jeudi 8 mars 2007

65 - 74 : la décennie prodigieuse


A partir d'un code source proposé par J.L. Gaujal sur Flash France.
C’est bien connu, les observateurs politiques et de la société les plus pointus sont accoudés aux zincs des bistros. J’ai retrouvé dernièrement un vieux copain de lycée qui m’a glissé à l’oreille dans la situation évoquée : « La principale différence entre les années 68 et celles d’aujourd’hui, c’est que les cons d’hier étaient plus gais et insouciants. On pouvait leur demander l’heure sans se prendre un coup de bombe lacrymogène dans le pif. ». La FM du bord passait un standard des années en question. Il fit tomber sa deuxième sentence : « On a rien fait de mieux après dans le domaine. Que du copier - coller. »

La nostalgie de ces années d’intense créativité musicale m’amène parfois à rejoindre ce bataillon qui semble faire une fixette sur les années de ses transes adolescentes. Je suis remonté au grenier suite à cet entretien philosophique de haut vol pour dénicher ma pile de vieux 33 « tures » en sommeil dans un coin de placard. Ce billet a décidé d’exhumer quelques albums princeps de cette décennie musicale bénie dont les spécialistes s'accordent à dire qu’elle fut riche en pionniers et qu'elle a ouvert la plupart des genres musicaux populaires modernes. Ce billet tient à présenter de façon succincte, chronologique, partiale et ludique une quinzaine d’albums parangons du mouvement.

Bien évidemment, un paquet d’albums excellentissimes va passer à la trappe. J’ai voulu ne retenir que ceux qui à mes yeux (à mes oreilles de plutôt) frôlent le sans faute ou ont ouvert des voies nouvelles. J’ai probablement raté des albums géniaux mais je me rassure en pensant que vous mettrez cela sur le compte de ma sélection drastique ou de ma culture musicale approximative. Il faut se rappeler en plus que l’achat de ces vinyles procédait alors d’une démarche réfléchie modulée par la gestion prudente de l’argent de poche confié par les parents. Le téléchargement sauvage n’est apparu que tout récemment.

Soyons clair, une bonne partie du terrain avait été défrichée par les bluesmen et les rois du Rock américains des décennies antérieures. Merci également aux grandes compagnies électriques sans lesquelles un des dénominateurs communs à tous ces albums serait absent : l’usage intensif des techniques électroacoustiques! Dans la pile du grenier, j’ai retenu ces quatorze albums :

1 – Highway 61 Revisited - Bob Dylan - 1965

Robert Zimmermann converti peu à peu à la guitare électrique par les membres du groupe The Band (voir l’excellent film de Scorsese « The Last Waltz » consacré au spectacle d’adieu de ce groupe authentifiant ma remarque), est régulièrement cité par ses confrères comme l’inspirateur prépondérant de leur musique. Connu pour ses « protest songs » contemporains de la guerre du Vietnam, le bonhomme ombrageux a produit une foultitude de classiques repris dans le monde entier. La durée inhabituelle de certains de ses morceaux a fini par ébranler le formatage imposé par les stations radios et les maisons de disque : trois minutes et basta. Les paroles engagées de Dylan s’éloignaient avec bonheur du classique, je t’aime et toi pourquoi tu ne veux pas faire un tour en voiture avec moi ou autres problèmes métaphysiques du style habituellement en vogue. Ses performances publiques saluées par la critique déplaçaient les foules contestataires de la jeunesse de l’époque. Bien entendu le coco fut invité au célébrissime concert de Woodstock.

2 – Are You Experienced? - Jimmy Hendrix – 1967

Le gaucher légendaire fait partie lui aussi des incontournables. Ce Guitar Hero électrique a sidéré l’époque par son style et sa technique, inimitées et inimitables. Beaucoup se sont cassés les dents au propre et au figuré à vouloir l’imiter. En effet, il y allait parfois du râtelier pour actionner les cordes inversées des manches de guitares qu’il avait adaptées à sa latéralisation. Les solos incisifs de ce prodige vite emporté par la drogue l’ont promu au rang de mythe. Il a imposé définitivement cet instrument dans la composition de base des groupes. J’ai choisi cet album qui contient son célèbre Purple Haze.

