mardi 29 avril 2008

Cacophonie en sous-sol



" Citoyen de Genève, représentant des banques et dépositaire de la pensée neutraliste, voici Eusebio Cafarelli, dit le Chanoine, entomologiste et esprit distingué. Son mysticisme à la fois très hostile au rationalisme de Saint Thomas et à l'orthodoxie mécanique de la scolastique, le pousse parfois à des actions brutales que sa conscience réprouve. Mais, le meilleur des hommes ne saurait être parfait... "
Les Barbouzes – 1964 – Georges Lautner - Dialogues de Michel Audiard

Confronté à cette loi empirique qui veut que les éléments contrecarrant nos actions s’enchaînent inéluctablement jusqu'au fiasco, je doute d'être le seul humanoïde à sortir de mes gonds en pareille circonstance. Certains appellent cette cascade de contrariétés allant de mal en pis: «La loi de l’emmerdement maximum». La plupart du temps, des objets inanimés qui ont une âme, sont à la base de ces mésaventures irritantes du quotidien qui peuvent engendrer chez le meilleur des hommes – pour reprendre la citation du haut de billet - des colères violentes que sa conscience réprouve.


L'anecdote qui suit illustre à merveille ce principe boulant. Son cadre: un appartement d'une cité de la Côte d’Azur où je passais en famille quinze jours de vacances en Août. Il appartenait à une copropriété de plusieurs petits immeubles entourant une piscine. Cette année là, le quinze tombait pile un quinze août et un lundi, beaucoup plus rare, tombait pile un quinze août. Cette précision qui peut paraître superfétatoire a son importance. L’action se déroule en fin de matinée, le samedi matin précédant la fête mariale. Le concierge de l’immeuble – nous ferons connaissance avec le personnage un peu plus loin dans le billet – a pris congé. Il profite de ce mini pont pour rendre visite à sa belle famille dans le maquis corse.

Avant de décrire l’événement domino de départ de la cascade, une courte description du tempérament de mon ex-épouse s’impose aussi: une femme d’action frétillant dans l’urgence, réincarnation probable de Jeanne Laisné (voir photo en tête de billet) repoussant les assaillants bourguignons en 1472 du haut des remparts de Beauvais à grands coups de hachette. Cette arme improvisée lui a valu le surnom sous lequel on la connait mieux:
Jeanne Hachette. Le repas mijote sur la gazinière de l’appartement: pomme de terre à l’eau, je crois me souvenir. Pour notre femme d'action, pas de problème, on a largement le temps de passer un bon quart d’heure à la piscine en attendant la fin de la cuisson. Rentabilité du séjour oblige. Moi, déjà dans le couloir :

- N’oublie pas la clef à l’intérieur !
- Oups, merci, j’ai eu chaud !

Je tiens la porte de l’ascenseur du troisième étage d’une main et le fiston de l’autre. Elle arrive en trombe. Sous les bras, serviettes de bain et accessoires de piscine, un magazine dans une main, la clef dont il est question, dans l’autre. Beaucoup de mains effectivement dans cette affaire. En s’engouffrant dans la cabine d’ascenseur, elle lui échappe. Bing, blic, blic, blic... Voilà t’y pas que le traître morceau de métal qu’on croyait mort rebondit çà et là comme une grenouille pour finir sa course dans l’interstice cabine-cage d’ascenseur. Blang, bing, bing, blinc, plus trois étages et demi plus bas... Dong. Le demi étage en plus, c’est le puits d’ascenseur dévolu aux actes techniques des employés de la maison Otis dont le sérieux n’est plus à louer. Plongeon aussi héroïque que trop malheureusement tardif de ma part. Ma main se referme sur du vide. Cette perception sensitive distale du membre supérieur droit amène le cerveau en pareille circonstance à fonctionner à la vitesse de la lumière multipliée par deux.

Mise à jour des données particulièrement poignante: trois jours dehors en maillot de bain, une marmite qui va bouillir dans l’appartement et en débordant devient susceptible d'éteindre le bruleur. On ajoute: pas de concierge durant ces mêmes trois jours pour nous fournir le double des clefs. "Furaxissimus", je suis. Mon faciès dépité a la capacité de faire rire, on va dire relativement discrètement, mon épouse. Détail qui d’illustre parfaitement la solidarité déplorable que peut avoir une femme avec son dieu et maître en pleine déroute. Arrivés au rez-de-chaussée, j'entends sonner le glas. L’accès au puits d’ascenseur est verrouillé, bien entendu...

