vendredi 27 novembre 2009

La basse obstinée de Pachelbel


Source Wikipédia

Johann Pachelbel est un compositeur allemand de la période baroque né et mort à Nuremberg: baptisé le 1er septembre 1653 et décédé le 3 mars 1706.

Le Canon de Pachelbel dont le nom complet est Canon et Gigue en ré Majeur pour trois violons et basse continue - en allemand Kanon und Gigue in D-Dur für drei Violinen und Basso Continuo - est l'œuvre la plus célèbre de ce compositeur.

Elle a été écrite en 1677, en pleine période baroque comme une pièce de musique de chambre pour trois violons et basse continue, mais elle a depuis été arrangée pour une grande variété d'instruments. Le Canon était à l'origine suivi par une gigue reprenant le même thème musical, mais cette composition est rarement exécutée ou enregistrée de nos jours. Ce morceau est extrêmement connu pour les mouvements répétitifs de ses instruments à cordes qui en ont fait un des morceaux les plus utilisés de la musique populaire.

Le canon original est joué par trois violons au dessus de la ligne de basse. Au début, le premier violon joue la première variation. Lorsqu'elle touche à sa fin, il entame alors la seconde variation, alors qu'un second violon démarre lui la première variation. À la fin de la deuxième variation, le premier violon entame la troisième variation, le second la deuxième, le troisième la première, et ainsi de suite. La complexité de la structure du canon augmente vers le milieu du morceau alors que les variations deviennent plus complexes. Après cela, le morceau retourne graduellement à une structure plus simple. Il y a au total 28 variations.

Le nom de "Canon en Ré Majeur" est d'ailleurs relativement inexact car la pièce n'est pas strictement un canon mais davantage un chaconne ou un passacaille. Elle est basée, aussi bien harmoniquement que structurellement, sur un ostinato (ou ligne de basse) de deux mesures. Les accords de cette séquence sont : RE majeur (tonique), LA Majeur (dominante), SI Mineur (tonique parallèle), FA# Mineur (dominante parallèle), SOL majeur (sous-dominante), RE majeur (tonique), SOL majeur (sous-dominante), LA majeur (dominante). Cette séquence (ou davantage de proches imitations) peuvent être retrouvés dans d'autres canons de la musique classique.

Mozart l'a ainsi utilisé dans un passage de La Flûte enchantée (1791), au moment où les trois jeunes garçons apparaissent pour la première fois. Il pourrait s'être inspiré de la séquence que Haydn utilisa dans le menuet de son quatuor à cordes op. 50 nº 2, composé en 1785. Cependant les passages de Haydn et de Mozart ne concordent pas exactement avec celui de Pachelbel : ils divergent en effet tous deux sur les deux dernières mesures.

Le canon de Pachelbel représente peut-être le plus extraordinaire phénomène de reprise dans toute l'histoire de la musique. En une courte période, au début des années 1970, il passa du statut d'œuvre assez obscure de musique baroque à celui d'objet culturel universel familier de tous. Il a été joué en d'innombrables versions, aussi bien en utilisant les partitions et instruments originaux qu'en l'arrangeant pour d'autres instruments ou genres musicaux. Le processus ne semble d'ailleurs pas s'essouffler.

La "popularisation" a certainement démarré avec la parution en 1970 d'un album de l'œuvre par l'Orchestre de chambre Jean-François Paillard. Le canon a également été enregistré la même année, arrangé et dirigé par Karl Münchinger, Orchestre de chambre de Stuttgart. Cet enregistrement est toujours considéré comme l'un des meilleurs jamais effectué.

Le canon fut adapté musicalement pour la première fois dans une chanson pop en 1968 par le groupe espagnol, Los Pop Tops dans "O Lord, Why Lord ?" et par les Aphrodite's Child dans "Rain and Tears". Le fim, L'Énigme de Kaspar Hauser de Werner Herzog, sorti en 1974, fait entendre le Canon, de même que sa bande-annonce.

