y a des jours où la télé m'énerve et où je devrais plutôt regarder "Gulli".

mercredi 23 mars 2011

Les yeux d'Elsa

Composition graphique - Pierre TOSI - 2013

« La vie est un bien perdu, pour celui qui n'a pas vécu comme il l'aurait voulu. »
Mihai Eminescu - poète roumain -

Hugo s'était réveillé tôt. Un rai taquin s'était glissé par un interstice du volet pour lui chatouiller le nez un instant, puis, frôlant sa paupière, illuminer un coin de son rêve.

Valse hésitation entre éclats moirés du songe et étincelles virevoltant dans un rayon de jour nouveau. La réalité reprenait le gouvernail du galion. La traversée avait porté ses fruits. L'angoisse du soir était restée sur l'autre rive. À l'orée de ce matin naissant, une fringale peu commune vrillait l'estomac d'Hugo et une fringante ardeur l'animait au réveil.

Les volets claquent sur le mur. Épouvantés, les oiseaux s'éparpillent alentour en semant des trilles d'alerte. Le verger en fleur, avivé par une belle lumière mousseuse de printemps, l'aveugle comme un flash. Le soleil se rue sur son visage et sa poitrine. De longues tartines beurrées dans un grand bol de lait chaud. L’envie jaillit, impérieuse. Il les engloutira sous le grand cerisier. Maîtrisant avec difficulté un plateau qui tangue dangereusement, le voilà déjà qui slalome entre les toquées de primevères de la pelouse. La boulimie rétrocède à la troisième tartine. Assis à la table du jardin, il peut désormais déguster son met de prince à petites bouchées gourmandes, l'esprit libéré de l’appel organique. Par intermittence, il jette un œil sur la façade arrière de sa vieille bâtisse. Un édifice suranné enchâssé dans un coin de verdure qui a résisté à la ville. Son inspiration architecturale puise en Périgord. On aurait plutôt attendu une blanche maison labourdine dans cette ville aux confins du Pays landais. De gros moellons calcaires non appareillées servent de support au maillage végétal exubérant d'une vigne vierge sur laquelle l'hiver a laissé quelques grappes de sorcières. Les premiers bourgeons pointent dans ce réticule anarchique découpé par les fenêtres à volets rouges de la maison à deux niveaux. Un toit de tuiles romaines constellées d’archipels de lichens multicolores la chapeaute Les épaisses torsades d'une glycine forment un portique incomplet qui enjambe la grande baie du salon et la fenêtre de la cuisine. Au cœur du printemps, ses belles grappes mauves forment un feston mouvant en haut des vitres. Dans le jardin, des rosiers aux branches biseautées par le sécateur, et quelques massifs floraux aux feuilles brunâtres mâchouillées par les crocs de l'hiver, sont aux prises aux premières montées de sève.

Hugo avait passé l'hiver dans ce refuge. Une décision pesée l'avait amené à se libérer une année durant de ses obligations professionnelles. Il avait rompu les quelques attaches sentimentales qui maintenaient chez lui l'illusion d'une vie affective. Au fil des mois froids, il s'était délesté d'une quincaille de futiles regrets et d'un fatras de torves blessures pour conserver du tri quelques souvenirs heureux. Pour cet homme, le solide équilibre promis à qui s’enracine en terre adulte avait bien du mal à faire racines. Il sentait plutôt approcher à petits pas la résignation chafouine. Un bilan rapide de sa vie indiquait un franc déficit dans la colonne des actifs. La plupart de ses choix avaient été dictés par les événements ou la raison. Ils avaient échappés à son libre arbitre. Il se percevait rouage besogneux d’un engrenage colossal qui le faisait pirouetter jusqu'au vertige. S'il ne réagissait pas, ses dernières envies seraient essorées par l’infernale centrifugeuse. Hugo avait dépassé la quarantaine. Il ne voulait plus laisser passer les trains, figé valise en main sur un quai désert. Il était redevenu, l'espace d'un hiver en purgatoire, un timide partisan du "Ça". Il n'était pas pour autant en prise aux pulsions abominables qui grouillent, parait-il dans l’inconscient. A ses yeux, la sublimation du désir n'était qu'un pis aller du plaisir. Il refusait de continuer à participer au grand défilé des présents sacrifiés sur l'autel des lendemains qui vont chanter. Un paquet de bolchevistes les attendent toujours dans leur tombe. Pour continuer dans le jargon des spécialistes de l'asepsie mentale, chez Hugo, l'archaïque "principe de plaisir" reprenait du poil de la bête. Le "principe de raison" lui avait imposé au fil du temps ce constat insidieux: "Le monde est gris, il faut t'en convaincre. Pas de gentils en blanc, pas de méchants en noir. Idéal rime avec utopie."
Les années passées, il était devenu sujet docile opinant à Sa Tiède Excellence Compromis, ou aux ordres contradictoires de Son Altesse Ambivalence. Quand il y réfléchissait, le compromis décliné à toutes les sauces servait avant tout à légitimer le pire. Il sentait l'odeur âcre du fatalisme permissif et de l'amnistie monter à ses narines. Mengelé : gris clair ; Jack l'éventreur : gris anthracite ; Néron: gris souris. Dangereux, tout de même!

" We want the world and we want it now ! "

L'histoire avait mal tourné pour Jim Morrison. Même chose, avant lui, pour Prométhée, le Professeur Frankenstein des anciens. Le symbole mythique de l'intellect révolté, était parti dérober en cachette le feu de l'Olympe pour donner vie à Épiméthée, son sosie de glaise, symbole des bas instincts terrestres. La punition des dieux s’était abattue sur son abdomen: un aigle lui rongeait le foie sans fin. On pouvait y voir une forme de cirrhose chronique olympienne. Épiméthée, titillé par la curiosité, avait fini par ouvrir une boîte qui lui avait offerte Pandore, envoyée en mission punitive par Zeus parce que Némésis était en RTT. Les vices, s'en échappant à tire d'ailes, s'étaient répandus sur terre. En meutes hargneuses, ils battaient la campagne, prêts à tous les sabbats lubriques, saccages et autres exactions barbares. Seule, l’espérance, lente à filer, était restée au fond de la boîte, symbole alternatif de la jarre des textes anciens.

Curieux de tout, Hugo avait fréquenté un ou deux vices avec parcimonie. Il gardait en mémoire, quelques fiestas fracassantes. Certaines composantes du désir ont une vague filiation avec ces trublions exaltés. Inutile de sauter comme un forcené sur le couvercle de notre boîte de Pandore pour y maintenir nos mauvais génies serrés comme des sardines. Les aérer de temps en temps "chacun son tour, on arrête de pousser derrière!", n'est pas une trop mauvaise méthode. Sinon, le danger, c'est de gicler un jour au plafond comme un bouchon de champagne propulsé par tous ces beaux diables, prêts, pour le coup, à donner dans la folie furieuse. Les annales psychiatriques, friandes de classifications savantes et confortables pour l’esprit, ont alors bien du mal à répertorier les avatars de ces fléaux et pestilences en rut.

La perte du désir, c'est le premier pied dans la tombe. Hugo le savait. Celui qui l'animait aujourd'hui ne l’incitait à aucune frénésie de dément au faciès révulsé. Il sentait que l'heure était venue de remuer son popotin pour partir de nouveau battre la lande. Dût-il la passer au peigne fin, il trouverait le blanc qu’il n'avait jamais débusqué jusqu'ici, ne serait ce qu'une heure durant! A croire que les cartésiens, les cyniques, les complaisants de la grisaille, avaient raison. Sans exigence particulière, ou les ayant toutes abandonnées, ceux-ci juraient qu'ils avaient trouvé ainsi la méthode pour échapper au fracas des illusions contre les rochers de la Réalité. Les tristes réalités, Hugo n'avait soudain plus le goût de s'en faire le témoin stoïque ou résigné. Certains fracas avaient au moins le mérite d'être de bouleversantes apothéoses. La découverte de la beauté qui irradie n'est peut-être offerte qu'aux cœurs purs? Hugo n’en était pas un, mais battait ce matin dans sa poitrine un cœur tout neuf.