Une telle succession de contrariétés ne peut s’encaisser sans révolte. J’erre pourtant, hagard, au bord du knock-out, un bon quart d’heure, autour de la piscine comme un animal blessé. Finit par poindre un début de plan de reconquête brillant de l’appartement du troisième étage qui ne saurait rester impunément durant ces trois jours un bastion imprenable. Mon œil de lynx a relevé une faiblesse dans la ligne de défense ennemie: la fenêtre de la terrasse est restée entrebâillée. Il va me falloir trouver un locataire de l’étage, qui plus est, compatissant, qui me laisse accéder à
son balcon. Ensuite, en progression reptatoire de gecko, je passerai de balcon en balcon pour gagner le point d’intrusion. Le talon d’Achille de la cuirasse du chevalier des temps modernes galvanisé par son plan de génie dans lequel mon imagination vibrionnante me glissait, était que je suis sujet parfois sujet au vertige. Que diantre, je terrasserai ma peur, triompherai de l’adversité et toiserai narquois, voire perfide, la donzelle qui nous avait plongés dans cette infortune calamiteuse. Comme décrit ci-dessus, les choses ont la forte probabilité d’aller de mal en pis en pareilles circonstances.

L'unique porte accueillante qui s’ouvrit fut celle d’un appartement situé quatre balcons plus loin que le mien. Je profite d’un court arrêt de jeu pour poser la question qui peut vous faire gagner un écran plasma de 102 cm: vous devez retrouver au moins trois séquences de films dans ce billet. Pour vous aider, je peux vous affirmer que Bebel dans «L’homme de Rio» aurait refusé d’exécuter trois fois de suite la cascade que j’allais m’imposer: franchissement par l’extérieur des cloisons séparant les balcons, je le rappelle, enchainé par un salto arrière. Je l’ai fait, moi, guettant l’arrivée imminente, sirène hurlante, d’un véhicule du GIGN et son contingent d’hommes prêts à faire feu sur un dangereux monte-en-l’air recherché pour ses nombreux méfaits dans le secteur. Miaou pour vous aider, car je reconnais que la question est difficile. Après bien des sueurs froides, je touche au but et saute dans la guitoune en arrosant les lieux avec mes armes de poing. Pour les pommes de terre c’était râpé, si l’on peut dire... Je suis peu friand de carbone. Le bouton de la porte d’entrée possédant un heureux mécanisme de déverrouillage interne, l’accès était désormais possible par le couloir, beaucoup plus pratique. Pour tout l’immeuble aussi durant de nos absences.
L’heure est venue d’évoquer le concierge de l’immeuble. Dring, dring, mardi matin, l'empereur, sa femme et le petit prince sonnent à sa porte pour demander son intervention. Je vais devoir décrire la situation ridicule dans laquelle je me suis trouvé quelques jours auparavant et mon plan de reconquête aux limites de l’effraction caractérisée. Le personnage m’écoute avec attention et ponctue de quelques «Vé, mon bon monsieur !», ses divers rebondissements. A mon avis, c’est la scène du balcon qui me l’a mis dans la poche.

Il me laisse entrer dans un repaire aux tonalités coloniales. Quelques bibelots évocateurs vont dans le sens des révélations que me fera plus tard l’homme au faciès de baroudeur en sirotant des verres de pastis propices à la ré-hydratation en milieu hostile: une ou deux grenades
offensives sur un bahut, un poignard de commando posé négligemment sur un coin de table, plusieurs portraits du général de Gaulle dans la pièce, un fusil à pompe accroché au porte-manteau. Il a appartenu au SAC, Service d’Action Civique, mis en place par le grand Charles en 1958. Cette variante de garde prétorienne puisait le gros de ses effectifs dans le milieu des barbouzes plus que dans celui de l’ENA, je le signale au passage. Son flair lui avait fait rapidement sentir qu’il était avait en face de lui un poids lourd capable de coups de poings éclairs et aguerri aux missions d’infiltration en terrain escarpé: un fauve dangereux, pour tout dire. En insistant un peu, je crois que j’aurais pu récupérer une de ses grenades. Toujours utile, en cas de mésaventure du genre, pour faire péter les portes récalcitrantes.



