mardi 28 octobre 2008

Heureux qui comme Ulysse...



Ce billet est une forme de remerciement à un de mes anciens professeurs de Français-Latin. S’il en est dont je me suis empressé d’oublier le nom pour éviter d’alimenter quelques rancœurs envers l’Education Nationale, il faut veiller cependant à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. On lui donnait ce sobriquet: «le pif». Le visage de ce petit homme ayant de faux airs de Louis Jouvet, était paré d’un appendice nasal gracieux que Cyrano de Bergerac n’eut pu renier. Je romps avec l’anonymat qui sied à la tenue d’un blog pour faire, c'est un grand mot, "son éloge public": il s’appelait Monsieur Floss - je ne sais pas s’il est toujours en vie? Les pédants latinistes en herbe que nous étions s’empressaient d’ajouter "floris" pour décliner son nom. Le fait d’enseigner les deux matières évoquées pouvait expliquer son vif penchant pour la littérature du 16ème siècle et son amour profond des poètes de la Pléiade. Ceux-ci engagés dans l'entreprise de «l’illustration de la langue française» utilisaient un copieux matériau de construction à base de références classiques grecques et latines tout en apportant à l’édifice leurs propres néologismes, briques de notre langue en devenir.

Ce professeur était intarissable sur le sujet. Son habilité à exposer les belles facettes d’un sonnet nous amenait à comprendre que les plus habiles, malgré le carcan imposé à cet art difficile, s'en servaient pour amplifier la beauté de leurs poèmes aux thèmes simples. Il accompagnait cet exercice d’une multitude des références biographiques et nous faisait sentir la fraîcheur et la vigueur naissante de la langue du XVIème siècle de ce groupe de sept poètes français d’abord nommé la Brigade avant de devenir la Pléiade. La patience infinie et la bonté sans borne du personnage nous poussaient à succomber à son prosélytisme.
J’entends régulièrement le célèbre poème de Joachim du Bellay mis en musique (bonne ou mauvaise idée?) par un jeune chanteur français sur les stations de radio: Heureux qui comme Ulysse... J’ai été fort étonné qu’à deux reprises mon fils de huit ans me questionne sur les paroles de la chanson diffusée par l’autoradio sur le chemin de l’école. Heureux retour aux sources, de la jeunesse, inspiré par le plaisir du retour aux sources de sa jeunesse de du Bellay, ami de Ronsard qu’il avait accompagné au célèbre collège de Coqueret à Paris. Parti à Rome avec son cousin cardinal, prélat et ambassadeur, il s’y ennuie à repousser les créanciers du palais. Il se sent exilé parmi les intrigues et mesquineries de la cour. Ce sonnet exprime clairement sa nostalgie du pays natal.



3 commentaires:

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  2. Tiens, quelqu'un que j'ai connu et apprécié comme toi. Je l'ai encore vu traîner dans les rue de Nancy l'année dernière.

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  3. Bonne nouvelle, alors, "Still alive, last year!". Oups! de l'english pour notre vénérable prof de français. Tu me diras, il parlait italien couramment. Un européen convaincu sans doute, le bougre...

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