Hugo monta à l'étage pour faire sa toilette et passer une tenue en rapport avec la petite excursion que lui avaient inspirée les bouquets de mariées du verger. C'est en tenue de cuir marron, blouson, pantalon et bottes, qu'il pénétra une demi-heure plus tard dans la bibliothèque. Fouillant un vieux secrétaire, il finit par remettre la main sur un portefeuille contenant des papiers de véhicule. La pièce regorgeait d'ouvrages de toutes sortes tassés les uns contre les autres sur des rayonnages. À la surface d'un grand bureau, un "Mac" dernière génération luttait contre des piles instables de revues et de livres entassés au gré des recherches des jours derniers. Des documents récemment tirés étaient encore dans le bac d’une imprimante. La dernière feuille affichait le mot "FIN" en police "Snuf", suivi d'un point d'exclamation qu'on percevait triomphant. Hugo, ses papiers en main, dévala l'escalier de bois qui menait au rez-de-chaussée. Arrivé dans le hall, il s'engouffra dans le garage. Il contourna une vénérable Jaguar Mark II, vieil or, et se campa devant une lourde bâche poussiéreuse qui dissimulait une autre vieillerie des années soixante : une Triumph Bonneville. L'Aquitaine avait été territoire rosbif jusqu'à la fin du XVe siècle. La Pucelle les avait bien boutés hors de France, mais quelques relents du "british way of life" flottaient encore en terre basque. Muni d'une boîte d'outils, de lubrifiants ad hoc, d'un petit compresseur et d'un monceau de chiffons, Hugo se mit alors à l'ouvrage. Il fallait remettre la bécane à niveau. Cela se fit sans grande difficulté. On avait affaire à un matériel sobre et robuste. Un bidon de carburant sur une étagère lui permit de refaire le plein. Au cinquième coup de kick, le bicylindre vrombissait.


Quelques minutes plus tard, casque rond sur la tête, grosses lunettes de chauffeur de locomotive sur les yeux, flying-jacket marron sur les épaules, Hugo déboule la rue Marengo. La berge droite de la Nive, le pont Mayou, la place de la Liberté, la gare, les bords de l'Adour, et enfin, la route de Saint-Jean de Luz. Cette année, en Pyrénées-Atlantiques, le printemps est estival. Hugo entreprend l'escalade de la falaise de Socoa qui mène à la Corniche basque. Le vent du large fouette alors son visage. En contrebas, l'océan étale ses splendeurs. Par endroits, les lames frappent de plein fouet, à grands coups d'épaule, le glacis oblique de la falaise. Il déroule un dégradé de nuances allant du vert émeraude au gris intense. Au large, des liserés neutres, sortes de courbes de niveaux marines, ourlent les différentes générations de vagues et les transitions subtiles des couleurs. À l'approche du rivage, ces lignes s'élargissaient, se bombent, puis se hérissent de dentelures blanchâtres. Touchant le fond, les rouleaux rompent l'harmonie, et c'est en ordre dispersé que des fronts de vague viennent s'exploser sur les rochers en gerbes d'écume éclatantes. L'océan, quand son contact avec la terre devient trop étroit, ne peut contenir longtemps l'orgasme.

Une demi-heure plus tard, Hugo entre dans Hendaye-Plage. Il remonte sur une centaine de mètres le boulevard de la Mer et range enfin son étrange mécanique contre la barrière du casino. De rares surfeurs en combinaison traquent la déferlante. Ce n'est pas une journée propice au "fun". Les flots rageurs se déchaînent sur d'autres côtes. Plein Ouest, par delà l'embouchure de la Bidassoa, l'extrême pointe des Pyrénées occidentales s’enfonce dans l'Atlantique en toute majesté. Le capitaine stoïque, figé dans un garde à vous solennel, assume le naufrage.

Hugo décide de se rendre à pied à la rencontre de la pointe Sainte-Anne. Aussi loin que son regard porte, l'immense conque contre laquelle s'usent les langues océanes ne propose pas âme qui vive. Il choisit de gagner la frange de plage balayée par la marée pour bénéficier d'un support de marche plus ferme. Sur le trajet, Hugo fait provision de coquilles d'ormeaux qu’il stocke dans son casque, ou se constitue au gré d'arrivées marines des perruques de goémon et de fucus. Le port des cheveux longs verdâtres n’est plus vraiment à la mode. Il s’en débarrasse. Arrivé à un endroit de la plage où le vent, s'appuyant sur de gros rochers anguleux, a érigé une petite dune hérissée de folles touffes d'herbes des sables, Hugo écourte la promenade pour s'installer confortablement dans une petite cache. De ce point d'observation, il scrute les Rochers Jumeaux. Il imagine deux têtes de colosses émergées des flots s'entretenant depuis des temps immémoriaux avec l’incisive Pointe Sainte-Anne. Il est midi passé. La chaleur devient touffeur. Une vapeur mouvante monte des sables. Cet écran à métamorphoses projette des mirages troublants. Le réveil matinal, la balade au grand air, la berceuse du ressac, la moiteur soporifique de sa cache, Hugo finit par s'assoupir.

Il reprend contact avec les éléments après un court coma. La plage se tord au travers d’une lentille d'air astigmate. Hugo distingue un petit point clair en lisière de mer. Il grandit peu à peu. C'est le premier promeneur en vue depuis qu'il s'est installé dans son berceau de sable, tout du moins, jusqu'à ce qu'il s'endorme. Le grand benêt décide de s’adonner à un jeu de son enfance: le jeu du pari lointain. On aperçoit quelqu’un à l'horizon. On peut commencer à parier. Au fur et à mesure que la distance rétrécit, celui-ci doit être formulé en termes plus en plus précis. Sinon, la cotte chute. Quelques exemples : très loin, "Homme"; loin, "Plus de cinquante ans"; plus près "Moche".

L'allure générale de la petite flamme mouvante qui approchait le faisait pencher de plus en plus la balance pour une femme : "Jeune ou vieille?". Pas de déambulatoire ni de canne, pas d'ombrelle, de sac à main ou de filet à provisions: il pouvait miser raisonnablement sur une personne de moins de cinquante ans. Hugo voyait désormais se découper sur l'océan une silhouette élancée à la démarche élastique et gracieuse. La femme tenait quelque chose à la main: probablement ses chaussures, car elle marchait dans l'eau par intermittence. Hugo distinguait vaguement un vêtement court qui lui collait au corps coté mer et battait au vent comme une oriflamme coté terre. Du fait de la réverbération, il percevait très mal les couleurs: "Rouge, vert?". Il ferma les yeux une dizaine de secondes avant de glisser son pari au courtier: "Une fille blonde, de moins de trente ans, avec une courte robe rouge en coton."

Il rouvrit les yeux: pari gagné. Le gosse était content. Quand la fille fut à une trentaine de mètres, son observation ludique se fit scrutatrice. Il avait affaire à une créature à l'allure peu commune. À vingt mètres, tout aiguillonné, il perçut des jambes parfaites, à quinze, de longs bras gracieux, à dix, un buste qui ne manquait pas de rondeurs stimulantes. Il entrevoyait par instants l'aile courte d'un carré blond battre l'ovale d'un visage encore trop vague pour en discerner l'expression. À intervalles irréguliers, avec ce geste charmant qu'ont les femmes coiffées de la sorte, elle remettait en place élégamment quelques mèches dissidentes. Une variante: elle soulevait la tête face au vent pour lui laisser le soin de remettre bon ordre à ce qu'il venait d'ébouriffer. Hugo, malgré des contorsions de Sioux dans sa cache de sable chaud, n'arrivait toujours pas à apprécier clairement le visage de cette créature marine. Avec le classique défaitisme masculin confinant au dépit, quand l'homme sait qu'il est inutile de se mettre l'eau à la bouche inutilement, il lança un second pari: "Elle a une peau ravagée par l'acné, elle louche et a un bec de lièvre.". Il donnait sans mesure dans l'épouvante.

Hugo n'avait pas l'âme d'un dragueur. Bien qu’il ait depuis des années dépassé l’âge où la timidité paralyse, il ne se sentait en capacité d'aborder avec aisance une femme de passage dans le but de la courtiser. Il imaginait alors un mouvement de recul systématique accompagné d'un regard soupçonneux. Dissuasif pour un homme soucieux de son image. Les spécialistes, dans ce cas, enclenchaient probablement trucs et artifices de la cour ambulatoire avec aisance, sans se soucier du message. L'héritage génétique du chasseur ne s'exprimait plus que timidement chez notre homme. La femme passa devant lui sans l’apercevoir. Elle découvrit son profil. C'était vraiment une superbe créature. Le fait de marcher pieds nus n'avantage pas la silhouette d'une femme. Celle-ci possédait des jambes interminables qui court-circuitaient la chose. Parfois, emportée par une bourrasque coquine, la courte robe légère remontait très haut sur la cuisse au point de laisser voir en totalité son galbe harmonieux et même l'amorce stimulante de ce que dissimulait une jolie culotte de blanche dentelle. A l’évidence, Hugo s'était mis en position zoom: "Essaye au moins une fois dans ta vie avant de jurer que c'est nul de jouer au gros dragueur des plages."