mardi 22 avril 2008

De la sérénité au chaos



Deux correspondants m’ont adressé chacun un lien vers des sites proposant des applications Flash disparates, certes, mais d’excellentes qualités.
- La première, vous conduit au Philarmonique de Berlin pour vous proposer de tester votre habileté à manier l’archet sur un morceau de Camille Saint-Saëns au violoncelle. On est donc dans le domaine du culturel. Très fier de moi, au deuxième essai, j'ai reçu un bravissimo du jury subjugué...
- La seconde est hollandaise, si j’ai bien compris, et parodie un site de vente en ligne affichant divers produits, au départ bien pacifiques, mais qui pris de rébellion soudaine créent sur la page de votre navigateur une pagaille absolue. On retombe ici dans le monde de la consommation, sur un mode humoristique plein d’imagination qui amortit la chute des hautes sphères.

Les deux liens à tester d'urgence:




jeudi 17 avril 2008

Une cruelle injustice



Je ne me souviens plus très bien si ce furent les premières diffusions télévisées d’épisodes de «L’odyssée sous-marine du Commandant Cousteau» ou un feuilleton début années soixante sur la plongée en mer qui avaient mis en mouvement l’imagination fertile de mon jeune frère. Quoi qu’il en soit, on le voyait depuis quelques semaines évoluer régulièrement dans la maison dans un déguisement surréaliste qu'il estimait probablement parfaite réplique d’un équipement d’homme-grenouille. Les accessoires qui composaient sa tenue tenaient du parfait bric-à-brac. Il les avait dénichés au gré de fouilles fiévreuses dans les tiroirs, bahuts, armoires et malles de grenier de la maison. Je cite de mémoire, une bouillotte blanche en plastique Gillac - plastique miracle - deux tuyaux souples en plastique transparent - plastique marrant - détachés sournoisement d’un vaporisateur de jardin, un masque de plongée et des palmes achetées dans une boutique du Bassin d’Arcachon lors des dernières vacances. La tanière était un clone de celle du film de Verneuil «Un singe en hiver». Une montre bracelet de tout-à-cent-francs reconvertie en manomètre de plongée complétait judicieusement la panoplie. Il traversait les pièces de la maison avec des mouvements coulés dont la chorégraphie batracienne souhaitait mimer celles des audacieux plongeurs qu’il avait attentivement mémorisée tout au long des épisodes. La bouillotte était fixée dans son dos à l’aide de deux ceintures élastiques confectionnées avec du matériel chipé dans le coffre à trésors que constituait la boîte à couture de notre mère. Les tuyaux de plastique reliaient l’orifice de la bouillotte à son appareil respiratoire l'approvisionnant en précieux mélange gorgé d'oxygène propice à ses évolutions abyssales glorieuses, en des lieux où la main de l’homme n’avait jamais mis pied. Un maillot de corps rayé bleu marine et blanc et un short Boxer léopard en nylon constituaient sa combinaison de plongée. L’enfance abolit avec bonheur toute notion du ridicule. Son opiniâtre volonté à faire totalement corps avec le personnage subaquatique qu’il incarnait lui interdisait formellement de répondre à nos questions. Il nous mimait en ce cas son impossibilité absolue de s'exprimer verbalement sous peine de courir à une mort certaine par inhalation fatale à haute pression d’eau de mer dans ses bronches. Mon cousin et moi-même n’arrivions pas à le perturber avec nos taquineries d’irresponsables, inconscients des risques insensés que nous lui faisions courir. Bonne pâte s’il en est, mon frère pouvait cependant s’envoler vers des apothéoses de colères homériques quand nous en avions fait des tonnes pour l'amener à cela.
Mon cousin, subtil farceur invétéré – l’âge n’a aucunement entamé cette propension - au décours d’une manœuvre aussi discrète que redoutable, muni d’une paire de ciseaux, avait sectionné net ses tuyaux d’arrivée d’oxygène. Nous l’avions laissé évoluer un temps avec son matériel odieusement saboté avant de lui signaler qu’il devrait être mort noyé depuis un bon moment. Il n’avait qu’à regarder dans son dos. Coupé net - comme les tubes à oxygène – dans sa brasse élastique, oubliant dans la seconde toutes les consignes de sécurité auxquelles il s’était astreint au fil des semaines, il était parti dans une fureur époustouflante qui avait finit par amener mon père et ma mère à le morigéner vertement et à lui demander d’aller se calmer promptement dans sa chambre pour comprendre enfin qu’il ne s’agissait que d’une «farce pour jouer». Sa volonté hors-norme en pareille circonstance, ne pouvait pas nous faire espérer son retour avant la nuit noire. Nous étions alors montés en catimini, mon cousin et moi, vers sa chambre et par la porte entrebâillée avions pu espionner le petit Jean-Marc (il devait avoir 5 ou 6 ans) larmes coulant encore sur des joues pourpres monologuant tristement face à la glace de l’armoire de la pièce. La phrase entendue est restée dans la famille. Nous pardonnerons la crudité des mots en proportion de l’injustice absolue dont on avait fait preuve à son égard dans cette cruelle affaire : «Merde, ils me coupent l’oxygène et c’est moi qu’on engueule !».
Lien diaporama présentant quelques-uns des protagonistes de l'anecdote: GO