Il a même été utilisé comme Hymne national de la Russie en 1918 par Alexander Vasilyevich Alexandrov.

jeudi 26 novembre 2009

Margotte et Picasa vont en promenade


Asters - Photo Margotte

Dans la série "les contacts Picasa", je tiens à vous faire partager un lien vers les albums publics de Margotte qui fait ma foi de fort jolies photos de nature de nombreuses régions de France. Je me suis permis de réaliser un diaporama musical PPS à base de quelques unes de ses photos partagées pour les amateurs du genre.





lundi 23 novembre 2009

Cyclopes


Un cyclope très gentil


L’histoire ne retient que les vainqueurs, paraît-il ? Quoi de plus faux en fait, puisque tous un jour ont connu la défaite tout en restant dans l’histoire avec celui ou ceux qui les ont vaincus. Même les héros de la Mythologie ont connu au moins la mort et parfois se sont vus astreints à un châtiment exemplaire après le grand passage. On ne me retirera pas de l'esprit que cette dernière constitue pour le moins une forme de défaite pour le gagnant né.

La destinée d’un compétiteur farouche a toujours quelque chose de pathétique. Même si ce dernier a la sagesse de quitter les feux de la rampe en pleine gloire, c'est plus un aveu caché qu’elle touchait à sa fin que l’affirmation d’un triomphe définitif. Le temps qui passe en aurait fait, quoi qu’il en soit, un jour ou l'autre, un "has been".

Quand on observe les rapports humains, même à l'intérieur d'un microcosme, ils calquent de façon sommaire ceux des animaux dans leurs combats entre dominants et dominés. On a tendance à survendre le rôle, soi-disant, enviable du dominant. Sa vie durant, il use pourtant sa belle énergie à déployer avec constance ses capacités susceptibles de maintenir son leadership. Le reste du troupeau, le plus grand nombre, se cantonne aux rôles d’adulateurs, de courtisans ou d’employés subalternes. Il serait intéressant de savoir qui, au bout du compte, se retrouve avec le bilan énergétique le plus favorable un fin de course: le numéro un qui a du maintenir une vigilance de tous les instants pour conserver son rang ou celui qui a pris régulièrement sur lui pour avaler des couleuvres et manigancer pour rester en grâce ? Pour caricaturer les théories de Laborit, comme dans le film de Resnais, "Mon oncle d'Amérique", on pourrait dire que ces deux extrêmes courent droit aux pathologies psychosomatiques induites par un stress répété.

Le philosophe qui comprend bien que l’individu est un animalcule éphémère, errant un temps infinitésimal à la surface d’une planète perdue dans l’immensité du cosmos, n’est pas mieux loti. Ses réflexions l'amènent vite à se démobiliser vis-à-vis des mots d’ordre prônés par la société à laquelle il appartient. L’hédoniste pensera que le seul mot d’ordre qui puisse tenir la route consiste à vivre le plus agréablement possible la trajectoire qui va de sa naissance à sa mort. Cela ne dégage pas pour autant des idées claires sur les techniques à mettre en œuvre pour y parvenir. Quelles que soient celles qu’il ait choisies, nombre de ses congénères lui mettront bien entendu, volontairement ou involontairement, des bâtons dans les roues durant ses entreprises. Même ayant décidé de se faire ermite et de suivre cette fois Laborit dans son éloge de la fuite en mode outrancier, il risque rapidement de devenir son propre ennemi.

Me voilà donc bien songeur, en plein milieu du gué, avec ma belle philosophie ou psychologie de comptoir. Me reste tout de même la possibilité d’affirmer mes gouts concernant les congénères que j’aime croiser sur ma route. Il est une vertu tombée en complète désuétude. En parler vous fait courir le risque de passer illico pour un individu aimant se vautrer dans la mièvrerie, pour le candide de service, le cucul la praline du canton, l’amateur de guimauve. Parler de bonté humaine est déjà fort suspect. Évoquer la gentillesse vous rend parfaitement suspect et vous ostracise dans l’univers de Walt Disney.