Il prit alors son courage à deux mains et ses jambes à son cou. Il devait partir aux résultats, même si son dernier pari n’était pas stimulant. Il saisit au vol son blouson, posa en hâte son casque sur sa tête avec les lunettes en position Vélux et courut en direction de la bouleversante apparition. Dans sa course, il gesticulait comme un grand dégingandé pour enfiler la deuxième manche de son blouson. Comment allait-il engager la conversation? Arrivé à hauteur de la femme magnétique aux jambes interminables, la réponse à sa question perdit de son acuité. Ce fut bêtement le crash. Il n'avait pas vu un rocher qui affleurait, découvert par le jusant. Il frôla sa cible de quelques centimètres et dans une chorégraphie que n'eut pas reniée un Maurice Béjart sous LSD, s'étala comme un pantin désarticulé dans la première flaque d'eau de mer. Il entendit alors un cri derrière lui, suivi rapidement d'un rire frais en fusée. Hugo releva la tête de la flaque, offrant à la victime du choc un faciès ahuri. Son cerveau fut instantanément dynamité par le visage de la fille. La perfection faite visage à ses yeux, il l'avait au-dessus de lui. Un sourire charmant découvrait deux rangées de perles nacrées à l'alignement parfait ourlées par une belle bouche charnue. Deux petites fossettes au bas des joues lui servaient de guillemets. Hugo venait de perdre sa dernière mise, et en plus, ses derniers globules de sang-froid. Quand la fille eut repris un peu de son sérieux - il la sentait quand même encore sous l'emprise d'un fou rire mal maîtrisé - deux faisceaux laser touchèrent Hugo en plein front. Cette fille possédait des yeux pervenche à faire chavirer toute la flotte américaine d'un seul bloc. Hugo, continuant à se prémunir, se dit en lui-même : "C'est çà, elle bégaye ou a une voix consternante d'une gouape."

Elle leva les yeux au ciel quelques secondes. Hugo en profita pour entreprendre un désensablement sommaire avec forces claques sur ses vêtements. Il l’entendit enfin s’exprimer. Sa voix ironique laissait percevoir quelques intonations germaniques: "Vous avez déjà eu le temps d'enterrer votre parachute!". Effectivement, la tenue de moto d'Hugo lui donnait vaguement l'allure d'un pilote de la RAF abattu en vol par la DCA côtière.

- Nicht Schiessen! Traité de Genève! cria Hugo les bras au ciel.
- Pas de panique! Les vert-de-gris ont quitté les derniers bunkers il y a plus de cinquante ans. Elle s'exprimait dans un français impeccable avec cette pointe d'accent étranger qui donne à toute femme, quelle qu'en soit la nationalité, un charme supplémentaire. Hugo continua dans le même registre, dans un allemand besogneux : « Lotte hat blaue Augen. »
- Et ce Jean Gabin, très bizarrement, de beaux yeux noisette !

La Teutonne ne manquait pas d'humour et possédait en sus des références cinéphiles. Hugo se trouvait peu à peu à court de réparties. Il faut dire qu'il baignait dans un monde hypnotique floconneux où la géométrie euclidienne est obsolète ; courbes mirages, lumières évanescentes, brumes mouvantes, état de lévitation persistant. Coup de foudre typique. Soulevant son casque il en sortit un coquillage. Son départ canon l’y avait gardé emprisonné. C'était donc ce truc qui lui grattait le crâne!

- Puis-je me permettre de vous offrir, pour me faire pardonner la frayeur que je viens de vous faire, cette superbe coquille d'ormeau.
- C'est le type de cadeau que vous faites aux femmes de la plage pour les séduire, répondit-elle, en riant de plus belle ?
- Si je vous dis que c'est la première fois que j’aborde une femme de passage, vous mettrez ma parole en doute. Si je réponds «oui», je passe pour un fieffé goujat.
- Je ne mets jamais la parole de quelqu'un en doute, c'est plus simple.
- Alors, si vous aimez la vérité, je dois vous avouer que mon prénom n'est pas Jean, ni Charlot d'ailleurs, comme ma cascade burlesque pourrait également le suggérer, mais Hugo.
- Confidence pour confidence, mon prénom est Elsa et pas Lotte. Hugo sourit intérieurement, Elsa était le prénom de la mère de Lotte dans "La grande illusion".

Ils marchaient vers l'Espagne. Depuis quelques minutes, Hugo ne parlait plus. Il avait peur que tout s'évapore. Il sentait que le moment auquel tout homme a droit dans sa vie se présentait à lui. C'était probablement son "Midnight express". Même en début d'après-midi, il devait sauter dans un wagon, jouer son va tout: "J'ai grand faim. Je vous invite à déjeuner. Etape suivante obligée du dragueur des plages, non? Vous êtes attendue?". Elsa eut un sourire narquois.
- Oui, par mon amant. Mais si vous m'invitez dans un restaurant très chic et très cher ? ….
- Ma bourse est plate, ma tenue consternante, mais par contre, je connais un bistro où l'on peut manger, pour un prix dérisoire, des plateaux de fruits de mer à faire craquer n'importe quelle snobinarde.
- Ont-ils un bon Graves?
- Tiens donc, une femme qui s'intéresse au vin?… Ils ont un excellent Château Chevalier.
- Banco alors, si vous enlevez votre casque pour manger! La coquille d'ormeau que vous m'avez donnée est superbe, mais des coquilles pleines c'est pas mal non plus.
Hugo venait de traverser quelques secondes difficiles. La réponse d'Elsa le remplit d'une joie enfantine. Cette fille possédait un naturel extraordinaire.
- Vous êtes venue ici en voiture ?
- Non je n'en ai pas. J'adore la marche à pied.
- Si grimper sur une motocyclette ne vous fait pas peur, je vous propose une place en croupe.
Ceci sembla l'amuser. Quand elle découvrit la Rossinante d'Hugo, elle lui indiqua que cette monture furieusement kitsch n’était pas pour lui déplaire. Disposant d'un seul casque, il lui enfila de force le sien en riant. « Ouaah, le style ! ».

Les voilà pétaradant dans Hendaye, Elsa serré contre lui et jupette au vent: convoi exceptionnel. Arrivés sur une place circulaire entourée de palmiers et de tamaris au plumage aérien, Hugo se gara face à la devanture du petit restaurant "La Rhune". Le patron les accueillit à bras ouverts, saluant l'hôte comme un habitué de la maison. Cet homme du sud ne pouvait s'empêcher de jeter un regard gourmand sur Elsa. Il resta cependant délicat dans le compliment qu'il tourna en son honneur. On commanda des plateaux derrière lesquels on pouvait se dissimuler sans encombre. Le vin délicieux n'avait pas le temps de décanter dans les verres. La conversation devenait de plus en plus enjouée. L'exposé des curriculums respectifs fut repoussé d'un commun accord et remplacé avantageusement par celle des hobbies. Elsa confessa une faiblesse pour la peinture. Elle barbouillait un peu. La qualité de son français s'expliquait par des études aux beaux-arts de Bordeaux et par ses séjours réguliers depuis l'enfance en royaume Franc. Hugo confia qu'il s'adonnait depuis un an à l'écriture dans un but essentiellement "thérapeutique". Il se passionnait par ailleurs pour deux disciplines théoriquement sans lien avec la première : la mécanique automobile et l'informatique.

Tout en conversant, il détaillait Elsa à loisir. Il observait sa façon d'écouter, de bouger et surtout de manger. Selon lui, on pouvait beaucoup apprendre d'une femme simplement en la regardant manger: éducation, sensibilité, sensualité. Elsa mangeait comme elle parlait. Un mariage réussi d'élégance et de raffinement qui n'altérait aucunement sa fraîcheur et son naturel rieur. Maîtrise totale des usages, aucune faute de goût dans ses commentaires. Quant à sa sensualité, Hugo s'en faisait une petite idée qui lui mit des étincelles au fond des yeux qu'il avait pourtant déjà très brillants. Ils échangeaient des propos comme s'ils se connaissaient depuis une éternité. Hugo jeta un coup d’œil discret au cadran de sa montre pendant qu'Elsa se tournait en direction du patron pour lui demander une carafe d'eau. Cela faisait presque deux heures qu'ils s'étaient rencontrés. Le record était pulvérisé. L'illumination qui résiste aux détails de la première heure existait bien. Hugo était conquis. Il craquait devant ce sourire, ce regard couleur de lagon, ce port de reine, cette voix cristalline, et même ce tic charmant qui lui faisait régulièrement tourner la bague qu'elle portait à l'annulaire droit avec les doigts de son autre main.

Le repas touchait à sa fin. Comment faire pour la revoir? Ne voulant pas abuser plus longtemps du temps qu'elle lui consacrait, il lui proposa de la ramener rapidement après avoir réglé l'addition. Elsa était désolée de n'avoir pas pris son sac. Elle aurait tenu à participer aux frais. Ce scrupule l'honorait. Hugo pilotait. Elsa servait de navigateur. Ils s'arrêtèrent en face d'une jolie villa en retrait de la cité balnéaire. Il jeta un œil, comme si de rien n'était, au numéro et au nom de famille qui figuraient sur la boîte aux lettres. Il était devenu en peu de temps un véritable professionnel. Tel n'est pire que l'eau qui dort. Ne sachant comment ponctuer l'adieu, il décida prudemment de lui serrer la main.
- Nous pouvons nous faire une chaste bise, lui dit-elle en souriant. Hugo ne se fit pas prier. Il enfourchait sa moto quand il osa lui crier, alors qu'elle attendait son départ devant le portillon du jardin : « Je suis amoureux fou ! »
- Peu crédible, répondit-elle
- On ne fait plus confiance, par principe, rétorqua Hugo sur un ton qu'il souhaitait contrarié ?