lundi 14 avril 2008

L'aquarium du pauvre d'Eugène Corbin


Jean-Baptiste Eugène CORBIN (1867-1952), directeur des Magasins Réunis, commanditaire et collectionneur est attiré par la modernité. Il se passionne pour l'École de Nancy dont il devient, dans la cité, l'un des principaux mécènes. Il fait une importante donation à la ville de Nancy en 1935 comprenant plus de 600 pièces de sa collection d'abord présentées dans les galeries Poirel et transférées en 1964 rue du Sergent Blandan : l'actuel Musée de l'École de Nancy et ancienne propriété d'Eugène Corbin. Celle-ci était située à l’origine dans un vaste parc dont il subsiste un jardin très agréable qui participe pleinement à la découverte de l'École de Nancy. Les ambiances végétales restituent l'atmosphère des jardins début de siècle et le choix des essences s'est porté vers des plantes issues des hybridations des horticulteurs nancéiens à la fin du XIXe siècle : lilas, pivoines, hortensias, anémones...
Il abrite un aquarium, édifice original dont la construction fut vraisemblablement projetée, à la demande d'Eugène Corbin, par l'architecte Lucien Weissenburger (1860-1929) en 1904. Cet édifice, spectaculaire et unique, semble avoir été inspiré par les "folies" du XVIIIe siècle. L'aquarium a également été rénové en 1999 et accueille de nouveau des poissons, visibles depuis le rez-de-chaussée ; il est orné de vitraux de Jacques Gruber (1870-1936).


Photo haut: détail d'un "vase libellule" d'Émile Gallé.

Ci-dessous : trois documents photographiques personnels



VITRAIL DE JACQUES GRUBER

***
***

vendredi 11 avril 2008

Char Peugeot ou Mercedes, choisissez?




Les jumelles sont allées rendre visite à leur frère à Madrid en compagnie de leur mère. Caroline m'a chargé d'expédier son diaporama au madrilène, de retour à Nancy. Je suis resté perplexe devant cet instantané. Se serait-elle livrée en catimini à des repérages concernant une future campagne publicitaire pour une marque automobile? Si oui, laquelle? Char en pierre léonin français ou char d'acier germano-hipanique? J'ajoute hispanique car je crois me souvenir que Mercedes est un prénom féminin espagnol.

Pour les amoureux d'authenticité, le char du haut transporte en fait Cybèle, déesse d'origine phrygienne qui portait au départ le nom d'Agdistis. Elle fut assimilée en partie à Déméter = Dea Mater par les Romains après avoir conservé un temps son nom d'introduction = Magna Mater. Connaissant cela, on pourra alors ajouter ce slogan à la photo publicitaire : "Voilà pourquoi cette Mércédes est Cybèle !".



lundi 7 avril 2008

La mob à Béco ou la terreur du SAMU

Formule éculée: «La réalité dépasse souvent la fiction».