3- Sounds of Silence – Simon & Garfunkel – 1966

Un duo à part dont les airs ont fait le bonheur des hits parades. Le groupe est à l’origine de la bande son d’un film culte de la décennie : "The Graduate (Le Lauréat)". Leur musique ainsi que le film en question résument parfaitement le romantisme, les ambiances et les préoccupations de la jeune génération du moment. On écoute et réécoute volontiers leurs chansons un peu datées mais dont la qualité des interprétations et les parfums qu’elles exhalent ont quelques fragrances intemporelles.

4– Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band - The Beatles – 1967Ce tout premier "concept album" est un vrai coup de tonnerre dans un ciel serein. Il libère définitivement la musique Pop-Rock de tous les carcans et combine des univers musicaux jamais réunis. Tantôt rock pur, oriental, baroque, psychédélique et populaire, ce mode de compilation est parfaitement jubilatoire. Rien que la pochette de brocante début de siècle et la palette ébouriffante des curieux membres du club des cœurs solitaires de l’orchestre du sergent Poivre constitue a elle seule un véritable morceau de bravoure. Chefs de file des Swinging Sixties, les Beatles sont un groupe de légende à l’impact planétaire indiscuté. D’une créativité sans borne et d’une inspiration luxuriante, ces phénomènes ont déclenché un ras de marée sur l’univers musical du moment et sont à la base d’une hystérie collective juvénile sans précédant. Les soit disant gentils anglais du Fab Four de Liverpool et leurs coiffures improbables ont légué un héritage énorme à la postérité ainsi qu’à leurs épouses.

5- Get Yer Ya-Ya Out! – Rolling Stones - 1968

Ok, pas leur meilleur album mais je voulais les coincer après les Beatles et j’aime bien Jumpin’ Jack Flash. Exile On Main Street, leur seul double album studio, est probablement au-dessus du lot. La presse s’évertuait à publier des articles affirmant que les Bad Boys (Mick Jagger est issu de la bonne bourgeoisie londonienne) haïssaient leurs grands rivaux alors qu’ils s’entendaient comme cochons. Business oblige. Les Stones sont toujours restés très proches des racines du R&R et du Blues, produisant une musique tonique aux effets volontairement sobres, à l’inverse bien entendu des membres du groupe! Leur leader est une véritable bête de scène montée sur ressorts. Les anciens provocateurs s’essoufflent un peu et ont bien du mal à quitter les feux de la rampe. Business oblige itou.

6- Led Zeppelin 1 - Led Zeppelin - 1969

Uppercut au foie. L’album princeps des amateurs de Hard Rock et Heavy Metal. Attention cependant, contrairement à nombres de leurs successeurs, ces sbires sont d’excellents musiciens possédant plus que trois accords à leur répertoire. Jimmy Page est un guitariste hors paire pouvant rivaliser sans complexe avec les Clapton, Beck, Alvin Lee et Zappa. Peu enclins à se cantonner à un style musical répertorié, ces cavaliers de la tornade nous sortent en plein hiver 69 un album aux sonorités électriques inconnues qui explore des ambiances contrastant furieusement avec celles de la génération Hippie Hippie Hourrah du temps. Peu de textes mièvres mais faut pas pousser le bouchon trop loin, ce n’est pas du Baudelaire.

7- The Court of the Crimson King - King Crimson - 1969

Inclassable cet album expérimental donne souvent dans des atmosphères aux tonalités moyenâgeuses ou explore des univers étranges, envoutants ou enchanteurs. Leurs représentations sur scène étaient des spectacles musicaux totaux intégrant des jeux de lumières aux effets sophistiqués et des ambiances feutrées. L’apport d’instruments inhabituels voire créés pour la circonstance procédait aussi au charme suranné de leurs shows intimistes. L’album est surtout connu pour sa pochette. La bonne connaissance du groupe reste souvent une affaire d’initiés.

3 commentaires:

  1. Mon serveur Web a des caprices de diva en upload ces temps-ci. Hendrix et Lou Reed ont morflé dans l'affaire. Je tenterai de régler le problème par la suite dans la mesure du possible. M'enfin pas bien grave, vous devez avoir les CD ....

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  2. Pourquoi "hors paire" ? On m'a rien coupé que je sache !

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  3. Jimmy> content de savoir que tout est en place et que tu n'as pas perdu le moindre kilo.

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