Il donna un grand coup de kick. Il allait démarrer en trombe quand il sentit Elsa à sa hauteur. Avec l'agilité d'un chat, elle était venue lui dérober un baiser furtif. Le larcin commis, la chapardeuse s'enfuit prestement vers son refuge. Le cœur chaviré, Hugo fonçait sur le chemin du retour, l'esprit encore enfiévré des images de ce bel après-midi. Il emportait avec lui une étincelle de vie à la blancheur immaculée.

Un beau matin, Elsa trouva une petite enveloppe dans sa boîte. Elle contenait un carton : "Hugo Etchevery vous invite à dîner un soir à votre convenance en son château bayonnais. La tenue de soirée est formellement proscrite. Il espère que son carton atteindra la destinataire avant son envol vers d'autres cieux.". Suivaient ses coordonnées. Dans le fond de l'enveloppe, elle trouva une pervenche séchée bleue mauve.

La réponse ne se fit pas trop attendre: "Volontiers, dimanche prochain si ce jour vous convient. Dans l'affirmative, soyez gentil de venir me prendre. Comment ce carton avait-il pu atteindre ma boîte à lettres? Un détective privé vous a fourni les renseignements? A moins qu'Hugo Etchevery ne soit en fait qu'un dragueur de plage redoutable ? Je suis désormais sur mes gardes."

Dans le fond de l'enveloppe, Hugo trouva un myosotis : « Je n'ai pas les yeux couleur myosotis... Elle est daltonienne... gênant pour quelqu'un qui peint ». Ce n'est que bien plus tard, alors qu'il montait à l'étage pour se coucher, qu'il se rappela, qu'en allemand, le nom de cette fleur veut dire: "Ne m'oublie pas".

Le dimanche convenu, aux alentours de sept heures du soir, Hugo passa prendre Elsa avec sa vieille Jaguar. Elle sortit au premier coup de sonnette. Il constata qu'elle n'avait pas résisté au plaisir de se parer un peu. Elle portait une courte robe noire en stretch sans manches dont la coupe était de fort belle facture. Des chaussures à talons mettaient en valeur de façon superfétatoire ses belles jambes. Son visage déjà bien halé, portait un discret maquillage. Elle avait mis à ses oreilles de jolies boucles dorées en formes d'étoiles de mer. Un bracelet assorti, constitué d'une ribambelle de coquillages, cerclait son poignet. Un sac fourre-tout en cuir bleu de France pendait à son épaule. Hugo la débarrassa rapidement du volumineux sachet en papier qu'elle portait pour le déposer à l'arrière de sa voiture. Décidément, il n'arrivait pas à se prémunir contre ce beau sourire qui illuminait régulièrement un visage aux yeux rieurs. Il communiquant immanquablement la joie de vivre. Hugo se dit qu'il avait la chance inouïe d'enlever une fille qui avait l'étrange pouvoir de faire surgir par sa simple présence l'enthousiasme et les sentiments les plus doux. Bises de retrouvailles. Le plaisir se lisait sur leurs deux visages.

Hugo choisit l'itinéraire le plus direct pour rentrer à Bayonne. La conversation reprit comme s'ils s'étaient quittés voilàlques heures. Dès l'arrivée, Elsa voulut qu'Hugo lui fasse faire le tour du propriétaire. Il se termina par le jardin. Il baignait dans les lumières de la terrasse et les feux rasants des luminaires extérieurs qui embrasaient les buissons des rocades. La fraîcheur du soir aquitain en ce début de saison l'envahissait peu à peu. Elsa résuma l'impression laissée par sa courte visite :
- La maison est à l'image de l'homme.
- Et comment est l'homme, demanda Hugo légèrement inquiet ?
- Chaleureux, accueillant et romantique.
Touché par le compliment, il eut le courage de lui poser une question qui le turlupinait.
- Pourrais-je te demander ce qui t'a décidé à passer ce bel après-midi en ma compagnie, l'autre fois ?
- Ton sourire, Hugo. Il était chaleureux, accueillant et romantique, une fois l'homme dégagé de sa flaque.

Riant de bon cœur, Hugo la prit dans ses bras pour lui donner un long baiser tendre. La tenant par la main, il la conduisit ensuite au salon, passant sous l'arche de la glycine. Il avait préparé une table d'amoureux avec un joli bouquet de fleurs des champs. Profitant du fait qu'Hugo l'avait abandonnée pour se rendre dans la cuisine, Elsa s'éclipsa. Elle voulait récupérer le gros paquet resté à l'arrière de la voiture. À son retour, elle en sortit tout d'abord une bouteille de Château Chevalier, précisant qu'elle était retournée manger seule au petit bistro et qu'elle avait demandé au patron, à la fin du repas, de lui vendre une bouteille. Celui-ci avait refusé catégoriquement qu'elle la paye. Alors, elle avait décidé d'offrir un cadeau supplémentaire. Elle sortit du grand sachet un sous verre enrubanné de Bolduc à frisettes multicolores. Hugo constata qu'il contenait une aquarelle, une marine plus précisément. On y voyait les Rochers Jumeaux et la pointe Sainte-Anne. On distinguait dans le lointain une vague silhouette humaine, une petite flamme rouge. Une signature paraphait l’œuvre: Elsa avril 95.


Une invitée de marque dans la maison d'Hugo
Hugo, très ému, complimenta vivement Elsa pour la qualité de son coup de pinceau et ne put s'empêcher de la prendre à nouveau contre lui pour déposer un baiser amoureux au creux de son cou. Le reste de la soirée..? Sachez juste qu'elle fut à leur image, gaie, tendre, romantique et pleine d'imprévus. Quoique...

Au petit matin, alors qu'Hugo dormait encore comme un enfant, deux belles pommes roses se glissaient en catimini hors des draps. Elles surmontaient deux jambes de reines, qui, quittant la chambre sans bruit, se faufilèrent vers le bureau. Deux fines mains curieuses s'emparèrent d'une pile de feuilles logée dans le bac d'une imprimante. La dernière portait en gros caractères le mot "FIN" suivi d'un point d'exclamation. Deux yeux pervenche commencèrent à lire: « Hugo s'était réveillé tôt. Un rai taquin s'était glissé par un interstice du volet pour lui chatouiller le nez un instant, puis, frôlant sa paupière, illuminer un coin de son rêve... ».



Pierre TOSI - Décembre 1996 –


Nicole BERGER dans "Le blé en herbe" d'Autant-Lara 



Note: version finale de cette nouvelle en boucle ou en "final twist ". Elle se veut clin d’œil à l'adolescence. La femme blonde de la nouvelle pourrait être, en plus âgée, la Vinca (nom latin de la Pervenche) de Colette dans "Le blé en herbe". La narration s'affranchit d'éléments autobiographiques concernant les lieux et les événements évoqués. Toutefois, la jeune allemande que rencontre Hugo a ramené l'auteur à quelques souvenirs de ses premières amours adolescentes dont ma mémoire n'a conserve que les lumières, au mépris des sombres recoins.

Pervenche - VINCA

lundi 21 mars 2011

mercredi 16 mars 2011

Réglements de compte à OK Corral


Et c’est parti…

Premiers rushes du remake de "Gunfight at the O.K. Corral". Les dernières versions des navigateurs Internet déboulent en ville dans leur cache-poussière, le Stetson de guingois. Google Chrome 10 s'est exercé tout seul pendant plusieurs jours en tirant sur les bouteilles de Whiskey du saloon. Le temps de laisser Internet Explorer dégainer sa version 9 finale. Mozilla Firefox, pour sa part, attendra le 22 mars avant de brandir sa nouvelle Winchester version 4.

Pour les deux premiers as de la gâchette, c’est déjà clair, même pour les pacifistes de la navigation: les pages tombent dans les "browsers" comme les douilles d’une Gatling. Quelques pages, celles où l’on va traîner régulièrement, ont pris des pruneaux. Comme dab… Les Webmasters vont devoir remettre les mains dans le cambouis pour régler les pistons et les bielles de leurs Central Pacific. Exemples sous IE9: mon blog clignote à l'ouverture, l'affichage correct de la page des stats demande de passer en mode de compatibilité et la publication d'un billet via l'éditeur est impossible (un coup monté entre concurrents ?!). Les applications Flash musicales que je propose en mode Highslide se ferment sans couper le son. Comme toujours, les concurrents ne posent pas problème. Il faudra m'expliquer un jour pourquoi IE cherche des poux aux Webmasters... Le pompon, c'est tout de même l'option sécurité "obtenir une liste contre le tracking"qui ouvre le navigateur par défaut de votre machine: gênant quand ce n'est pas IE. Un truc pour forcer le client à le choisir comme navigateur par défaut ou à se tirer une balle dans le pied ?