La série américaine «Urgences», aux épisodes plus dramatiques, spectaculaires et peu crédibles les uns que les autres relate le quotidien du service d’accueil d’un hôpital de Chicago. C’est bien en dessous de ce qui pouvait se passer dans les années 70 aux urgences de l’Hôpital Central de Nancy. Pour clore ce préambule racoleur à peine amorcé, je dois y aller de deux précisions qui auront leur l’intérêt dans l’anecdote qui va suivre. Primo, j’étais au moment des faits, externe en cinquième année de Médecine et sortait fourbu d’un stage en chirurgie B de cet hôpital alors spécialisé en traumatologie et chirurgie vasculaire. Secundo, parmi les nombreux titres honorifiques ronflants qui constellent mon curriculum, je suis président à vie par décision dictatoriale de "l’Association Nancy 130" mondialement connue et reconnue. Mes fonctions principales à ce poste consistaient (oui un imparfait… le «à vie» était de trop, l’association a du être dissoute suite à des événements terribles dont, bien des décennies plus tard, je refuse encore la simple évocation malgré l’insistance tenace de mon psychanalyste) à jouer le rôle d’impresario véreux pour un groupe de musique qu’on va taxer de Rock pour ne pas blesser les survivants. Ceci n’est pas une clause de style, mais une conduite prophylactique qui prendra son effet au lu de l'exit du billet.

Passons à l’anecdote, car le temps presse et je ne veux pas rater le début de "Plus belle la vie". Fin d’après-midi estivale radieuse. Une réunion de préparation du prochain concert du groupe a eu pour siège le domicile parental. Elle se termine dans la bonne humeur obligatoire pour maintenir les conditions psychologiques aptes à affronter un public exigeant. La qualité systématiquement lamentable des prestations proposées par l’orchestre eut plutôt requis un public odieusement permissif. Les membres du groupe s’égaillent dans la cité, usant de moyens de locomotion variés dont la description n’a pas un intérêt fondamental, sauf celle de la motocyclette du chanteur du groupe. Il me faut aujourd'hui faire preuve d’un effort de concentration colossal pour ne pas sombrer dans le descriptif pointilleux où pourrait m’entraîner le catalogue des mutations de l’engin à l’exotisme extrême qu’enfourchait notre baryton pour ses déplacements quotidiens. Pour faire court, nous dirons que c'était au départ une mobylette de base de marque française, trafiquée au gré de ses foucades au point de dépasser les limites de l’acceptable. Je ne possède malheureusement pas de documents d’époque de sa «103 évolution Destroyer». Cependant, j’ai trouvé sur la toile une photo qui s’en approche. Les seuls éléments qui diffèrent vraiment sont : l’écartement du guidon qui était beaucoup plus faible sur sa machine pour améliorer l’aérodynamisme, au risque d'embrocher sans coup férir les testicules du pilote lors d’un freinage violent; l'absence de bombe sur la tête du cavalier.



Je m’apprête à passer à table quand un coup de sonnette stoppe illico les copieuses sécrétions de mes glandes salivaires. Tout le contraire des chiens de Pavlov. Pourquoi donc, tiens tiens, le boucher du bas de ma rue, en grande tenue d’apparat - long tablier blanc à poche ventrale kangourou, veste de coton à petits carreaux bleus et toque professionnelle - vient-il me rendre visite à une heure aussi incongrue? Le personnage est un peu plus pâle qu’à l’accoutumée: «A whiter shade of pale». Il semble sous le coup d'une émotion peu commune. Pourtant, comme sa viande, l’homme n’est pas un tendre (ou vice-versa).

- Connaissez-vous un certain Philippe B. qui réclame votre assistance à l'intérieur de mon magasin ?
- Oui... malheureusement.
- Il vient d’avoir un accident devant ma porte.

Quand le devoir appelle, on se doit de le suivre, même si, en la circonstance, c’est un boucher du quartier. Spectacle d’horreur devant son établissement: la "103 Destroyer" git dans une mare d’huile. J’aperçois son propriétaire au travers de la devanture, entre deux têtes de veaux aux naseaux persillés, le dos tourné à des carcasses de bœufs inquiétantes, bien loin de la première fraîcheur (les carcasses de  bœufs). Il applique sur sa tête une serviette en papier sanguinolente. Cela me permet de le distinguer au milieu des têtes de veau. Ça devait arriver! Rouler sans casque et défier sans fin les lois de la dynamique des corps à frôler sans cesse les bordures de trottoirs, a fini un jour, même si c’est un soir en l'occurrence, par l'amener à percuter son destin. J’entre dans le magasin et jette en professionnel de la sémiologie médicale un œil tout aussi pudique que furtif sur l’entrejambe du sinistré. Il a évité le pire c’est déjà ça. Aucune perforation du jean.