Pourtant... pourtant, je dois avouer que je juge favorablement ceux que je croise à l’aune des gestes qu’ils ont eu à mon égard lorsqu’ils sont sous-tendus par cette vertu qui aide à traverser la vie, le souvenir en tête des petits bonheurs simples et des moments joyeux vous ayant évité de désespérer de la race humaine. Je ne les prends pas pour autant pour des pauvres êtres cantonnés à leur partition de dominés, sachant que d’aucuns affirment que gentil n’a qu’un œil !

mardi 17 novembre 2009

L'arithmétique du potager







L'arithmétique du potager est une animation Flash réalisée par Le Blog-notes de la Mansarde.


lundi 16 novembre 2009

L'optique de Johnny...

Brève de comptoir adressée par un correspondant:

Laetitia demande à Johnny : "J'aimerais faire un cadeau à mes neveux, mais je ne sais pas quoi ?"
Johnny réfléchit et lui dit: "Tu donnes 5.000 euros au grand."
Laetitia : "Et au petit ?"
Johnny (en gueulant) : "Au p'tit qu' 2.000 !"

vendredi 6 novembre 2009

Soleil couchant


Elle voulait changer d'air, voir la mer. Regards embués vers les cartes postales accrochées au buffet de sa cuisine, petites lucarnes magiques en carton glacé ouvrant sur autant d’évasions convoitées. Tous ces avions qui passaient dans le ciel et elle qui restait plantée sur le tarmac comme une âme en peine. Pour cette femme enfant, il fallait imaginer avant tout la convoitise d’escapades policées. Sans doute imaginait-elle que le soleil des basses latitudes raviverait sa flamme vacillante pour un compagnon palissant ? Un teint de peau colonial à la Somerset Maugham pourrait lui redonner un semblant d’attrait. Une réserve astringente asséchait chez elle toute rosée émotionnelle naissante. Le moindre débordement des sens était dévitalisé sur le champ. Exposer une parcelle du monde secret de sa sensualité déclenchait chez elle un vertige panique. Son éducation l’avait conditionnée aux plaisirs masochistes. Le goût exagéré du sacerdoce à autrui n’est pas sans conséquences. C’est probablement exact que la seule jouissance qu’on puisse réellement offrir aux martyrs arrivés au paradis, c’est de les en chasser à grands coups de pieds aux fesses.

Partir aurait pu l’aider à relâcher ses liens familiaux oppressants. Mais Hugo savait que promptement rassasiée d’excursions convenues, tout la presserait à rentrer au triple galop s'imprégner à nouveau des remugles du paddock tribal, les fontes bourrées de colifichets. Elle avait beau aligner des tirades ronflantes sur les vertus du voyage, il n’y décelait qu’un besoin d’émotions synthétiques sur fond de gargouillis consuméristes.

Hugo aimait voyager, mais malheureusement pour elle, c'était avant tout dans son imaginaire. Ses modes de transport : sa flottille de livres, son escadrille de phantasmes amoureux, son écurie de disques, sa caravane de souvenirs heureux. Comme il est exceptionnel de partager ces modes d'évasion, il voyageait seul la plupart du temps et assez peu géographiquement. En contrepartie, il pouvait embarquer à toute heure du jour et de la nuit quand le ciel devenait gris et le spectacle de la vie triste à mourir.