Bon, ce blog n’est pas spécialisé dans le "testing" des navigateurs, ni dans la narration des plus grands duels du "Wild wild West". Cela ne doit pas cependant empêcher son shérif de signaler trois petits points sympathiques des pistolleros, même les méchants ont leurs bons cotés. Bien qu'ils s’affrontent en public au risque que quelques balles perdues plombent le tenancier du saloon ou la belle Kay en plein show, il signale:

- IE9 propose d’épingler dans la barre des tâches quelques favoris pour y accéder directement sans l'ouverture préalable du navigateur.

- Chrome 10 persiste et signe avec bonheur dans sa philosophie: simplicité d’utilisation et ouverture éclair du navigateur associée à une grande rapidité d’affichage des pages. Installé sur des structures informatiques archaïques, j'évoque en particulier le PC de secours de la Mansarde qui ramait en navigation avec les concurrents, il rétablit une bonne fluidité de défilement des pages. Noté aujourd'hui: le changement de l'image de fond après connexion à mon compte Google est impossible avec Chrome 10 alors qu'elle est effective en passant par un autre navigateur. Encombrement passager du serveur ?

- Les cartes graphiques sont mises désormais à contribution par les nouveaux arrivants. Quelques sites nouvelle formule vous permettent de juger de leurs performances et de choisir éventuellement un autre navigateur par défaut. Tenez compte cependant de vos habitudes et méthodes de navigation, ainsi que de la liste de vos sites favoris, avant de trancher dans le vif. Firefox ne semble pas proposer cette option dans sa version RC (Release Canditate = version avant lancement de la version officielle).

Après installation des deux premiers duellistes, vous pouvez partir au galop sur vos mustangs tester les sites ci-dessous et comparer les performances. Même s'ils sont dédiés au départ pour IE 9, Chrome s'en tire parfaitement. Si vous hésitez à télécharger ces navigateurs en attendant que les autres essuient les plâtres, vous pouvez toujours jeter un œil, pour comprendre plus tard la différence.

Le site ad hoc du capitaine pour ce faire - Clic -

Plus pacifique et romantique - autre site en HTML 5 -

Amazing sites

Note du 23/10/11 : je dispose en fait de Firefox 4.0 depuis le 20/03/11 (Mozilla joue les cachotiers). Les MAJ se faisant automatiquement avec les versions RC, je faisais du Firefox 4.o sans le savoir, comme Monsieur Jourdain. L'accélération matérielle est bien présente, mais les sites proposés ci-dessus ne sont pas gérés, car conçus pour IE9. Question rapidité sur les sites conventionnels, match nul pour l'utilisateur de base: cela se joue à la milliseconde près...

Truc:
on ne peut lancer Chrome directement en navigation privée qu'en modifiant la cible de lancement après clic droit sur le raccourci de l'application. Il suffit d'ajouter dans la fenêtre un espace suivi de " -incognito", comme présenté ici.

Tests de Firefox 4




Parts des navigateurs utilisés pour consulter ce blog


Vérifiez le score de capacité de votre navigateur pour HTML 5

Mes résultats globaux :

Chrome 10 = 288/400
Firefox 4 = 240/400
Internet Explorer 9 = 130/400

mardi 15 mars 2011

Fusions et fission, "doux" mélange dans les médias grand-public



Fusion nucléaire


La fusion nucléaire, dite parfois fusion thermonucléaire, est un processus où deux noyaux atomiques s’assemblent pour former un noyau plus lourd. Cette réaction est à l’œuvre de manière naturelle dans le Soleil et la plupart des étoiles de l'univers. La fusion de noyaux légers dégage d’énormes quantités d’énergie provenant de l’attraction entre les nucléons due à l’interaction forte (voir Énergie de liaison atomique). Elle est, avec la fission, l’un des deux principaux types de réactions nucléaires appliquées. Un de ses intérêts est de pouvoir produire théoriquement beaucoup plus d’énergie (de 3 à 4 fois plus), à masse de « combustible » égale, que la fission. De plus, les océans contiennent naturellement suffisamment de deutérium, 16 grammes par m3, pour permettre d’alimenter en énergie la planète pendant quelques centaines de millénaires. En dépit des travaux de recherche réalisés dans le monde entier depuis les années 1950, aucune application industrielle de la fusion à la production d’énergie n’a encore abouti, en dehors du domaine militaire avec la bombe H, étant donné que cette application ne vise aucunement à contenir et maîtriser la réaction produite. Il en existe cependant quelques autres usages moins médiatisés, comme les générateurs de neutrons utilisés notamment pour la détection des explosifs.

Contrairement à la fission nucléaire, les produits de la fusion eux-mêmes (principalement de l’hélium 4) ne sont pas radioactifs, mais lorsque la réaction utilisée émet des neutrons rapides, ces derniers peuvent transformer les noyaux qui les capturent en isotopes pouvant l’être.

La fission nucléaire est en quelque sorte le phénomène inverse par lequel le noyau d'un atome lourd (noyau qui contient beaucoup de nucléons, tels les noyaux d'uranium et de plutonium) est divisé en plusieurs nucléides plus légers, généralement deux nucléides. Cette réaction nucléaire se traduit aussi par l'émission de neutrons et un dégagement d'énergie très important (≈ 200 MeV, à comparer aux énergies des réactions chimiques qui sont de l'ordre de l'eV). C'est le mode de fabrication d'énergie dans les réacteurs nucléaires des centrales faisant l'actualité en ce moment.

Il ne faut pas confondre la "fusion nucléaire" avec la "fusion du cœur d’un réacteur nucléaire", qui est un accident nucléaire particulièrement redoutable.

La fusion du cœur d'un réacteur nucléaire se produit lorsqu'un réacteur nucléaire cesse d'être correctement refroidi, en raison d'une défaillance des systèmes de contrôle, de sécurité et/ou de refroidissement. Les crayons de combustible nucléaire (qui contiennent l'uranium ou le plutonium ainsi que des produits de fission hautement radioactifs) commencent à surchauffer puis à fondre (confusion possible avec fusionner) à l'intérieur du réacteur. La fusion du cœur est considérée comme un accident nucléaire grave en raison de la probabilité que des matières fissiles puissent franchir l'enceinte de confinement (si elle existe) et polluer l'environnement avec une émission de nombreux radio-isotopes hautement radioactifs.

Plusieurs fusions du cœur se sont déjà produites dans des réacteurs nucléaires autant civils que militaires. Toutes les fusions de cœur se sont caractérisées par des dégâts très sérieux sur le réacteur nucléaire. Dans certains cas, il a fallu réaliser le démantèlement complet du réacteur et, dans les cas les plus graves, une évacuation de la population civile des environs a été nécessaire.

Sources: Wikipédia

Notes: La fusion du cœur d'un réacteur nucléaire est donc un changement d’état, pas une réaction chimique ou nucléaire.

La production d’hydrogène ayant entrainé les explosions filmées et maintes fois rediffusées dans les reportages télévisés provient de la réaction entre le zirconium qui gaine le combustible nucléaire et l’eau du système de refroidissement. Au delà d’une certaine température le zirconium s’oxyde au contact de la vapeur d’eau avec production de dihydrogène: Zr + 2H2O –> ZrO2 + 2H2

Une certaine prudence s'impose... (lien vers un reportage de CNN, le 15/03/11) ou ici et


lundi 14 mars 2011

Oscar Wilde et le Dandysme




Oscar Wilde, de son nom complet Oscar Fingal O'Flahertie Wills Wilde, est un écrivain irlandais, né à Dublin en Irlande le 16 octobre 1854, au 21 Westland Row, et mort d'une méningite à Paris, le 30 novembre 1900.

On pourrait distinguer deux esthétiques correspondant aux deux périodes marquantes, bien qu'inégalement longues, de la vie littéraire de Wilde. La première pourrait se résumer à l'éloge de la superficialité. L'intuition de Wilde, fortement influencée par les écrivains français de son temps qu'il lisait dans le texte, était que dans la forme même gît le sens et le secret de tout art. Dans Le Portrait de Dorian Gray, il fait dire à Lord Henry: «Seuls les gens superficiels ne jugent pas sur les apparences.». Son écriture d'ailleurs correspond exactement à ses conceptions. Se refusant aux descriptions naturalistes, il se contente de poser une ambiance en égrainant quelques détails: la couleur d'un rideau, la présence d'un vase, le passage d'une abeille près d'une orchidée. La deuxième période, celle de la prison et de la déchéance prend l'exact contre-pied théorique : dans son De profundis, Wilde répète comme une litanie pénitentiaire ce refrain: «Le crime, c’est d’être superficiel». On assiste dans cette œuvre, ainsi que dans l'autre production de cette période, La Ballade de la geôle de Reading, à la reprise de formes d'écriture, comme la ballade, qui sont plus traditionnelles, jouant plus sur la répétition et l'approfondissement que sur la légèreté et l'effet de contraste.