«Il a bien tapé », ne cesse de psalmodier, un brin ahuri, le père du boucher qui pourtant avait du voir du plus gore, lui qui explosait tranquillement en sifflotant ses morceaux de barbaque à grands coups de hache. Examen attentif du cuir chevelu du missile: une entaille de dix centimètres pissant copieusement le sang mais pas de cervelle apparente.


-On a appelé le SAMU», interrompt avec bonheur la kyrielle des "Il a bien tapé". Exact, le gyrophare d’un véhicule purpurin illumine désormais de ses flashs bleus le cadre bucolique de la scène.
-Où est le blessé? Ceci confirme le fait qu'il est très difficile de le localiser parmi les pièces anatomiques animalières.
- Vous-êtes qui?
- Un prêtre de la paroisse venu administrer l’extrême-onction.
- Très drôle !
- Bon... un camarade venu recueillir le corps...
- Montez!

Allongé sur la civière, le blessé reprend peu à peu le dessus. Sa question concernant l’éventuel intérêt qu'on lui l'administre un «sérum antititanic» l’indique. L’humour revient à la charge. Je me permets de lui demander si je dois prendre ça pour du lard ou du cochon. Le service des urgences se trouve à quelques encablures du lieu du sinistre. C’est le service de chirurgie B qui assure aujourd’hui la garde de traumatologie. Comme d’habitude, la salle d’attente ressemble à la cour des miracles. Plus exactement à un rassemblement devant la grotte de Massabielle à Lourdes. Internes et externes débordés. Attente de plusieurs heures assurée. Je coince une externe dans un couloir et lui précise que je connais bien le service pour y avoir travaillé les mois précédents. S’il reste un box libre, je peux me charger d’une suture. Pas de problème. Rasage périphérique de la blessure, Xylocaïne, parage, détersion, asepsie, set de suture, masque et gants chirurgicaux, c’est parti pour la couture.

- Et ma mob?
- T’inquiète, mon frère s’en est chargé.

Reconnaissance émue du miraculé et comptage assidu des points de suture pratiqués, histoire d'enjoliver ses récits ultérieurs d'une voltige digne de la Horde Sauvage.



La fièvre du samedi soir et le tuning 103 Destroyer - Clic

dimanche 6 avril 2008

La gaffe




J’avais pris l’habitude de signer mes bricoles en Flash de l’imaginatif «Toto/Soft.com». Toto était mon sobriquet dans les cours d’école et de lycée où l’imagination est également au pouvoir. J’ai retrouvé par hasard dans un moteur de recherche l’application ludique ci-dessus avec la mention «fake». Stupeur : le sigle est bien utilisé par plusieurs sites et entreprises. Ne voulant pas titiller un seul instant le "Copyright Opera Mundi" et me retrouver engagé dans un procès ruineux faisant la une des magazines, fissa fastoche, j’ai changé le texte litigieux. Le blog-notes de la Mansarde apparaît désormais progressivement en lieu et place quand les bulles portées par les vents solaires éclatent sur les dards acérés des deux planètes en rotation. Ouf ! J’ai eu chaud ! Un coup à rebaptiser le blog : "Le blog-notes de la geôle".

vendredi 4 avril 2008

Gustav Klimt


J
’ai déjà fait part dans un billet antérieur de mon entichement pour l’Art Nouveau. Nancéen de cœur, cela paraît couler de source. Pas sectaire pour autant, ce billet propose quelques toiles de Klimt. Si l’on mesure l’ampleur de nombre de ses œuvres dans les mass média, personne ne peut l’emporter sur lui, que ce soit Dali ou Beuys, Picasso ou Warhol - pour ne citer que les plus populaires. De plus, Gustav Klimt, a une cote énorme auprès des psychanalystes. Viennois, bien entendu, contemporain de Freud, trop de pot, et pour couronner le tout, peintre symboliste. Un truc à gloser des heures sur la moindre de ses toiles. Aucun doute possible, le tableau qui illustre ce billet, bien qu’un peu moins divulgué, a bien de quoi alimenter un essai de trois-cents pages pondu par un détenteur des clefs de la psychée. Il s’agit du Jardin au crucifix (1912-1913), brulé malheureusement en 1945 au château d’Immendorf. Ne me demandez pas par quel sortilège nous avons en notre possession des documents photographiques couleur d’un tableau parti en fumée. Copies antérieures ou existait-il déjà des archives avec des photographies en couleur de qualité?



