samedi 9 décembre 2006

Sic transit gloria mundi...


Groar, le futur chef d’une tribu d’Homo Neanderthalensis, est né une nuit de solstice d’hiver, il y a environ 30.000 ans, au fond d’une grotte de la vallée de Neandertal (vallée de l’homme nouveau), nommée ainsi à la mémoire de son découvreur Joachim Neumann (Neumann = Neander en grec et Tal = vallée en Alemand). Une partie de son squelette a été retrouvée en août 1856 par des ouvriers exploitant une carrière à laquelle appartenait la grotte de Feldhofer non loin de l’actuelle Düsseldorf allemande.

Ce billet du mois de décembre tient à célébrer l’anniversaire de naissance de ce grand homme. En effet, de mémoire de néandertaliens, nul ne connut chef plus valeureux et apprécié par ses congénères. Aguerri à l’art de la chasse et du combat, notre hominidé, de surcroit, n’avait pas son pareil pour décorer les grottes de fresques rupestres présentant ses trophées ou traces de rituels oubliés. Il sut préserver son peuple des assauts hostiles de ses rivaux avec courage et maestria. Pendant bien des années, autour des feux, on sut conter ses faits d’arme et narrer sa ruse au combat. Ouarf, un de ses frères de sang contribua fortement à cette entreprise de mémoire. Celui-ci n’avait pas son pareil pour mimer les exploits du grand homme. Il savait captiver les spectateurs par ses chorégraphies guerrières au cours desquelles il les faisait revivre. Il rejouait ainsi à la perfection les assauts bondissants, les moulinets de haches en silex et les rugissements terrifiants poussés au combat par son frère d’arme. On jouait toujours à guichet fermé, les soirs de spectacle, autour de brasiers vrombissant d’escarbilles. Les enfants reprenaient quelques scènes avant de s’endormir dans la moiteur enfumée de la caverne tribale. Nombreux étaient ceux qui rêvaient en secret d’égaler leur chef, devenus adultes.

Quand la petite histoire dépasse l’Histoire : Qui se souvient, à part moi, de cet être de légende? Toutankhamon, Alexandre le Grand, Gengis Khan, Jules César, Charlemagne, Soliman le Magnifique, Napoléon et j’en passe, continuent à vivre au travers des traités d’histoire faisant leur panégyrique. Ils ont été merveilleusement servis par des biographes zélés. Les jeunes générations les oublient cependant peu à peu qui se soucient plus de savoir si Steevy ou l’un des ses clones va se faire vider du loft. "O tempora ! ô mores !", direz-vous ?

N’est-ce pas mieux ainsi ? Est-ce réellement un péché que de se foutre comme d’une guigne de la Grande Histoire ? Vanitas vanitatum et omnia vanitas ! Tout lasse et tout passe, se dilue dans l’espace comme le dit la scie (chien fidèle pourtant). Au fond de chacun de nous, ne détenons-nous pas ce brin de sagesse immémorial qui sent bien que certains petits faits et événements de notre vie quotidienne ont ou auront plus de poids sur nous que les haut-faits d’armes, la vie des grandes figures historiques ou les beaux discours ronflants et creux des Führers de ce monde qui ne savent en fait fichtre rien où ils conduisent l’espèce.

L’histoire, bien entendu, n’a pas retenu le sketch d’Ouarf mimant Groar déféquant en plein combat, victime d’une courante monumentale fruit d’une cueillette douteuse de sa bonne épouse Grololo la louve. C’est bien dommage. Milan Kundera dans « La plaisanterie » avait compris très jeune à ses dépens que l’humour, même dans sa déclinaison scatologique, avait parfois des conséquences individuelles historiques insoupçonnées !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Commentaire de :