On aurait tendance à croire que la deuxième esthétique réfute ou s'inscrit en faux envers la première: l'œil averti trouvera plutôt qu'elle la révèle. En effet, le masque du Dandy et l'affectation de superficialité, chez un esprit aussi puissant et cultivé que Wilde, n'étaient-ils pas la marque d'une volonté de dissimuler des conflits sous-jacents? Que l'on repense tout de même à l'effroyable fin du Portrait de Dorian Gray, et l'on comprendra que l'éloge «wildien» n'était pas un éloge de la superficialité, ce qu'il révèlera lui-même lorsqu'il déchut de son statut de "lion" (au XIXe siècle, on appelait lion les personnes en vue dans les salons anglais) pour tomber dans celui de réprouvé.

Commence alors une période de déchéance dont il ne sortira pas et, malgré l'aide de ses amis, notamment André Gide, il finit ses jours dans la solitude et la misère. Oscar Wilde meurt d'une méningite, âgé de 46 ans, en exil volontaire à Paris, le 30 novembre 1900. Le 28 octobre 1900, il s'était converti au catholicisme. À cette occasion, la tradition voulant que l'on offre une coupe de champagne à un adulte qui se convertissait, il aurait eu ce mot: «Je meurs comme j'ai vécu, largement au-dessus de mes moyens.». Ses derniers mots, dans une chambre d'hôtel au décor miteux (Hôtel d'Alsace, 13 rue des Beaux-arts à Paris) auraient été: «Ou c'est ce papier peint qui disparaît, ou c'est moi. ».

Après une inhumation à Bagneux, ses restes sont transférés en 1909 au cimetière du Père-Lachaise, division 89, à Paris. Son tombeau a été sculpté par Sir Jacob Epstein.

Vivian, le porte-parole de Wilde dans Le déclin du mensonge, s'oppose clairement au mimétisme en littérature qu'implique le réalisme. Selon lui, «la vérité est entièrement et absolument une affaire de style»; en aucun cas l'art ne doit se faire le reflet de «l’humeur du temps, de l’esprit de l’époque, des conditions morales et sociales qui l’entourent.». Wilde contestait d'ailleurs la classification d'Honoré de Balzac, dans la catégorie des réalistes: «Balzac n'est pas plus un réaliste que ne l'était Holbein. Il créait la vie, il ne la copiait pas». Il ne cachait d'ailleurs pas son admiration pour Balzac, en particulier pour Illusions perdues, Le Père Goriot et surtout pour le personnage de Lucien de Rubempré dont il disait: «Une des plus grandes tragédies de ma vie est la mort de Lucien de Rubempré. C'est un chagrin qui ne me quitte jamais vraiment. Cela me tourmente dans les moments de ma vie les plus agréables. Cela me revient en mémoire si je ris.».

Wilde s'oppose dans The Critic as Artist (Le critique en tant qu'artiste) à une critique littéraire positiviste, qui voit dans l'objectivité le seul salut de la critique. Le critique, selon Wilde, ne doit considérer l'œuvre littéraire que comme «un point de départ pour une nouvelle création», et non pas tenter d'en révéler, par l'analyse, un hypothétique sens caché. Selon lui, la critique n'est pas affaire d'objectivité, bien au contraire: «Le vrai critique n'est ni impartial, ni sincère, ni rationnel ». La critique elle-même doit se faire œuvre d'art, et ne peut dès lors se réaliser que dans le subjectif ; à cet égard, dit Wilde, la critique est la «forme la plus pure de l'expression personnelle». La critique ne peut caractériser l'art aux moyens de canons prétendument objectifs ; elle doit bien plutôt en montrer la singularité.

La théorie critique de Wilde a été très influencée par les œuvres de Walter Pater. Il reconnaîtra dans De profundis que le livre de Pater, Studies in the History of the Renaissance, a eu «une si étrange influence sur sa vie ».

Dans Le Portrait de Mr. W. H., Wilde raconte l'histoire d'un jeune homme qui, en vue de faire triompher sa théorie sur les sonnets de Shakespeare, va se servir d'un faux, puis décrit la fascination qu'exerce cette démarche sur d'autres personnages. Le fait que la théorie ne soit pas d'office disqualifiée, dans l'esprit du narrateur, par l'usage d'un faux, va de pair avec l'idée qu'il n'y a pas de vérité en soi de l'œuvre d'art, et que toute lecture, car subjective, peut ou doit donner lieu à une nouvelle interprétation.

Le Dandysme:


Souvent assimilé au snobisme, le dandysme en est pourtant différent puisque le snob et le dandy hiérarchisent de façon inverse la personne et le groupe. C'est une doctrine de l'élégance, de la finesse et de l'originalité. Le style dandy s'attache principalement au langage et à la tenue vestimentaire.

La définition d'un dandy pourrait être: «Homme à l'allure précieuse, originale et recherchée, et au langage choisi ». Mais le dandysme n'est pas une esthétique fixée. Il peut être protéiforme, et le dandysme d'un George Brummell, souvent considéré comme originel, est très différent du dandysme d'un Oscar Wilde.

Le dandysme constitue aussi une métaphysique, un rapport particulier à la question de l'être et du paraître, ainsi qu'à la modernité. De nombreux auteurs, la plupart du temps eux-mêmes des dandys, se sont interrogés sur son sens. Ainsi, dans un contexte de décadence, Baudelaire identifie le dandysme comme le "dernier acte d'héroïsme possible", recherche de distinction et de noblesse, d'une aristeia de l'apparence : «Le Dandy doit aspirer à être sublime sans interruption, il doit vivre et dormir devant un miroir ». - Baudelaire, Mon cœur mis à nu -

Identifié, souvent à tort, comme une simple frivolité, le dandysme au contraire se pense par ses pratiquants, surtout au XIXe siècle, comme une ascèse et une discipline extrêmement rigide et exigeante. Ainsi, toujours selon Baudelaire: «Le mot dandy implique une quintessence de caractère et une intelligence subtile de tout le mécanisme moral de ce monde. » - Baudelaire, Le Peintre de la vie moderne -

Le dandysme constitue un jeu permanent sur l'être et le paraître qui explique que l'on ne distingue pas véritablement les dandys de chair de ceux de papier. Dans les romans de La Comédie humaine, Honoré de Balzac a présenté toute la gamme des dandies dont les représentants les plus caractéristiques sont Henri de Marsay: «Le jeune comte entra vigoureusement dans le sentier périlleux et coûteux du dandysme. Il eut cinq chevaux, il fut modéré : de Marsay en avait quatorze.», ou Maxime de Trailles: «Monsieur de Trailles, la fleur du dandysme de ce temps là, jouissait d'une immense réputation ».

Dans la vie réelle, Balzac avait une grande admiration pour le dandy-lion Charles Lautour-Mézeray, journaliste et mondain, qui lui a servi de modèle pour le personnage d'Émile Blondet. Il a en outre donné de nombreuses interprétations sur la notion de dandysme dans des articles parus dans La Mode (revue française) et dans son Traité de la vie élégante, 1830.

Le dandy le plus connu fut George Brummell dit le «beau Brummell ». C'était un courtisan qui fréquentait la cour d'Angleterre. Ses héritiers sont notamment Barbey d'Aurevilly, Oscar Wilde, Robert de Montesquiou, Paul Bourget ou Baudelaire en France. Le dandysme suppose un caractère personnel très altier, élégant, raffiné, voire arrogant, et il est une idée très répandue d'estimer que le dandysme perdure de nos jours par cette forme. Mais il s'agit là plus de l’« esprit dandy » que de dandysme véritable, le mouvement comprenant en sa définition même son caractère autodestructeur.

Une des statues d'Oscar Wilde à Dublin

«Le dandysme est un soleil couchant; comme l’astre qui décline, il est superbe, sans chaleur et plein de mélancolie. Mais, hélas, la marée montante de la démocratie, qui envahit tout et qui nivelle tout, noie jour à jour ces derniers représentants de l’orgueil humain et verse des flots d’oubli sur les traces de ces prodigieux mirmidons. »
Oscar Wilde

jeudi 10 mars 2011

Préhistoire contemporaine


L'ENIAC. Je ne suis pas présent sur la photo...

L
e Français est râleur et fait souvent preuve d’un conservatisme irritant. Par bonheur, il sait parfois rapidement combler le retard qu’il a pris suite à des combats d’arrière-garde dilatoires visant à repousser la soi-disant invasion d'une nouvelle technologie.

Dans les années 80, je fus convié par l’institutrice de mon fils ainé à intervenir dans sa classe de CM2 pour donner aux élèves quelques éclaircissements sur le fonctionnement des ordinateurs domestiques «made in pas France» qui commençaient à faire leur apparition sur le marché national. Notre bon pays campait sur l’incontestable suprématie de son Minitel. Il s’agissait avant tout de définir en termes simples quelques mots barbares employés par les nouveaux adeptes de ce qui allait devenir par la suite le Personal Computer. Microprocesseurs, périphériques, mémoires de stockage, mémoires vives, mémoires mortes, langages informatiques du moment (souvent le BASIC pour le grand-public) permettant de piloter un outil dont les puces simplettes n’entendent et ne s’expriment qu’en mode binaire: "0", le courant ne passe pas quelque part, "1", le courant passe quelque part, pour faire simpliste et parler puce.

