mardi 31 juillet 2007

God Save The Kinks



J’ai toujours eu un faible pour « Les Extravagants » de Muswell Hill, banlieue pauvre de Londres. Les frères Davies, en perpétuelle dispute à la ville comme à la scène, ont su au début des années soixante imposer peu à peu leur musique et leurs textes aux accents cockney, scénettes évoquant souvent petites joies et malaises de leur classe sociale. Tantôt provocatrice tantôt sincère, leur peinture dans la société britannique a quelques accents poétiques. Fins observateurs du quotidien des banlieues ouvrières, leur comédie humaine nous fait rencontrer des personnages du quotidien parfois attachants, hauts en couleurs, désuets ou irritants. Quand j’écoute les Kinks, je vois l’étrange Lola aux traits tirés par ses nuits de fêtarde passer devant le jardinet d’une cité ouvrière au cœur d’un après midi ensoleillé ou j’imagine la vie morose d’une impasse de quartier et ses personnages à la Ken Loach. Difficile de ne pas reconnaître le son saturé des Kinks et la coloration typique de leurs morceaux. Les Kinks étaient des artisans habiles, pas une fabrique de standards à la chaîne.

lundi 30 juillet 2007

Pouce Pousse



Ce petit jeu de mon enfance n’est probablement plus en vogue de nos jours. C’était en somme la Nitendo DS du pauvre. Taille comparable et dextérité digitale souhaitable pour le compétiteur. Je me suis amusé à construire ce pousse-pousse virtuel en Flash en recherchant la méthode la plus simple pour arriver à mes fins. Il ya sans doute plus élégant. J’utilise la fonction « hitTest » sur un clip invisible en forme de croix qui décèle le déplacement valide du carré cliqué. La position de la case vide est permutée alors avec l’ancienne position du carré déplacé. A l’aide d’un tableau dynamique récupérant à chaque mouvement les nouvelles coordonnées des carrés du tableau, le programme les compare à celles de la solution contenues dans un autre tableau généré au moment du mélange. Cette dernière fonction légèrement compliquée a un intérêt douteux sauf de proposer une autre partie après succès.

On ne sait jamais, les règles particulièrement complexes de ce jeu pourraient amener certains niais à continuer jusqu’à épuisement !

dimanche 1 juillet 2007

Cinéma Caméo

Caméo : "Cinéma d’art et d’essai". Nom et sous-titre peuvent inquiéter. La vénérable institution nancéenne, de laquelle, étudiant, je ressortais perclus de torves lombalgies héritées des fauteuils diaboliques du lieu dont aurait pu s’inspirer Louis XI comme solution alternative à ses cruelles fillettes, résiste contre vents et marées aux usines à maïs soufflé aéroports internationaux érigés pour la consommation cinématographique goulue du blockbuster. On attend sur le trottoir après avoir retiré son billet des mains du bobo en tenue anthracite campé dans son aquarium dépourvu d’hygiaphone. Cet homme orchestre, véritable Shiva du Septième Art, gère dans une chorégraphie déconcertante, billetterie, lancement des séances, manipulation hasardeuse d’un outil informatique post Minitel et tractations de souks autour de cartes de réduction les plus insolites brandies par des cinéphiles pleure-misère. Une des nombreuses portes extérieures de cette véritable horloge de Strasbourg aux rouages secrets, s’ouvre à intervalles plus ou moins réguliers au gré d’un joueur de flute de Hameln trainant à ses basques une chenille processionnaire appâtée par l’annonce du début d’une séance. Progression précautionneuse dans des couloirs crépusculaires sinueux que n’aurait pas renié le roi Minos. Les salles ont désormais gagné en confort mais perdu le charme architectural de cinéma Paradiso. Les fesses y ont gagné ce que nos autres sens ont perdu. Odeurs mycéliennes, toucher râpeux des velours craqués, couinements animaliers des strapontins désarticulés. Seul perdure encore le ballet spectacle de début de séances des pervers qui ne peuvent pisser agréablement que dans les urinoirs publics. Cette projection faisait parti d’une des séances de rattrapage que permet ce cinéma bienveillant. En général je me fais ces expéditions en solo craignant de mener à la galère quelques proches. C’est sûr, je prenais des risques : un film ricain. J’évoque le cinéma ricain du moment où l’on a déjà calculé la rentabilité d’un film avant même sa sortie usant du vote de spectateurs échantillonnés conviés aux rushes d’un pré-film brut.

Little Miss Sunshine : le film avait bien reçu quelques récompenses mais c’est un critère ténu en ces temps où l’on doit souvent choisir entre peste et choléra. J’aurais été jusqu’à passer sur un effet de Star-Spangled Banner en fondu enchainé, un couplet mièvre sur les vertus de la famille américaine ou la destruction d’un parc automobile monstrueux sous la mitraille puissance 10 d’un bataillon de citoyens US équipés pour une promenade de courtoisie. Ceci pour vous signaler mon ouverture d’esprit en cette douce soirée de fin du mois de Juin. Mode de défense classique de tout homme préparé au pire. Les cocos faut pas désespérer. Les radiations de la politique Bush ont heureusement titillé l’hélice de Watson Crick de certains mutants. Les Winners à la Schwartzy chez lesquels la sensibilité s’est concentrée au niveau des pectoraux ont de quoi grincer du dentier. Ce road-movie à bord d’un combi Volkswagen à bout de course rescapé de Woodstock transporte des passagers américains aux antipodes des clichés convenus. Ce voyage initiatique de loosers de haut-rang maintenus à flot par une mère conciliante se joue dans la finesse, évite les invraisemblances et rebondissements grotesques et nous fait grâce des messages moralisateurs. Par delà Bien et Mal, à la recherche du temps perdu, on fonce vers un happy end ambigu qui ne prône en fait que les vertus de la différence et du naturel. Un rayon de soleil qui illumine le déclin de l’empire américain.
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Au passage: un caméo est la francisation du terme anglo-saxon « cameo appearance » (apparu en 1851 dans le monde du théâtre), désignant de nos jours l'apparition fugace dans un film d'un acteur, d'une actrice, du réalisateur ou d'une personnalité. On pense aussitôt au vieux Hitch.