mercredi 27 août 2008

La fusée coupe-circuit



La fusée catapulte et son parachute

Ne sombrons pas dans l’angélisme en louant à outrance la puissance des moteurs de recherche dont nous disposons. Ceux-ci ont bien entendu quelques arrières-pensées commerciales. Nombre de nos recherches nous l’indiquent avec leurs fenêtres publicitaires adjointes pendant notre navigation. Évoquant avec un ami de mon âge la nouvelle rentrée des classes, nous en étions venus à retrouver la foule d’objets d’usage non scolaires embarqués dans nos cartables et les poches de nos pantalons à la fin des années cinquante. La plupart d’entre eux sont probablement aujourd'hui prohibés à l’aune du «sécuritarisme» ambiant qui peut par ailleurs nous interroger quant à la survie de notre génération méconnaissant le catalogue impressionnant des mises en garde actuelles. Pour donner dans la poésie, "grolandaise", il serait urgent d'apposer cette mise en garde sur les boîtes de petits pois: «Attention, ce produit fait péter».

Je viens d’effectuer une recherche sur quelques uns des objets que notre mémoire avait ressuscités. Plus particulièrement ceux qui attiraient la convoitise dans les cours d’école d’antan: biscailles en acier de taille monstrueuse extraits de roulements à bille de locomotives à vapeur, pétards crapauds dont l’emballage en papier crépon rouge contenait un mélange de poudre et de gravier, gyroplanes envoyant leur hélice au ciel lorsqu’on tirait vivement l’anneau déroulant la bobine de fil solidaire de l’axe de rotation, crapauds sauteurs en tôle à l’ingénieux système de propulsion à retardement, boîtes de poil à gratter et haricots sauteurs mexicains. Je recherchais surtout les petites fusées multicolores en plastique de tirettes de fête foraine qu’on jetait en l’air et qui, lorsqu’elles touchaient le sol, faisaient éclater l’amorce coincée par un ressort dans la tête lestée. Je n’ai en fait trouvé qu’un lien brisé concernant cet objet sur un site de vente aux enchères en ligne.

Cependant, à ma plus grande joie, j’ai retrouvé un de mes jeux favoris de l’époque qui m’avait fait découvrir un nombre d’adulateurs insoupçonné dans mon quartier: un autre type de fusée. Le propulseur était une sorte de fronde constituée d’un bâton de plastique robuste muni à son extrémité d’un élastique puissant qu’on accrochait à une ailette proche du sommet de la fusée. Celle-ci, arrivée à l’apogée de sa trajectoire, au moment d’amorcer sa retombée, s’ouvrait grâce à un balancier levier pour laisser s’échapper un parachute en nylon accroché à la base. La fusée revenait au sol au gré des turbulences aériennes et des vents dominants. Les souvenirs, comme les roses, ont hélas des épines. J’ai encore en mémoire l’image de mon prestigieux engin pendouillant lamentablement, accroché à la ligne électrique aérienne de ma rue. Nos techniques de récupérations, toutes plus ingénieuses les unes que les autres (corde lestées d’un caillou, arcs artisanaux, bâtons lancés au petit bonheur), n’avaient réussi qu’à provoquer un court circuit général dans le quartier. Encore un mystère des pannes de secteur non élucidées par les équipes de dépannage commises par l’électricité de France. Bien entendu, nous ne nous étions pas vantés de notre exploit.

Les jours de grande nostalgie, je reviendrai consulter mon billet et contempler la larme à l’œil, le clone chéri de ce jouet précurseur des techniques de récupération des capsules spatiales de la décennie suivante.


samedi 9 août 2008

Papillon tatillon




Paon du jour


C’est les vacances. Alors, pas de surmenage intellectuel. J’ai recyclé dans une application Flash ludique quelques clips et routines grappillés çà et là. Mon seul petit effort de recherche a consisté à élaborer une méthode de contrôle des déplacements d’un objet sur un damier associée à une fonction de vérification de leur légalité. Le papillon des vacances, lui, va devoir travailler un peu pour butiner un maximum de fleurs sur un champ planté aléatoirement de trois espèces florales. Son parcours et son déplacement sont assujettis à certaines règles tenant à son caractère pointilleux, voire un peu snob, il faut le dire.

vendredi 1 août 2008

Août trouver le calme?

La ville au mois d’août, désertée par les vacanciers, devrait nous permettre d’échapper au tohu-bohu.

Une bonne partie de sa population est partie, stoïque, se jeter dans les embouteillages des routes du Sud pour gagner ses plages surpeuplées défendre sans grand espoir un lopin de sable contre les raids dévastateurs de hordes de bambins ou d’adolescents turbulents à l’éducation exquise*, au milieu des tirs croisés de ballons de plage. Douce illusion que d’imaginer que pour autant sa cité baigne dans un calme propice aux ballades agréables. On parcoure en fait une ville éventrée, jonchée de décombres proches de ceux des champs de bataille de la première guerre mondiale. Tranchées en tous sens, labyrinthe gorgé de déviations dues aux travaux de voirie vous amenant à passer par l'Antartique pour rejoindre son centre ou rentrer à son domicile. Slalom périlleux au son d’un orchestre interprétant en marteau-piqueur majeur un adagio sur bitume en fusion pour meuleuses, pelleteuses et autres engins de chantier ototoxiques.