Pour ce, j’avais déménagé du bureau de l’appartement mon matériel informatique digne, à l’heure actuelle, de figurer dans un musée. N’oublions pas cependant que les grands principes de fonctionnement sont restés les mêmes bien que les technologies aient permis d’effectuer des pas de géants dans tous les compartiments évoqués. Ce que j’imaginais durant l’heure qui m’était consacrée? Une pagaille monstre, des questions baroques, maints regards éperdus en direction des fenêtres dans l’attente de la sonnerie, et, plus inquiétant encore, potentiel lynchage de l’intervenant expulsé de la classe, au mieux, enrobé de goudron et couvert de plumes. Que nenni, les élèves, filles et garçons, avaient montré un grand intérêt pour l’usine à gaz et son embrouillamini de câbles trônant sur le bureau de l’institutrice. Par soucis de vérité, il faut admettre que le point d’orgue de la séance fut la démonstration de quelques jeux informatiques présents sur la machine.

Il est bon de rappeler qu’à cette époque l’homme de la rue vilipendait ce phénomène de mode microcosmique agitant tout au plus quelques professeurs Nimbus dans un recoin de garage. On prédisait à cet outil folklorique une mort foudroyante au vu de son intérêt quasi nul à améliorer ce que l’on pouvait faire alors bien plus vite avec un cahier et un crayon à papier (pas de papier). Monsieur Jourdain faisait pourtant déjà de l ‘informatique sans le savoir avec sa carte bleue, bon nombre des programmateurs de ses appareils domestiques, l’utilisation de certaines fonctionnalités d'automobiles modernes et oubliait que l’homme était allé crapahuter sur la lune aidé par des ordinateurs dont la puissance monstrueuse est dépassée par la moindre calculette scientifique actuelle.

Désormais, piquez son téléphone cellulaire à un gamin, verrouillez son portable, supprimez les distributeurs automatiques de billets dans les gares, enlevez l’informatique embarquée des véhicules récents, imposez le retour aux tubes cathodiques, la liste s’allonge de jour en jour, le peuple va se soulever pour reconstruire la Bastille. L’outil informatique est encore loin d’être parfait et son utilisation simplissime, mais, même les plus rétrogrades doivent convenir qu’il est sorti du garage au fond du jardin et s’est imposé dans la maison au point qu’il serait peu imaginable qu’on puisse l’en déloger.

Une fois de plus, il ne s’agit pas de savoir si certaines avancées technologiques sont un bien ou un mal, seul leur mésusage peut prêter à critiques négatives.

Billet connexe: Le Dragon 32 qui pète le feu

lundi 7 mars 2011

Nuits de Juin


Illustration: Caroline Tosi

« L'été, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte
La plaine verse au loin un parfum enivrant ;
Les yeux fermés, l'oreille aux rumeurs entr'ouverte,
On ne dort qu'à demi d'un sommeil transparent.
Les astres sont plus purs, l'ombre paraît meilleure ;
Un vague demi-jour teint le dôme éternel ;
Et l'aube douce et pâle, en attendant son heure,
Semble toute la nuit errer au bas du ciel. »

-Victor Hugo -

Au cœur d’une nuit claire du mois de juin, une grosse lune pâle jetait un œil bienveillant sur la campagne assoupie. Malgré l’heure tardive, la nature, encore énervée par l’ardent soleil d’une première journée d'été, avait un sommeil agité. Les hautes herbes bruissaient de mille sons. Il faudrait attendre l’aube pour que la campagne, sentant ses premiers coups de soleil s'atténuer, respire enfin paisiblement et s’assoupisse apaisée par les perles fraîches du matin. Le clapotis d'un ruisselet toujours à l'ouvrage égaillait de sa note claire ce recoin de vallée. Le soir venu, les animaux du voisinage s’y donnaient rendez-vous pour un spectacle d'ombres chinoises. On pouvait voir la chevelure ébouriffée d’un grand saule chenu se découper sur un ciel marine criblé d'une myriade d'étoiles palpitantes. A son gros pied tourmenté, des roseaux majestueux ployaient lentement quand un souffle d'air daignait leur flatter l'échine. Parfois, deux oreilles pointaient des herbes folles. Filant bien vite en épousant une trajectoire bondissante, elles signalaient la visite d'un lapin à ressorts en maraude. Les deux hublots d'une chouette nichée dans la lucarne d’un arbre creux fixaient un instant l’intrus avant de rabaisser dédaigneusement leurs stores.

Les hommes avaient grand tort de dormir cette nuit plutôt que de venir s'asseoir au sein de ce creux de verdure. L’esprit déjà accaparé par les projets du lendemain, auraient-ils su écouter comme il faut la vie nocturne et se régaler du spectacle de ce songe d’une nuit d’été? Rien à faire, Hugo n'arrivait pas à fermer l’œil. Après s'être tourné et retourné cent fois dans son lit, il avait fini par s’éclipser en catimini, laissant la maisonnée en garde au veilleur de nuit Morphée. L’air du jardin regorgeait de senteurs suaves. Les dernières roses écloses exhalaient des effluves harmoniques. Se frayant un passage dans un dru rideau d'iris qui masquait en partie la porte chancelante d’un muret ruiné, comme un furet, il avait détalé pour battre la campagne et venir se cacher dans ce petit coin de paradis, là, sous le vieux saule.

Témoin dissimulé, c’est de la sorte qu’il déroba l'étrange histoire que Peggy Libellule, commère des roseaux, narrait à Lucy Luciole, midinette des prés. Une pointe de snobisme les avait poussées à dénicher ces deux pseudonymes anglais. Nous excuserons volontiers cette coquetterie au vu de leur insigne respectabilité. Pour qui ne le saurait pas, les deux complices étaient détentrices de dons extraordinaires: Lucy connaissait l'intégralité des histoires des chemins de campagnes et de leurs buissons; Peggy était la mémoire inaltérable des ruisseaux, des étangs et des mares. Contrairement aux humains qui ne peuvent s'empêcher de colporter en les déformant les secrets qu’on leur avait confiés, elles se refusaient d'ajouter ou de supprimer un iota aux livres du monde animal et végétal dont elles étaient les bibliothèques vivantes. De générations de libellules en générations de libellules, de générations de lucioles en générations de lucioles, elles se transmettaient cette faculté fabuleuse, ajoutant chacune un maillon de souvenirs à la belle histoire cachée de la nature.

Peggy narrait ce soir une des plus belles aventures du ruisseau. C’était voilà des lustres et des lustres, bien avant que les hommes ne sachent écrire dans des livres. Le ruisseau vivait déjà en ces temps reculés. Il était juste un peu plus jeune. La vie d'un ruisseau n'est pas à l'échelle de celle des hommes, vous le savez sans doute ?

Fred, la reinette, était la tête brûlée du collège. Le conseil de discipline ne connaissait que lui. Ses professeurs lui prédisaient un avenir des plus sombres. Sauf miracle, ils n’imaginaient qu’il pût un jour s'assagir et faire quelque chose de bon dans la vie. Son péché mignon consistait à faire régulièrement « le collège buissonnier ». Pas très bon pour les études et très imprudent pour une reinette. On l'avait pourtant averti des dangers qu'il courrait à chercher l'aventure au milieu des prés. Une buse planant au-dessus de son royaume, des hérons cendrés en patrouille, et s'en était fini de lui. Il savait pourtant que, même si les grenouilles ont la capacité de gambader un peu sur la terre ferme, elles ne peuvent y séjourner trop longtemps. Danger les jours d'été où le soleil frappe fort et dessèche la peau comme le souffle d'un dragon. Les grenouilles doivent garder à portée de cuisses un point d'eau frais. Allez faire entendre raison à une reinette toquée d’escapades. Fred faisait fi des conseils pour s’adonner sans mesure à ce qu’il aimait le plus au monde. Il estimait qu’à suivre en permanence le bélier sans broncher, les moutons ne se prêtaient en fait que plus facilement à la tonte régulière.

Un joli matin de mai, c'est au décours d'une de ses périlleuses évasions bucoliques qu'il s'était retrouvé nez à nez avec une drôle de petite fleur jaune. Elle envoyait un reflet de lumière dorée du plus bel effet sur le plastron de son élégante chemise verte. Il ne connaissait pas le nom de cette jolie fleur des champs. Mais vous, vous le connaissez sans doute? C'est celui de la fleur dont les pétales jaune vif vous disent si vous aimez le beurre quand on vous la met sous le menton.
Comme elle était fort simple et d'une politesse exquise, plutôt que de laisser Fred un temps dans l'embarras, elle se présenta aussitôt :
- Je suis Lara, le Bouton d'Or. J'habite en bordure de sentier depuis quelques semaines.
- Le « Bouton d'Or », je sais ça, dit Fred pour ne laisser aucun doute quant à son érudition. Moi!... c'est Fred la Reinette.