Portrait d'Emilie Flöge, 1902, huile sur toile, 181x84cm, Vienne, Historisches Museum
*

Sentier de jardin et poules, 1916, huile sur toile, 110x110cm, brûlée en 1945 au château d'Immendorf comme la première du billet.



Les Amies (détail), 1916-1917, huile sur toile, 99x99cm, brûlée en 1945 au Château d'Immendorf


L'Église d'Unterach sur l'Attersee, 1916 - Huile sur toile, 110x110 cm - Graz, collection particulière



Ferme en Haute-Autriche, 1911-1912, 110x110 cm - Vienne - Osterreische Galerie


Ce dernier tableau peut faire penser qu'il a été peint en pleine nature au même endroit que le premier présenté dans ce billet. On y retrouve en effet un bâtiment similaire, bleu en planches, et le motif floral, à droite en bordure de l'arbre, fait penser étrangement à celui du "Jardin au crucifix". Qui plus est, les dates des tableaux concordent. A partir de 1900, Klimt prit l'habitude d'effectuer de longs séjours estivaux sur les bords de l'Attersee dans le cercle de la famille Flöge.

A noter que la première image du billet a été affichée par les internautes plus de 40 000 fois à la date du 02/04/2011.

mercredi 2 avril 2008

La glorieuse incertitude des navigateurs

Les visiteurs réguliers du blog ont peut-être remarqué des variations hectiques de la présentation et des billets ces derniers temps. Rien à voir avec de brusques variations de ma thymie. La curiosité m'ayant amené à regarder mes pages sur les navigateurs internet les plus utilisés, j'ai été confronté à des phénomènes proches du paranormal : justification des pages aléatoires, disparition de certaines applications Flash, variations des polices de caractère par défaut et j'en passe. J'en suis venu à concocter un compromis permettant une visualisation quasi à l'identique sur les deux navigateurs en tête de statistiques pour la consultation du blog : Mozilla Firefox et la dernière version d'Internet Explorer.

J'ai eu l'étrange impression d'un bond en arrière me ramenant à la glorieuse époque où chaque programme informatique devait disposer de ses propres pilotes et où l'utilisation de convertisseurs était monnaie courante pour les importations de logiciel à logiciel. Je ne suis pas un adepte de l'uniformisation ou du formatage, mais le consensus sur quelques standards a parfois du bon !

mardi 1 avril 2008

L'origine du poisson d'Avril


Charles IX fait paraître en 1564 une ordonnance fixant le début de l’année au premier janvier en lieu et place du 1er avril. Les réfractaires, mécontents de cette réforme proposant une date hivernale plutôt que printanière comme départ de l'année calendaire, décidèrent d’envoyer à la tête des réformistes des poissons avariés pour manifester leur réprobation. Les Poissons, dernier signe du zodiaque et de l'hiver, n'avaient pas lieu d'évincer le Bélier qui débutait jusqu'ici le cycle par la saison du renouveau !

On donne parfois une origine plus proche à cette journée dédiée aux farces : un duc de Lorraine que Louis XIII faisait garder dans le château prison de la Craffe de Nancy, aurait trompé la vigilance de ses gardes déguisé en paysan et traversé la rivière Meurthe à la nage le premier jour d'avril, comme un poisson se glissant au travers des mailles du filet. Moi, je penche en fait pour une origine bien plus ancienne de cette tradition: elle n'est en fait qu'une pâle imitation de coutumes gauloises fort en vigueur dans un village résistant encore et toujours à l’envahisseur. Un commerçant, Ordralfabetix, est le fournisseur exclusif des projectiles piscicoles servant à ces pratiques rituelles. Photo d'archives à l'appui: