mardi 1 juin 2010

L’appel du devoir


Le PC de secours de la Mansarde est une antiquité remise, par-ci, par-là, vaguement à niveau. Elle date de la toute fin du XX ème siècle. Point nécessaire de préciser que ses performances ne sont plus de tout premier ordre et l’intérêt qu’y portent certains musées de l’informatique. Un de ses deux disques-durs (du luxe, je sais) est bourré à craquer d’anciens jeux ayant le mérite de toujours tourner sous XP SP3. Étant donnée sa capacité, comme mon voisin, il a vite fait d’être bourré. Quoi qu’il en soit, sa carte graphique a l’étonnant mérite de supporter des jeux que même le négociant le plus sournois se refuserait à vous vendre pour ne pas se retrouver devant un tribunal suite à tromperie aggravée sur la marchandise.

J’avais testé, il y a bien des années la première version d'un jeu à la rare poésie dans lequel on fraternise avec nos voisins allemands en dégommant un nombre si coquet de leurs soldats d’élite, que Sergio Leone vous aurait engagé illico comme scénariste. Chacun sait qu'il refusait moins d’un millier de morts par heure. La version de ce jeu n’ayant rien d’officielle, l’option réseau était problématique en raison d’un numéro de série aussi connu dans le monde de la flibuste que le 118-718 (je sais, c’est pas beau… mais l’éditeur va être content après). Ce détail vous refusait l’accès à la quasi-totalité des serveurs. L’intérêt de conserver une vieille bécane, les jeux nouveaux devenus vieux qui étaient vendus à leur sortie à des prix aussi spectaculaires que les scènes graphiques présentées sur leurs jaquettes, finissent par être recyclés quelques années après, et cette fois, sont proposés pour une bouchée de pain. Une folie, j’ai acheté, il y a quelques jours, une version encore plus récente que la précédente de ce FPS à grand succès, histoire de donner le coup de grâce à ma carte graphique du Neandertal. Et bien non ! Elle ronronne toujours!

Ces jeux de boucherie ont un coté pervers. On s’illusionne sur sa capacité à ne pas être du genre à manger de ce pain la non mais, même si ce n’est qu’une bouchée. Trois heures du matin, j’ai des frissons. Je viens à peine de gagner à moi tout seul la bataille de Stalingrad en ayant opiné aux moindres ordres de mon chef bolchévique. Il ne faut pas croire ici en ma capacité de maîtriser le Russe. Il les gueulait dans un Français que n’aurait pas renié Chateaubriand. Et moi qui devait amener ma voiture au garage le jour-même aux aurores. Pas pu résister cependant avant de faire coucouche panier - assez fier de ma performance stupéfiante en mode débutant (bleu pour être précis) - de tester une partie en réseau. Le monde du jeu en ligne ne dort jamais : une foultitude de serveurs était disponible à cette heure locale de noctambule. Je vais faire un malheur dans ce secteur de combat que je connais comme ma poche. Le temps de choisir mon arme et d’organiser mon plan tactique, j’étais déjà mort. Pas grave, à la seconde tentative, ça va saigner, bande de salopards. Des messages en ligne illisibles ou sibyllins tombaient drus comme les douilles de ma Thompson. Le temps de faire quelques gracieuses pirouettes défensives me permettant d’admirer des paysages bucoliques, je foudroie en plein vol un haut-gradé. Un message douteux, en serbo-croate probablement, et me voilà éjecté illico de la partie alors que je n’avais fait qu’une pauvre dizaine de victimes collatérales dans mon équipe. Les mauvais joueurs !

Ce matin, les yeux rouges, en allant chercher ma baguette à la boulangerie, aucun des lampadaires, auxquels j’ai pourtant dit poliment bonjour, ne m’a salué. L’infamie me collait donc à ce point à la peau ?

7 commentaires:

  1. Très drôle, comme toujours. Et l'on a usage de dire que les Français sont bien accueillis à l'étranger?

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  2. Macheprot> en fait, probablement plus de ma génération d'envisager une carrière de "serial fragger". Même si j'ai un peu plus de 18 ans et que j'ai le droit comme dirait mon plus jeune fils.

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  3. Et ce matin, an allant chercher ta baguette à la boulangerie avec les yeux rouges, je parie que tu as oublié les yaourts !

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  4. Ah ah ! De quel jeu mystérieux s'agit-il ?

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  5. Denis> Hé hé! M...., les yaourts!

    Fox> Seuls les ressortissants de la Perfide Albion et de leurs anciennes colonies pourront lever l'énigme. En utilisant un outil linguistique, bien entendu, car peu d'entre eux étudient les langues mortes, même quand ils ont décidé de venir vivre dans le Périgord...

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  6. On peut aussi évoquer l'hypothèse d'un spécialiste mortifié par l'affront. Un redoutable tireur embusqué, nouveau sur la place, susceptible de le faire tomber de son piédestal.Une manœuvre de couard ignoble: si l'hypothèse est la bonne.

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  7. SDK> Si telle était l'explication, l'adjectif "ignoble" ne serait absolument pas usurpé, adjoint qui plus est au nom plus que commun de "couard".

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