jeudi 17 mai 2007

Ambidextrie

Pour les psychiatres, au terme d’ambidextrie il faudrait préfèrer celui de latéralisation ambiguë. Bon, passons sur l'argutie sémantique qui ne peut nous surprendre chez ces tatillons. Mais d'aucuns vont tout de même jusqu’à prétendre que les individus porteur de cette atypie développeraient plus souvent que d'autres des schizophrénies. Une bonne latéralisation favorise la plupart de nos actes locomoteurs. De là à accentuer le rôle de cette maturation psychomotrice souhaitable et la voir en oeuvre dans nos options politiques, qui bien entendu ne peuvent qu'être bipolaires, cela devient bigrement téméraire. Il faudrait alors, pour respecter les statistiques, des scores de 90% pour la droite à chaque élection et la France avec son louvoiement permanent droite gauche devrait être rangée d'autorité dans les nations porteuses de signes évidents de schizophrénie. Le sujet de ce court billet tournera autour de cette théorie foireuse qui a perturbé ma digestion de fin d'après-midi d'Ascension. Pour autant, cette journée n'a pas eu l'heur de me propulser vers les hautes sphères. Bon j'en finis par perdre le fil de ma réflexion avec ces digressions permanentes de sous-préfet aux champs. Il me faut clamer ici haut et fort ma totale sidération devant le fait qu’il est presqu’inconcevable chez nous qu'on puisse trouver du bon dans les idées des deux camps et refuser de se ranger en ordre de bataille sous la bannière dextre ou sinistre. Cet étonnement bon enfant est amplifié de surcroît par un type d’allergie non répertorié par les immunologistes qui m'amène à me couvrir de boutons au contact du moindre corporatisme beuglant, suant à grosses gouttes, il faut le dire, du front des processionnaires et membres de meetings carnavalesques ou moutonniers. Position intenable d’irresponsable indécis, direz-vous? Peut-être, mais mon urticaire cesse bizarrement dès que je me trouve en présence de personnes attirées par les échanges d’idées contradictoires ou capables de manier avec la même aisance thèse et antithèse. Voilà qui n'est guère mieux! Un truc à reculer sans fin la prise de décisions tel l'âne de Buridan qui ne savait par où donner du museau. Mais quand on ne sait pas ce qu’il est bon de faire, il est souvent urgent de ne rien faire. C’est vrai, le flou et l’indécision n'ont pas bonne presse et la nature a horreur du vide, même si cela ne va pas bien au delà de 76 cm pour le mercure. Il est clair cependant que cette propension de l’individu à avoir une vision du monde en noir et blanc, comme dans les westerns, a souvent mené les peuples dans les bourbiers les plus sinistres et les boucheries d’envergure.

« Alors, t’as voté Bayrou ! Non, j’ai voté Ségolas Sarkolène. »


A lire aussi dans ce blog ce billet en rapport: "Le grand balancier de l'histoire"

mercredi 16 mai 2007

Le grand balancier de l'histoire


Hergé - L'étoile mystérieuse


L’histoire avance souvent à reculons. Son balancier oscille sans jamais trouver l’équilibre entre phases de libération des idées et des mœurs et phases de retour à l’autorité morale, religieuse ou policière. Certains analystes simplistes ou manichéens nomment parfois ces deux phases: ascension et déclin des civilisations ou des nations. Leur prosélytisme latent omet cependant d’observer, avec le recul historique qui sied normalement, que la seconde fut souvent plus prolifique dans le domaine de la création artistique et de la naissance de nouvelles idées que la première durant laquelle sévissaient rigueur morale et expansions militaires sanglantes.

Chaque civilisation semblerait, à l’image de l'individu lui-même, conserver une peur archaïque des périodes où la morale perd du terrain. La quête jamais aboutie de l’image idéalisée du père réel (absent ou insatisfaisante) amène parfois à se jeter dans les bras de chefs opportunistes, idéaux du Moi, susceptibles de les rassurer face à la peur de l’autre qui est plus souvent celle du fameux étranger qui est en nous. Les périodes d’instabilité économique ou politique sont propices à ces mécanismes propres à certains adolescents.

L’apogée des phases de réaction signe le retour en grâce du notable et du représentant du droit. Ce genre de personnages, pour le coup, est plus propice à aviver mes peurs. La réplique facile à ces propos un tantinet anarchisants serait que sans ordre, toute société s’écroulerait comme un château de carte. Cependant, quand on demande aux fringants défenseurs de l’ordre moral de démontrer avec rigueur la légitimité des grands principes, la dialectique vire au flou ou à l'évasif. La métaphysique pointe alors son nez, et l’on avance le postulat affirmant qu'elle préexistait à la venue de l’Homme. D’essence divine, elle s’imposerait et il n’y aurait rien à redire. Le misérable vermisseau humain serait bien incapable de concevoir les desseins et la perfection des plans du Grand Architecte. Ne met on pas ainsi la charrue avant les bœufs? Face à un sens de la vie furieusement caché aux yeux de la plupart, tantôt abscons tantôt enfantin, ne serait-ce pas l’Homme qui a créé de toute pièce les instances divines et les lois qui vont avec pour se simplifier la vie (ça on peut cependant en douter) et ne plus avoir à élucubrer sans fin?

Comment ne pas sentir en ces temps électoraux un vague retour à l’obscurantisme réactionnaire et percevoir que l’énergie cinétique va amener le balancier de l’histoire à remonter à la position symétrique de celle des décennies antérieures? "En finir une bonne fois pour toute avec 68" sonne ainsi à mes oreilles.

Le transfert de l’expérience est pure utopie. Chaque génération doit reforger la sienne, commettant sans fin les erreurs des précédentes. Oublier l’histoire, c’est cependant se condamner à la revivre. Moi, je suis bien content d’avoir pris ce qui n’est plus à prendre, avant qu’un temps bien trop long à l’échelle de ma vie ne se soit écoulé et que l’intensité de la pesanteur ne fasse redescendre le pendule pour le ramener vers les temps bénis du futur antérieur.

Veuillez excuser la tonalité de ce billet à la Cassandre, un peu pompeux. Il faudrait confesser en fait, reprenant cette boutade initialement appliquée à la scolarité: « Les politiques à partir de l’âge de quinze ans, c’est comme les poils, j’en ai eu rapidement plein le cul… »

Point de vue annexe : lien vers une de mes nouvelles