Un jour, cependant, lançant sur le tapis le fruit de maigres économies, il s’inscrivit avec elle à un voyage lointain. Dés l'aéroport, son coup de poker lui infligea la sanction qui s’abat immanquablement sur celui qui fait fi de ses intuitions. Le glacis émotionnel du lieu de transit où il patientait avant l'embarquement était peuplé d’êtres aux visages tendus, sillonné de colonnes de chenilles processionnaires traînant des paquetages hétéroclites en direction d’aires d'envol où elles allaient se figer dans une attente nerveuse. Se sentir membre discipliné d'un groupe assoiffé de migrations régulées, acteur obligé de séquences de transit réglementées, de conduites automatisées, lui gâchait déjà son plaisir. Sourires professionnels des hôtesses et des stewards, pantomime rituelle des consignes de sécurité ânonnées sur un ton impersonnel à bord de l’aéronef. La chorégraphie grotesque, à l'intention probable des malentendants, lui fichait le bourdon. Qu'on lui mime avec une bonne humeur affectée les gestes à accomplir au décours du crash qui pouvait sonner le glas de la joyeuse escapade, transformait Hugo en observateur goguenard embarqué dans un supermarché volant du tourisme. Le voyage industriel entame le goût du fruit. Les grosses pommes rouges joufflues aux galbes racoleurs des rayons fruitiers des supermarchés n’ont jamais la saveur rare des pommes sauvages cueillies dans un verger abandonné au décours d’une rapine aventureuse.


Hugo, dégoûté des univers passionnels et de leurs douloureux cortèges, avait fait le choix d’une relation calme. Il s'ennuyait paisiblement. Dieu que cette fille avait l’air triste, amoureuse d’un égoïste. Le peu qu'il connaissait de son enfance lui avait suffi à comprendre les règles du jeu principales héritées de son milieu. Elles puisaient dans les valeurs d’un bolchévisme moribond. Du chaudron populaire où bouillonnent théoriquement les forces natives, monte parfois la vapeur corrosive de l’intolérance. Pour obtenir l’adoubement du milieu, il faut souvent en passer par une initiation laborieuse et les jugements sans nuance d’un tribunal populaire. Pragmatisme et utilitarisme sont brodés en lettres d’or sur sa bannière. A chaque religion ses hérétiques. Les anciens artistes commandités par les instances du bolchevisme étaient devenus des plus lourds que l'air, lestés par les dictats idéologiques. Seules, quelques pirouettes facétieuses, arrivaient à bafouer les règles de l'académisme d’état. L'observateur perspicace pouvait alors déceler derrière ces visages radieux tournés vers les lendemains qui chantent, ces bannières frappées de faucilles et de marteaux claquant dans la tempête de la révolution, ces bâtiments massifs et pompeux cimentés par la sueur et le sang des masses laborieuses, ces ciels aux lumières apocalyptiques, des poses statuaires feignant l'élan vital qui dissimulaient en fait, sous des postures cabrées des Spartacus chapeautés de casques prêts à briser des liens, des hommes qui ne s’attaquaient pas à ceux qu'imaginait l'état commanditaire. L'art n'a pas de religion, d'idéologie ou d'appartenance. Il n'excelle qu'en son genre.

Hugo avait résisté patiemment aux jugements avec d’autant plus d’ironie qu’il était issu du même milieu social, bien que n'en n'ayant pas épousé les modes de pensée. La pression du milieu était cependant trop forte pour qu’il puisse aider la fille à sortir du bocal sans l'asphyxier. Hugo était profondément touché par sa gentillesse et son infinie patience. Sa douceur et son tact l’avaient toujours incité à la protéger. Mais comment une fille conditionnée aux poncifs du monde du travail pouvait-elle admirer le sybarite dilettante qu’il était devenu? Il se demandait ce qui l'attachait réellement à lui. Hugo craignait que ce fût le manque d'alternative.

A cette heure, le patient anglais planait au dessus d’un océan sablonneux aux éclats de quartz scintillants. Une heure plus tard, l’avion allait piquer vers un long ruban végétal gainant un filament aux sinuosités molles. La vie se ramassait sur cette bande étroite fertilisée par les alluvions du fleuve Nil qui striait l’immense désert.