En fait, notre fanfaron, prenait sur lui pour montrer un ton assuré alors qu’il était en proie à un trouble inconnu. Une étrange sensation s'était emparée de lui au moment même de la rencontre: une sorte de frisson. Différent cependant de celui qui vous parcoure l’échine les matins d'hiver quand la brume est glacée et que le froid vous transperce. Plutôt un frisson chaud, un truc qui serre la gorge et fait flageoler les guibolles. Il avait senti ses joues s'empourprer. Curieux pour un animal à sang froid.
- Je bats la campagne à la recherche de moucherons savoureux. Ceux du ruisseau sont bien trop fades pour un palais de connaisseur. Tu connais un endroit où ils sont vraiment succulents ?
- Tu sais, mon problème est plutôt d'éviter ces insectes. De plus, je suis contrainte à demeurer sur place. Deux petites différences entre les fleurs et les grenouilles, indiqua Larissa en lui souriant gentiment.
- C'est vrai… je disais ça pour plaisanter ! Notre fier à bras continuait à s'enliser.
- Par contre, je me rapproche de toi par le fait qu'il me faut toujours de l'eau à portée. Bien que la couleur de ma robe rappelle celle du soleil, je crains comme toi ses rayons trop vifs. Malheureusement, un souffle de vent taquin m'a fait naître sur une terre aride. Cela ne fait rien, car j'ai eu la chance d'éclore au bord d’un chemin où je vois passer des êtres captivants.

La matinée avait filé en bavardages complices. C'est à regret que Fred avait pris congé, voyant le soleil pointer au zénith. Il devait rentrer tout en laissant croire qu’il revenait du collège. Sur le chemin du retour, la petite fleur jaune lui manquait déjà. De quoi troubler sa belle insouciante coutumière. Il avait beau se dire que ce n’était jamais qu’une quille à la vanille, les jours suivants, ses vagabondages le ramenaient invariablement au sentier le long duquel pointait au milieu des herbes rares le petit bouton d'or. Son cœur se remettait à battre la chamade dès qu'il apercevait la robe de la douce Larissa. Les parents des deux amoureux finirent par flairer une étrange affaire. Conseils avisés, interdictions solennelles, punitions répétées, rien n'y fit. Comment imaginer endiguer le cours d'un grand fleuve avec quelques pelletées de sable?

L'été en son milieu se fit torride. Une fournaise embrasait la campagne et asséchait les mares. Les rayons de Phébus dardaient comme autant d'aiguilles incandescentes, écriraient plus tard les Anciens. L'éclat de la belle Larissa déclinait. Sa belle parure dorée se fripait peu à peu. La pluie des nues avait oublié la terre. Fred se faisait un sang d'encre. Lara gardait pourtant des propos enjoués. Sans doute ne souhait-elle pas inquiéter Fred. Elle sentait bien qu'elle n'allait pas pouvoir tenir longtemps si la canicule persistait.

Un matin d’Août, quand le jour nouveau s'était levé accompagné d’un soleil de plomb, les prés jaunis n'avaient même pas ressenti l'effet apaisant du baume de la nuit. Fred comprit que celle qu'il aimait courait un grand danger. Mort d'inquiétude, il décida de se lancer dans un sauvetage désespéré. Dénichant une grosse coquille vide d'escargot, il la fixa solidement sur son dos avec une tige de liseron. Plongeant sa hotte de fortune dans le mince filet d’eau qu’était devenu le ruisseau, il entreprit courageusement une navette harassante. Ployant sous son fardeau, il retournait inlassablement aux pieds de Larissa. Elle se trouvait à bonne distance de tout point d'eau. Elle l’avait indiqué. L’effort était «suranimal» pour cette petite reinette équipée de la sorte. Arrivé à destination, Fred versait le peu d'eau qui restait dans la coquille au pied de la fleur dont la tige amollie l’inclinait au point de toucher le sol. Toute flasque, elle continuait à lui sourire avec effort pour l'encourager dans son entreprise insensée.

Midi approchait, l'air ondulait sur la vallée comme au-dessus d'un brasero. Fred n'en pouvait plus. Sa peau se craquelait par endroits. Il pressentait que ses efforts allaient devenir vains. Dans un souffle, Larissa finit par le convaincre de cesser son labeur de bagnard. Sentant la fin approcher, elle souhaitait qu’il reste à ses cotés pour lui confier un secret :

"Tout a une fin, Fred, c'est la loi de la Nature. Même la terre qu'on croit éternelle, même les étoiles qui semblent immortelles. Tout finira par disparaître. Rien ne survivra à la fin des fins. Mais il ne faut pas être triste, car, dans un univers où plus rien ne fera palpiter la nuit, de l'extrême lointain, du fond du fond, montera soudain une étrange farandole: la farandole des mots d'amours. Un grand souffle surgira du néant, accompagné d'une merveilleuse lueur d'aurore, le souffle de la tendresse. Tombera du ciel une pluie de fleurs d'or et d'argent frappant les fils d'une grande harpe pour donner une musique enchantée. Elle remplira les espaces les plus reculés. Fred, n'oublie pas, aucun geste, aucun mot, aucune preuve d'amour ne seront oubliés. Quand tout aura disparu, renaîtra ce que l'on n'a jamais pu voir, saisir, emprisonner, ou toucher, et qui pourtant brille comme des étincelles entre les êtres. Chacune de ces petites étincelles rejaillira à la source de l'autre vie qui est à naître."

Larissa ferma les yeux après cet ultime effort. Au sein du cauchemar, Fred coupa délicatement avec sa bouche la tige gracile et, dans un dernier effort, partit vers le ruisseau, sa fleur aux lèvres. Arrivé au milieu du sentier, il s'évanouit. Les flammes du soleil allaient l'anéantir...

Malgré la chaleur excessive, deux petites filles remontaient le chemin en trottant. Elles croquaient des cerises. Deux petites filles toute pareilles, deux sœurs du même œuf! Elles étaient légèrement bizarres pour ceux qui les connaissaient peu. Leurs conversations ne toléraient vraiment qu'un sujet sérieux: le monde animal. Il faut croire que celui des hommes ne les enthousiasmait guère. Elles battaient la campagne à la recherche de nouveaux amis et se faisaient un devoir, quand par malheur elles trouvaient un animal mort, de lui fournir une digne sépulture. Pour elles, sans doute, les animaux avaient une âme. Folie pour les humains, évidence pour qui vient s’installer au milieu de la nuit au pied d'un vieux saule pour écouter les lucioles et les libellules.

Elles découvrirent la grenouille gisant au beau milieu du chemin, une fleur à la bouche. Tout laissait supposer qu'elle était morte. Malgré leur tristesse, après l’avoir ramassée, elles ne purent s'empêcher, comme d’habitude, de se chamailler pour savoir ce qu'elles devaient faire de la pauvre petite reinette. L'élément naturel d'une grenouille c'est l'eau, non ? Une trêve les amena à déposer d’un commun accord la reinette dans le lit du ruisseau voisin. Jetant un dernier regard triste en direction de la grenouille qui partait au fil de l'eau, elles furent frappées de stupeur en voyant l'animal amorcer quelques brasses. Fred était sauvé! Épuisé, il ne put cependant que lever les yeux pour regarder une dernière fois Larissa flotter sur l'onde avant de sombrer dans un profond sommeil propice à l'oubli.

Le lendemain, le soleil était déjà haut dans le ciel quand Fred rouvrit un œil. Un spectacle merveilleux se déroulait à la surface de l'onde. Le bras du ruisseau était couvert de fleurs splendides. Elles possédaient les belles couleurs de Larissa et Fred. Elles dansaient au gré des remous comme autant de couverts de porcelaine fine: une tasse jaune sur une soucoupe verte. Personne ne connaissait ces fleurs, mémoire d'animal, voire de libellule. De nos jours, on les appelle nymphéas ou nénuphars. Vous devinez maintenant pourquoi les grenouilles aiment tant leurs grandes feuilles pour venir y coasser. Gardez le secret.

Évitez surtout de raconter cette histoire à un botaniste, qui soutiendrait mordicus qu'une Renonculacée n'a jamais pu donner naissance à cette espèce de fleur aquatique. Pensez en dedans de vous qu’il ne sait pas que l'amour peut accomplir des choses bizarres. Mais, si vous lui racontez tout de même, au moment de la remarque pleine de suffisante du personnage, comme si de rien n'était, glissez alors cette question perfide: "Le nom 'renoncule', ne vient-il pas du mot latin "ranunculus" qui veut dire 'petite grenouille' ?"



A Caroline et Céline.



Pierre TOSI - Juin 1990 -

Liste des nouvelles du recueil

Note:
j'ai corrigé cet ancien conte pour enfants qui avait constitué un de mes premiers travaux d'écriture, voilà plus de vingt ans. En voici la version définitive. Concernant la place de cette nouvelle dans ce recueil ayant trait à la passion amoureuse, elle représente la vision juvénile de l'état amoureux.