lundi 4 février 2008

Mémoires de Doc Gynécobst


L’accouchement glamour : textes enthousiasmants de Laurence Pernoud, photos esthétiques des périodiques dédiés à la naissance montrant des nouveaux nés immaculés faisant risette à l’objectif, purée, ça me donnerait envie d’être le premier homme à accoucher ou tant pis, le second, si on compte Mastroianni.


L’accouchement ordinaire : j’ai aidé (pas trop contrarié j’espère) un bon millier de femmes à mettre leurs enfants au monde au cours des mes stages internes en Maternité et mes 10 années de remplacement dans la spécialité de gynécologue accoucheur. L’esprit vif, au bout de ce court laps de temps, j’ai compris que les femmes n’en feraient jamais qu’à leur tête, mettant au monde leurs enfants à n’importe quelle heure du jour (passe encore) ou de la nuit (ça passe beaucoup plus mal) ! C'est là que j'ai pris la décision de tester ce que pouvait être une vie de famille du milieu de la courbe de Gauss. Cette mise au point d’ordre personnelle cherche à donner un peu de crédibilité à la mise en garde qui suit : « Croyez-moi, l’accouchement est une épreuve humaine rarement poétique ou esthétique. Peu d'accouchements se rapprochent en fait de la version glamour. L’accouchement zen c’est l’exception. »


Loin de moi la volonté de décourager les partantes pour l’aventure mais il est honnête de les préparer à la réalité. La naissance est une parenthèse dans le temps qui se joue étrangement entre vie et mort. Au décours d’un accouchement on observe presque toujours une bascule plus ou moins fugitive entre ces deux grands mystères humains. Deux petites graines et neuf mois plus tard, un truc venu d’ailleurs qui braille entre vos bras, encore plus éberlué que vous de son passage brutal du milieu aquatique au milieu aérien bourré de découvertes plus stressantes les unes que les autres. Bien sûr on avait de belles images échographiques du futur doudou, mais là, le couple devenu brusquement triangle, est confronté à du tangible et perçoit vite que le plus gros du boulot reste à venir et pour un nombre d’années conséquent avec un nouvel être. La vie appelle à pleine bouche, parfait et rassurant en somme, mais avant :"Est-ce que tout allait bien se passer? Est-ce qu’on serait à la hauteur de l’événement? Le bébé serait-il « normal »? et autres interrogations anxiogènes du style ?"


En phase dite élégamment « d’expulsion » (du sans-papiers ?), quand il s’agit d’être efficace et de faire sortir le bébé rapidement pour éviter l’anoxie, combien de femmes épuisées par l’attente anxieuse ou un travail long et difficile ne pensent-elles pas un instant à la mort : celle de l’enfant à naître ou même à la leur? Parfois, l’équipe obstétricale mal aguerrie surajoute sa propre angoisse, masquant difficilement son inquiétude croissante quand l’affaire tourne au vinaigre. Episiotomie, utilisation de forceps, délivrance hémorragique, révision utérine, décision de césarienne en urgence, autant d’éléments qui font qu’on s’éloigne fréquemment de la naissance image d’Epinal à l’eau de rose des magazines. Un temps indéterminé plane dans la salle de travail le spectre de la mort. Certaines femmes le verbalise même clairement entre deux efforts expulsifs en disant « Docteur, je n’en peux plus, je vais mourir ». Interrogeant mais amis obstétriciens pour savoir si je n’avais pas une vision d’illuminé, un brin morbide de la chose, ceux-ci m’ont confirmé avoir ressenti souvent aussi cette balance mystérieuse. Quelques-uns, pompeux, allaient même jusqu’à affirmer que cet événement humain à fort potentiel psychologique offrait une part mystique et de noblesse à leur profession. Bon, en moins littéraire, on perçoit cependant un événement riche en affects contradictoires pour le couple et parfois aussi, pour l’équipe obstétricale.


Pour illustrer le sujet je vais vous narrer un accouchement remontant à de nombreuses années dans une petite maternité vosgienne. La mode était au dictat de la présence paternelle au moment de la naissance. Le géniteur par sa présence rassurante pouvait épauler la mère dans les moments difficiles. Première grossesse ici, donc comme souvent, travail long et progression difficile du bébé dans la filière pelvienne. La sage femme et moi-même haranguions la parturiente pour accroître l’efficacité de ses efforts expulsifs à une heure avancée de la nuit. Coup d’œil sur le visage du géniteur : proche du livide. « Vous êtes sûr de vouloir rester. Oui docteur, ça va ! ». Je demande à la sage femme de préparer la boîte d’épisiotomie. Ce geste obstétrical consiste à inciser sur quelques centimètres le périnée de la femme quand on constate que celui-ci bombe dangereusement au point de se déchirer et d’entraîner des dégâts pelviens aux conséquences fonctionnelles néfastes dans le futur proche ou éloigné de l’accouchée. Le geste est légèrement sanglant et nécessite ensuite une réfection chirurgicale minutieuse. Efficacité du geste, manœuvres rapides d’aide à l’expulsion et sortie du bébé couvert de vernix et de sérosité sanguinolentes dans un flot de liquide amniotique. On s’éloigne bien du bébé immaculé de légende. Grand bruit dans le dos de la sage femme et de l’accoucheur. Le père vient de tomber dans les pommes et de s’ouvrir le crane sur le radiateur de la salle de travail. Pas de jaloux, il aura droit lui aussi à ses points de suture même si c’est sur un autre secteur anatomique. Le choix historique entre la mère et l’enfant se corsait ce soir du fait de la survenue brutale d’une troisième option: le père. Une heure après et deux séances de couture pour le prix d’une, tout le monde était en chambre. Catgut pour tous! On en mettait encore à l’époque sur le cordon du bébé en plus du clamp de Bar hémostatique en métal.


Happy end : Le papa étant boulanger, viennoiseries à volonté pour l’équipe le matin même !


NB : la pratique actuelle quasi systématique de l’anesthésie péridurale a considérablement réduit la pénibilité du travail de l'accouchée et de la sorte une part de la dramaturgie.


Stéthoscopes obstétricaux





6 commentaires:

  1. riri - fifi - loulou5 févr. 2008 à 09:13:00

    Mais, mais, mais...mais alors, les choux, les roses, les cigognes, tout ça, c'est des conneries ?

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  2. RR FF LL> Mais non, mais non, mais non, ils attendent sur le parking le prochain appel de la maternité qui est le dernier service contrôle avant la mise sur le marché.

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  3. riri - fifi - loulou5 févr. 2008 à 15:39:00

    Ouf! Tu nous as fait peur Onc'Pierrot !
    Ne recommence plus jamais sinon on passe chez Spirou...

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  4. RFL> C'est promis. Je ne recommencerai pas. Laissez le Marsupilami tranquille.

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  5. Et l'accouchement d'une nouvelle note, c'est pour quand ?

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  6. Capello master> Il va falloir attendre au moins le retour de couches. On en demande beaucoup à la grande multipare !

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