A la sortie de l’appareil, Hugo reçut un véritable coup de massue: la température dépassait largement les quarante degrés. Malgré, ou aidé, par le choc thermique, il ne fut pas long à tomber sous le charme du pays. Cette lumière ocre et rose, il ne la connaissait pas. Cette vie grouillante et chaude, ce brassage ethnique bigarré, cette cohabitation entre costumes traditionnels et tenues dernière mode européenne, ce bruit de fond de klaxons échappé d’un trafic automobile anarchique aux antipodes des règles de circulation usuelles, lui montraient à l’envie qu’il venait de changer d’univers. Assailli sans cesse par des commerçants voulant le traîner dans leurs boutiques, juste pour le plaisir des yeux, plongeant alternativement d’une atmosphère mondialisation à celle de scènes de vie inchangées depuis la plus lointaine antiquité, il retrouvait peu à peu sa fièvre imaginative et sa bonne humeur.

Le lendemain matin, accoudé au bastingage du bateau de croisière, il voguait sur un champ de fleurs aquatiques aux couleurs intenses et longeait des berges vertes plantées d’arbres à palmes aux essences variées. Des nuées d’enfants saluaient les passagers un instant avant de reprendre leur baignade au milieu de troupeaux d’animaux domestiques venus boire au fleuve. A l’Ouest, les dunes Arabiques, à l’Est, les dunes Libyques bouchaient l’horizon et faisaient oublier aux passagers qu’ils s’enfonçaient au cœur d’un désert infini. Les halos dorés qui festonnaient les ondulations sablonneuses rappelaient cependant, qu’en arrière, la lumière arrachait à l’océan des sables des vapeurs propices à des couchers de soleil époustouflants. Le guide qui encadrait le groupe sut prestement conquérir son auditoire. Sa culture domestiquée, son humour, l’admiration sans borne qu’il portait à son pays, circonvint rapidement Hugo. Il avançait à grands pas dans sa découverte de l’ancienne Égypte, de ses monuments érigés à la gloire des maîtres et dans sa connaissance des rites dédiés aux dieux, souvent porteurs d’une grande poésie. L’évasion prenait fin quand les préoccupations médiocres du groupe auquel il appartenait et les réflexions du style « les bronzés en croisière» le ramenaient au monde auquel il appartenait. Sa compagne s’adonnait à la collecte forcenée de souvenirs. Elle refusait de passer à coté de bonnes affaires, maîtresse, imaginait-elle, dans l’art du marchandage. Il s’était amusé du courroux qu’avait occasionné une de ses expéditions mercantiles. Tombée sous le charme d’un beau parleur lui laissant supposer un intérêt puissant pour sa personne, elle s’était fait refiler une cargaison de safran capable d’alimenter la consommation française annuelle. Sortie de l’envoutement favorisé par le morceau de Jean-Jacques Goldman «Aïcha» que le fakir aux épices passait en boucle, elle avait compris la manœuvre au moment de l’addition : «Tu aurais du m’arrêter avant, si tu savais que le safran était si cher!»

Hugo lui avait pourtant adressé quelques regards obliques dissuasifs. En fait, il était ce jour en prise à des réflexions d’un autre ordre. Se méprenait-il sur les avances répétées et peu discrètes d’une jeune passagère de la croisière? Elles avaient finies par aviver la jalousie de sa compagne. Celle-ci faisait partie de ces femmes jamais convaincues de leur choix affectif et ne le confortant que dans l’adversité. L’ahurissement d’Hugo tenait au jeune âge de la gourgandine, émoustillée sans doute par son premier voyage exotique. Le coté tordu de la chose : c’était en fait son voyage de lune de miel. Le rustre auquel elle s’était acoquinée pouvait lui poser question. Il était cependant peu probable qu’elle ait été vendue à son maître sur un marché d’esclaves. Hugo était à mille lieues de vouloir donner suite aux signaux de cette midinette en proie au doute ou tout simplement soucieuse de tester ses charmes dans des circonstances plus que douteuses.

l'Égypte était en but aux assauts intégristes. Les rues des villes grouillaient de barbus enturbannés accompagnés de femmes aux habits ternes, le visage dissimulé en partie sous des foulards laissant entrevoir parfois ce qui pouvait passer pour de la résignation. Hugo se demandait si les interdits religieux parvenaient vraiment à étouffer leur désir? Les textes d’extases mystiques donnaient souvent dans un style littéraire qui frôlait celui du récit érotique, empruntant une part de son vocabulaire.

