mercredi 29 novembre 2006

In medias stat virtus

Le maire, le curé et l’instituteur ne sont plus les piliers moraux des sociétés modernes. Les médias ont pris le relais dans le domaine pour décréter, prêcher ou instruire le peuple à la morale des temps nouveaux. Politiques dans la tourmente des affaires, confessionnaux déserts, enseignants débordés, il était urgent que le pouvoir vassalise d’autres tribunes pour dicter les lois du politiquement correct. Exit Moïse redescendant du Mont Sinaï son décalogue sous le bras gravé par le laser des foudres divines. Exit le « Nul n’est sensé ignorer la Loi. » au vu des essaims vrombissants de la magistrature dépiautant jour et nuit un Code Pénale de plus en plus hermétique et pléthorique. Exit le savoir encyclopédique de la grande période de l’Humanisme morcelé en mini savoirs d’experts hyperspécialisés. Les journaux télévisés ont pris le relai et endossé à la hussarde les habits sacerdotaux pour officier les grand-messes du vingt heures.

Le grand tribunal public est désormais médiatique. Les officiants phares sont les présentateurs des grands journaux télévisés. Le quatrième pouvoir formate maintenant la conscience populaire. Les délinquants ne sont plus exhibés sur un forum, une Agora ou une Grand-Place publique mais sur nos petits écrans (pardon pour les nantis bénéficiant de grands écrans plasma). Les voleurs de bétail, les coupes bourses, les voleurs de bicyclette et autres grands profanateurs sont pendus haut et court, empalés (ou « ensecamés » d’ailleurs) dans de courts reportages. Je ne ferai que citer quelques exemples des délinquants modernes pour montrer à quel point notre société occidentale a pris de l’envergure au fil des avancées du Savoir et des techniques montrant sa capacité à dominer la trajectoire de la destinée humaine.

Il me faut absolument commencer par le fumeur invétéré qu’il faut bouter hors des lieux publics sans pour autant le faire disparaître totalement en rendant hors la loi la cigarette du fait des taxes substantielles qu’elle apporte à l’Etat.

Sur le podium aussi, le délinquant de la route pollueur et grand verbalisable au moindre dépassement des limites de vitesse autorisées. L’assassin potentiel, c’est vrai que la route fait de nombreuses victimes, garde pourtant la prérogative de prendre le volant de véhicules puissants et gourmands en énergies fossiles. De là à ne plus produire que des véhicules propres et bridés faut pas charrier. Les taxes substantielles apportées par la vache à lait automobiliste font mettre un bémol à de telles folies.

Le consommateur d’alcool même avec modération, puissant désinhibant humain, lui aussi fait entrer un bon pactole dans l’escarcelle de l’Etat par le biais de la corporation viticole et de ses aficionados.

Le malfrat qui se brosse les dents sans fermer le robinet pendant son acte hygiénique, lui aussi est montré du doigt mais pas trop pour ne pas grever les budgets copieux des grandes compagnies des eaux.

Le médecin prescripteur et son patient grand consommateurs de spécialités pharmaceutiques hors génériques. En voilà deux autres qui feraient bien de rentrer dans le droit chemin. Pas trop tout de même pour ne pas faire chuter les bénéfices des grands conglomérats pharmaceutiques et les taxes qu’ils procurent à l’Etat.

Voilà donc un portrait type de monstre d’une société en développement. Le conducteur bourré clopant dans sa voiture à 140 qui est parti de chez lui avec une chasse d’eau mal réglée pour se rendre chez son médecin pour se faire prescrire un anxiolytique lui permettant d’oublier qu’il est le mouton noir d’une société le montrant du doigt sans cesse mais qui sans lui n’aurait plus grand-chose à nous montrer dans ses journaux. Faut pas exagérer tout de même, l’audimat apporte moult royalties des grands sponsors publicitaires.

Il faudrait montrer nos grand-messes médiatiques à un africain d’un pays dit émergeant. Montaigne, voilà bien longtemps écrivait:"Vérité en deçà des Pyrénées, fausseté au-delà."

Il était clair à ses yeux que les détenteurs de la morale puisaient leurs principes à des sources douteuses. Rien ne déplait plus aux moralistes que de remettre en question les principes sans lesquels ils perdraient tout contrôle sur autrui et plus inquiétant encore sur eux-mêmes.


Août 2006

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