L’alternative qui consisterait à rester dans son nid douillet s’avère tout aussi calamiteuse. Les gens qui ne partent pas en vacances, s’ennuient. Alors, pour s’occuper sainement, ils aménagent bruyamment leur fief. Autre concert: meuleuses de plus petit gabarit mais tout aussi stridentes, perceuses au potentiel sonore redoutable et redouté, scies sauteuses stridulantes, tondeuses à gazon rageuses et bien entendu (c’est clair !) moteurs tonitruants des camions de transport livrant les matériaux. En bonus: la fanfare des klaxons des véhicules bloqués dans votre rue servant de déviation aux travaux urbains évoqués plus-haut. A croire qu’en été, les édiles des grandes villes, avec une bienveillance et un discernement louables, versent «larga manu» aux entrepreneurs la plus grande part des impôts soutirés à leurs contribuables pour aménager la voirie, lieu d’hébergement principal des sans-abris. Enfin, le soir venu, fenêtres ouvertes pour recueillir un peu de fraîcheur, on profite à merveille des éclats de voix des disputes conjugales du quartier, du vacarme des réunions de famille et des fêtes étudiantes arrosées se prolongeant jusqu’à l’aurore. La jeunesse* désœuvrée parcoure la cité au guidon d’engins aux pots d’échappements sans chicanes en toute impunité, histoire de se faire remarquer un peu et de faire râler les vieux, ou mieux, quand éventuellement le permis est en poche, au volant de voitures équipées d’autoradio de 2000 watts, musique à toc, fenêtres baissées pour en faire profiter dans le sillage la population rescapée.

Rien de bien neuf me direz-vous. Les nuisances sonores sont en tête des doléances publiques? C’est vrai. Alors... fuir la ville? Je me souviens d’un texte d’un auteur allemand du milieu du XXème siècle (les maux de tête provoqués par le vacarme urbain m’empêchent de retrouver le nom de l’auteur) qui célébrait les bienfaits de la vie à la campagne loin des bruits de la ville: motos et mobylettes qui traversent de nuit à toute allure la rue principale, passages matutinaux de meutes de tracteurs sous ses fenêtres, vacarme joyeux des moissonneuses-batteuses dans les champs durant les après-midi languissants d’été, engins forestiers en rut agrémentant de leurs brames ses promenades sylvestres. Il évoquait aussi la joie de se sentir accompagné d’essaims vrombissants de joyeux insectes piqueurs jusque dans son refuge. Les réveils nocturnes suaves liés aux aboiements incessants des chiens du voisinage ou les sonneries puissantes régulières du clocher du village. Quel bonheur, le jour à peine levé, d’entendre, ravagé par une nuit blanche, les clairons de la basse-cour! Une fois de plus, on le constate, j’ajoute ma variation : l’enfer, c’est bien le bruit des autres.

* Digression sur la jeunesse comme on dit: « Vous avez quelque chose contre les jeunes, Monsieur? »
Question reproche qu'on adressait au bon mais défunt Pierre Desproges dans ses «Chroniques de la haine ordinaire». Non, non, Monsieur! Notre belle progéniture est un bien trop précieux pour qu’on imagine une seconde que je souhaiterais qu’il faille la traumatiser avec des interdits qu’on appelait dans les temps obscurs, courtoisie, respect des autres ou simple politesse. On comprend parfaitement l’enracinement robuste du "jeunisme" contemporain chaque fois qu’on roule derrière un véhicule placardant glorieusement sur sa lunette arrière: « Bébé à bord ». Couple radieux à l’avant affichant avec bonheur son obédience au mouvement. Le fait d’avoir inventé la procréation les convainc de défendre bec et ongle les agressions sympathiques du miracle de la vie braillard qu’ils convoient. Dans l’habitacle, aux cotés de ces concepteurs méritants et de leur enfant roi (adolescent roi en devenir), la mansuétude sans limite à son égard que prône le parti. Gare à ceux qui bafouent les privilèges attachés à leur nouveau statut. Ainsi, celui qui ne marque pas l’arrêt à un passage piéton pour laisser traverser mère et poussette, prêts à s’engager sur la chaussée dans les dix minutes qui vont suivre, passe aux yeux de tous pour un monstre. Lynchage potentiel de l’assassin en puissance par une foule bavant la haine. Le desperado était sur le point de commettre, devant les yeux horrifiés de la foule, l’acte abject signant le mépris du fruit des entrailles d’une génitrice admirable. Risquer d’écraser une veille, c’est beaucoup, beaucoup moins grave! Loin de moi l’idée de faire l’apologie de la conduite criminelle. Je constate simplement que l’imprégnation progestéronique des parturientes exhale des phéromones communiquant ses effets à l’entourage, féminin aussi bien que masculin. Aimer la jeunesse, oui. La sienne en particulier… L’idolâtrer, on n’est pas obligé tout de même.