Alors que la croisière touchait à sa fin, désireux de dissiper tout malentendu, Hugo avait décliné l’offre d’une visite de musée en comité restreint à laquelle la jeune mariée l’avait convié ainsi que sa compagne. Il avait préféré flâner le long des quais de la dernière ville escale. Le soleil plongeait vers les sables. Hugo s’assit sur un banc pour mieux profiter de la magie de l’instant. Accoudé à la rambarde métallique qui bordait le fleuve, un groupe d’autochtones en tenue traditionnelle profitait aussi du spectacle. La force de l’habitude ne semblait pas avoir émoussé leur plaisir. Attirée par une température devenue légèrement plus clémente, une marée de promeneurs passait devant Hugo. Les hommes en tête, la suite des femmes dans leur sillage. Des nuées d’étourneaux piaillaient dans les branchages des flamboyants de la grande avenue. Les klaxons de la ville accompagnaient leur concert assourdissant.

Au moment où Ra allait se cacher derrière les dunes, un phénomène étrange se produisit. Des paillettes d’ors sombres et des irisations saumonées emplirent l’atmosphère comme une pluie sèche croulant lentement sur le fleuve. Les oiseaux stoppèrent d’un coup leurs piaillements entêtants. Les bruits de la ville s’estompèrent aussi de manière étrange. Un des spectateurs du couchant salua Hugo en lui souriant. Une femme à la démarche de reine, parée de noir, port altier et tête couronnée, arrivait à leur hauteur. Son visage moyen-oriental s’éclaira pendant quelques secondes d’un sourire éclatant. Un regard de braise comme seules savent en décocher sans ambages les femmes du pourtour du bassin méditerranéen aux hommes qui leurs plaisent, se planta droit dans les yeux d’Hugo. Témoin du manège, son complice égyptien du couchant adressa cette fois à Hugo un sourire amusé. Lui aussi avait remarqué la grande beauté de la passante. Son sourire semblait lui indiquer qu’il appréciait qu’un étranger prenne le temps de contempler la magie des crépuscules de son pays et la splendeur de ses reines.

Hugo tenait la réponse à sa question. Mais était-il nécessaire pour lui de s’asseoir seul sur un banc à des milliers de kilomètres de chez lui pour la découvrir? Il devait cependant convenir qu'il était idiot de refuser un voyage sous prétexte qu'on avait sa petite idée sur la question. Un souvenir de plus à embarquer avec lui sur le galion, les soirs où il appareillait pour s’évader.

Pierre TOSI - Juin 2002 -


Nota Bene : Photographies argentiques personnelles illustrant une nouvelle imaginée durant un séjour en Égypte en 1997.
Celle du haut du billet m'a permis de fixer sur la pellicule le bateau à aubes de « Mort sur le Nil » (Death on the Nile) du film britannique de John Guillermin, sorti en 1978. Il s'agit de la première adaptation au cinéma du roman d'Agatha Christie publié en 1937.


jeudi 5 novembre 2009

Partage Picasa



Picasa permet aux internautes de partager des albums photos publics ou privés. Un internaute asiatique m'ayant communiqué un lien vers ses albums publics par l'intermédiaire de mon espace personnel, je me permets de vous le faire partager. Plusieurs séries "Nature", entre autres, valent vraiment le détour. La photo du billet en fait partie.


mercredi 4 novembre 2009

Le singe nu de Desmond Morris


Il est des livres que l’on a prêtés et qu’on estime ne plus jamais revoir. Celui-ci a fait cependant sa réapparition dans ma bibliothèque, bien des années après son prêt. Les nombreuses remarques et les remerciements au crayon figurant sur sa deuxième de couverture, ainsi que les annotations des divers lecteurs sur un grand nombre de ses pages, m’indiquent que de nombreux intermédiaires en ont fait bon usage.

Desmond Morris est né le 24 janvier 1928 au Royaume-Uni près de Swindon, Wiltshire. C’est un zoologiste vulgarisateur et un artiste peintre surréaliste.

Il réalise en 1957 une exposition de peinture faite par Congo, son chimpanzé, avant d'être remarqué comme présentateur pour l'émission Zoo Time dans les années 1960. Également producteur de shows télévisés et auteur de livres de zoologie, son éclectisme n'a pas contribué à sa crédibilité scientifique dans sa présentation animale de l'être humain. Il reste pourtant un précurseur en matière d'éthologie humaine (voire de la sociobiologie humaine), notamment à travers l'ouvrage «Le Singe nu», best-seller de 1967 vendu à plus de dix millions d'exemplaires.

Le teaser des Éditions Bernard Grasset en 1968 :

En tête, depuis plusieurs semaines, de la liste des best-sellers américains (460.000 exemplaires vendus en trois mois), « Le Singe Nu », qui nous vient d’Angleterre, triomphe dans dix-huit pays. La raison de ce raz de marée ? C’est qu’il nous est montré, démontré, expliqué que, loin de descendre du singe, comme on l’affirme et le dément chaque jour, nous en sommes… On sourira, on rira, on s’émerveillera, on se récriera, on s’indignera. Les révélations que Desmond Morris apporte, en particulier sur notre sexualité, paraîtront à beaucoup scandaleuses. Cette enquête aux multiples surprises est menée par un jeune savant réputé qui se fonde sur les recherches les plus récentes et sur des années d’observations. Mais « Le Singe Nu », c’est aussi et surtout, un document captivant dont l’humour a fait dire à Arthur Koestler : « Quand on se regarde dans une glace, après avoir lu ce livre, on ne se voit plus de la même façon. »





J’ai toujours été amusé par cet angle de vision sur les comportements de l’Homme moderne. L'hypertrophie de son prosencéphale le pousse à trouver à l’origine principale de ses actes mythes et transcendance. La provocation doit nous faire remonter encore plus loin et nous contenter de ce fait brut : le but principal de la vie est la conservation de la cellule depuis plusieurs milliards d'années. L’individu, ses états d’âme et le fait de savoir qui va gagner la prochaine Coupe du Monde de football, m’est avis que le sens de la vie s’en bat l’œil.
" Qui suis-je? D'où viens-je? Où vais-je? Pourquoi elle veut pas cette salope? "


dimanche 1 novembre 2009

Valse avec Bachir




Valse avec Bachir (en hébreu ואלס עם באשיר) est un film d'animation documentaire réalisé par Ari Folman et sorti en 2008. C'est une coproduction israëlo-franco-allemande. Le film a obtenu de nombreux prix dans le monde, dont le Golden Globe Award du meilleur film étranger et le César du meilleur film étranger en 2009. Il était en compétition pour la Palme d'Or 2008 et l'Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2009. Je pense que le jury de Cannes, cette année, est malheureusement passé à coté dans sa distribution des récompenses. Il a peut-être été perturbé par ce mélange singulier des genres que proposait le réalisateur, alliant animation atypique époustouflante, documentaire et travail de mémoire personnel.


Par sa pureté formelle, Valse avec Bachir double son précieux travail de mémoire d'une folle aisance à repousser les limites du cinéma d'animation. Éblouissant.
Vincent Malausa

Ari Folman vient de nous faire un dessin, peut-être même le dessin de l'année. Il vient aussi de tirer un trait définitif, rageur, sur ce que l'on croyait savoir sur la frontière entre la fiction et le documentaire.
Philippe Azoury





Concerto pour piano et orchestre en fa mineur, BWV 1056, Largo